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Opéra/ Théâtre du Capitole - La femme sans ombre / R.Strauss (06/10/2006)
     


de gauche à droite, en haut :
Ricarda Merbeth (L'Impératrice) et
Robert Dean Smith (L'Empereur),
au dessous : Janice Baird (La
Teinturière) et Andrew Schroeder
(Barak) - Photo Patrice Nin -

 

CRITIQUE

Somptueuse entrée au répertoire

 

Avec la première représentation in loco du chef d'œuvre de Richard Strauss, La Femme sans Ombre (Die Frau ohne Schatten), Nicolas Joel vient de créer l'événement lyrique français de cette nouvelle saison 2006/2007.

Evènement à plus d'un titre tant la difficulté de rassembler une distribution à la hauteur des exigences de l'œuvre est colossale, mais aussi avoir à disposition un orchestre de 110 musiciens et un plateau scénique en mesure d'appréhender les incessants changements d'univers. Un travail de titan !

Nicolas Joel mûrissait depuis longtemps ce projet pharaonique et c'est devant une

salle littéralement subjuguée qu'il déroula les fastes de l'une des plus grandes dates de l'histoire du Capitole.


Une distribution inimaginable

Ce ne sont pas moins de cinq chanteurs véritablement exceptionnels qui sont requis. Richard Strauss a surtout composé pour les femmes et cet ouvrage nous en donne encore ici la preuve, alignant en un même temps trois rôles parmi les plus redoutables de tout le répertoire lyrique.

Au premier rang de ceux-ci, celui de la Teinturière, ici tenu par une Janice Baird simplement …royale. Affrontant avec un aplomb incroyable une partition hyper tendue, le soprano américain projette avec une sidérante aisance un organe à l'ambitus aussi large que sans faille.

Pour sa prise de rôle de l'Impératrice, le soprano allemand Ricarda Merbeth fait plus que convaincre grâce à un timbre superbement lumineux mis au service d'une voix longue et homogène franchissant avec bravoure le redoutable, et redouté, saut de deux octaves au 3 ème acte.

 

Doris Soffel (La Nourrice )
(Photo Patrice Nin)
 

Il est difficile de qualifier l'interprétation de La Nourrice par le mezzo allemand Doris Soffel car on ne sait quoi mettre en tête des qualités exceptionnelles de puissance, de couleurs, d'engagement dramatique et vocal que cette artiste déploie, sans compter, tout le long de cette soirée. Réellement hallucinante !

Le ténor américain Robert Dean Smith endossait les somptueux habits de l'Empereur, un rôle épisodique mais terriblement exposé et difficile dans lequel son timbre viril et lumineux à la fois fait merveille.

Terminons avec le dernier des grands rôles, celui de Barak, assurément le plus attachant de tout l'opéra, celui par lequel la rédemption finale interviendra. Créé par une basse, il est depuis distribué, soit dans

cette tessiture, soit dans celle de baryton basse. Très large d'ambitus, ce rôle pose toujours d'incontournables problèmes. Au-delà de ces considérations, Nicolas Joel l'a confié, et il s'agissait ici aussi d'une prise de rôle, au Mandryka (Arabella) de la saison passée, le baryton américain Andrew Schroeder. Baryton plus lyrique que dramatique, Andrew Schroeder éloigne complètement ce rôle des approches vocalement « tétralogiques » du personnage, lui conférant, au travers d'un timbre soyeux, d'un phrasé long, souple, dynamique et généreux, d'une musicalité empreinte des qualités les plus précieuses, un portait vocal en osmose parfaite avec cet être, cet homme dont la bonté fera vaciller le domaine même des dieux. A lui seul et de par l'intense vibration dont il fit parcourir son interprétation, il fut l'émotion incarnée de cette représentation.

Saluons aussi les excellentes interventions de rôles plus secondaires tels que Samuel Youn, luxueux Messager, mais aussi Silvia Weiss (le Faucon), Martin Mühle (le Jeune Homme), Qiu Lin Zhang (la voix d'en haut), Hans-Peter Scheidegger (le manchot), Gregory Reinhart (le borgne) et Ricardo Cassinelli (le bossu).

Un quatuor toujours gagnant

Cette entrée au répertoire se devait de bénéficier d'une nouvelle production. Nicolas Joel (mise en scène) a donc invité ses vieux complices des grandes heures à le rejoindre dans l'entreprise. Il s'agit bien sûr d'Ezio Frigerio (décors), Franca Squarciapino (costumes) et ce magicien de la lumière qu'est Vinicio Cheli. Se pliant aux contraintes fortes de l'action, Nicolas Joel a donc imaginé des mondes qui se superposent, s'entrechoquent, se dissolvent, passant des égouts d'une cité industrielle au Monde onirique des Sept Lunes pour finalement se rejoindre dans l'éclat doré d'une transfiguration chantée par le chœur des enfants à naître. Une prouesse technique rendue possible par les derniers aménagements du cadre de scène en même temps qu'une production luxuriante, riche en atmosphères et propre à une compréhension immédiate de cet opéra profondément symbolique. Une représentation menée jusqu'au point de fusion par le maître Pinchas Steinberg à la tête d'un Orchestre du Capitole en formation maximum et dont l'extrême qualité ne s'est point démentie un seul instant de cette mémorable soirée longuement ovationnée.

Robert Pénavayre

 

infos
 

Prochaines représentations : 12 et 18 octobre 2006 à 19h30, 8 et 15 octobre à 15h

Renseignements et réservations : www.theatre-du-capitole.org

A noter : Cet opéra sera retransmis sur France Musique le 28 octobre 2006 à 19h

 
 

 

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