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Entretien avec Jorge Lavelli - Simon Boccanegra (09/10/2009)
     

« Simon Boccanegra, c’est Garibaldi »

Le metteur en scène argentin naturalisé français en 1977 peut se vanter d’avoir fait entrer l’opéra à la Halle aux Grains de Toulouse en… 1977 ! C’était Fidelio. Frédéric Chambert lui ouvre de nouveau les portes de cette salle devenue aujourd’hui célèbre de par le monde et lui propose l’une des œuvres les moins immédiates de Verdi : Simon Boccanegra.

RENCONTRE

Classic Toulouse  : Vous revenez à Toulouse trente deux ans après un Fidelio qui fit date. Quel souvenir vous a laissé  cette première expérience toulousaine ?

Jorge Lavelli : Un souvenir ému et deux raisons à cela. D’abord, avant Fidelio,  j’avais déjà travaillé au Capitole de Toulouse dans le cadre de coproductions avec le festival d’Aix en Provence pour Le Carnaval de Venise et La Traviata, deux spectacles extrêmement attrayants, nouveaux. Et puis il y a Toulouse, une ville exceptionnelle, particulière et formidablement sympathique. Pour en revenir à Fidelio, il faut citer la découverte d’un  nouveau lieu qui était cette Halle aux Grains. Je dis qui était car aujourd’hui elle a été aménagée comme un théâtre traditionnel, certes hexagonal mais également et d’une certaine manière bourgeois. A l’époque c’était un Palais des Sports avec des gradins en bois un peu inconfortables certes mais qui m’ont donné des idées assez fortes pour ce Fidelio. L’idée de faire voir le spectacle à travers un grillage, de ne plus soumettre les chanteurs à la position unique du chef d’orchestre, tout cela a créé une ambiance assez particulière qui je crois a rencontré un public dont une partie n’était pas constituée d'habitués du Capitole. J’ai le souvenir d’un spectacle chaleureux, vibrant, peut être aussi novateur.

 :
Depuis quelques années vous vous consacrez davantage au théâtre dramatiqu
e.


Jorge Lavelli
(PhotoLot)
 

J. L. : C’est vrai qu’entre temps j’ai fondé et dirigé pendant près de dix ans le Théâtre de la Colline. J’ai fait également de l’opéra mais très peu et dans le cadre de créations. Je suis très attaché, attiré par tout ce qui est expérimental. J’aime me confronter à des lieux extravagants et à des architectures nouvelles car ils sont porteurs de nouveauté en matière de mise en scène. Les mises en scène dans l’absolue n’existent pas. Donc, revenir à Toulouse, à la Halle aux Grains et en plus pour Boccanegra ne pouvait que m’enthousiasmer.

 : Est-ce que vous signez ainsi votre retour à la mise en scène lyrique du grand répertoire ?

J. L. : Pour moi c’est un éternel retour car j’aborde systématiquement les œuvres comme si c’était la première fois.

Je ne me pose jamais la question d’un  ouvrage d’un point de vue de la reconstitution historique mais toujours du point de vue du fond. De plus c’est la première fois que je monte Boccanegra. C’est un opéra peu programmé et il y a plusieurs raisons à cela.

 : Quelles raisons ?

J. L. : Malgré toute l’attention que Verdi a portée à cet opéra, la dramaturgie en est complexe et le livret est faible. Aucune solution à la naïveté de certaines scènes n’a pu être trouvée. Mais ce qu’il y a de passionnant, par contre, c’est que cet opéra fait entrer le compositeur dans un véritable combat politique pour l’unité italienne. Dans Boccanegra, Verdi trouvait un personnage unificateur, généreux, démocrate, qui voulait proclamer la république. Toute cette problématique était d’ailleurs bien plus aiguë à l’époque de Verdi que de Simon Boccanegra. Verdi en fait donc un véritable Garibaldi. Le héros de cet opéra est un homme tolérant qui prêche la paix ou du moins l’apaisement entre les factions. C’est un discours qui a de la force et du sens encore de nos jours. Attention, ce n’est pas un discours populiste, ne nous trompons pas.

 : Quel regard portez-vous sur la partition ?

J. L. : Il y a des choses très variées. Certes, des moments, comme l’entrée du ténor par exemple, sont déjà connus dans le répertoire verdien, d’autres également qui ressemblent à des lieux déjà visités. Bref. Mais ce qui est intéressant, voire passionnant, c’est cette espèce de conversation en musique. En fait il y a très peu d’airs au sens littéral du terme dans cet opéra. Pour en revenir à la structure de l’ouvrage, je trouve que le saut temporel existant entre le prologue et le 1er acte est absolument génial, audacieux et d’une remarquable modernité. Bon, il est évident que la non compréhension de cet ouvrage, même parfois parmi les  interprètes, vient de là.

 : Parlez-nous de l’évolution depuis trente ans de la mise en scène lyrique

J. L. : A vrai dire, je ne suis pas un spectateur assidu, mais je vois certaines choses. A l’évidence la régie consistant à régler les entrées et les sorties devant des toiles peintes est bien finie. D’ailleurs je me demande comment le public pouvait supporte cela. Malheureusement tout est resté dans le formel, excluant la nuance et la vie. Le problème aujourd’hui est que nous ne savons pas où sont les compositeurs modernes. Les commandes passent par des mécanismes bureaucratiques. Les structures dramatiques de l’art lyrique n’ont pas changé depuis le 19ème siècle, même si des compositeurs ont fait des ouvrages remarquables au 20ème siècle.

 : Avez-vous des projets immédiats en matière lyrique après Boccanegra ?

J. L. : Oui, pour l’Opéra de Chambre de Varsovie, une adaptation lyrique du Polyeucte d’après Corneille en octobre 2010. Ce sera une création mondiale dans laquelle nous oserons aborder l’homosexualité de ce personnage historique condamné d’ailleurs pour cette raison.

Propos recueillis par Robert Pénavayre

 

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