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Entretien avec Julia Kogan - Concerts "Vivaldi fioritura" -
19 et 20/04/2011
     

Julia Kogan, une diva bien dans son époque

Née en Ukraine, la jeune soprano colorature Julia Kogan a grandi aux Etats-Unis pour finalement s’installer en France où elle a élu domicile dans un petit village des Pyrénées. Partageant ses activités artistiques entre la scène et le concert, elle aborde les partitions les plus périlleuses de sa tessiture avec notamment les rôles lyriques réputés pour leurs difficultés vocales comme la Reine de la Nuit de La Flûte enchantée de Mozart ou la Zerbinetta d’Ariane à Naxos de Richard Strauss. La belle cantatrice est ainsi à l’orée d’une carrière qui s’annonce particulièrement brillante. Entre deux tournées dans les plus grandes institutions musicales du monde, elle s’apprête à apparaître dans notre région à l’occasion de deux concerts avec l’ensemble Les Passions, dont le programme, intitulé « Vivaldi fioritura » rend hommage au grand compositeur vénitien. En avant-première de ces manifestations, elle a très cordialement accepté de répondre à nos questions et de partager avec nos lecteurs ses goûts, ses aspirations et ses espoirs. Tous ceci dans un français impeccable d’accent et de correction qui en dit long sur son pouvoir d’adaptation.



La soprano colorature Julia Kogan - Photo ETRES.ES

Classic Toulouse  : Comment s’est décidé votre engagement musical. A-t-il été vocal dès le début ?

Julia Kogan : Il a effectivement été vocal dès le début. Ma mère m’a toujours dit que j’ai commencé à chanter avant de savoir parler. Je me suis très tôt rendu compte de mes capacités d’imitation et j’ai rapidement été attiré par la musique vocale. Pourtant j’ai commencé par étudier le piano et le violon, avant de faire mes débuts sur scène à l’âge de douze ans ! J’ai commencé à jouer dans des comédies musicales. Née en Ukraine, en Union Soviétique, je suis arrivée très tôt aux Etats-Unis.

 : Avez-vous eu conscience dès le début du registre extrême de votre voix ?

J. K. : Non pas du tout. Je ne connaissais absolument rien à tout cela. Je ne suis pas issue d’une famille de musiciens. Tout le monde étant scientifique chez moi, j’étais un peu seule à découvrir ce domaine au fur et à mesure. C’est à l’âge de seize ans, alors que je commençais à prendre des cours de chant avec un professeur au conservatoire, que je me suis rendu compte que j’avais une voix d’opéra. C’est mon professeur qui me l’a annoncé, alors que je possédais déjà une voix aiguë. Auparavant, je chantais du répertoire de Broadway avec ma voix de poitrine. C’était plutôt de la musique pop.

 : Quel est pour vous le rôle du travail vocal par rapport au don que la nature vous a accordé ?

J. K. : C’est vraiment les deux qui comptent. En fait, le don naturel est beaucoup moins rare qu’on ne l’imagine. J’observe tellement d’enfants, tellement d’adultes, par exemple dans des documentaires réalisés en Afrique où les gens chantent dans leur village, et j’ai découvert dans ces pays-là des « Aïda » à faire rêver.Je ne devrais peut-être pas dire cela à mes collègues, mais parfois, on croît qu’on est tellement extraordinaire, tellement exceptionnel. En réalité, on est exceptionnel dans la mesure où on a l’opportunité, la possibilité de faire ces études-là ! Et cela n’est pas donné à tout le monde. Heureusement, de nos jours, c’est de plus en plus répandu. On voit de plus en plus de nouveau chanteurs issus des pays d’Orient, de pays dans lesquels l’art lyrique ne figure pas dans la culture nationale. Tout cela devient de plus en plus international et je m’en réjouis.

Julia Kogan dans le rôle de La Reine
de la nuit
- Photo Denis Kelly
 

 : Comment choisissez-vous votre répertoire ? Et comment vous partagez-vous entre l’opéra et le concert ?

J. K. : Comme je suis soprano colorature ou lyrique léger, je chante tous les rôles qui sont distribués à cette voix. Je ne peux donc pas dire que je choisis. Je les chante tous ! La Reine de la nuit, Zerbinetta, Olympia... Zerbinetta est mon rôle favori. C’est un rôle fabuleux, si riche, avec un texte extraordinaire. Quant au partage entre l’opéra et le concert, j’aime tout et surtout j’aime le mélange. Mais je dois dire que jusqu’à maintenant, je fais plus de concert que d’opéra. Et là, j’ai une énorme possibilité de choix. Il y a d’abord tout ce qui est récital avec piano. J’ai quelques projets d’enregistrements dans ce domaine-là. Pour moi c’est la musique la plus intime qui soit.

Pour le chanteur soliste, il n’y a pas de limite à l’expressivité. On peut aller dans les plus extrêmes profondeurs. J’adore aussi travailler avec orchestre. Notamment avec les orchestres baroques, et surtout avec Les Passions. C’est un vrai régal pour moi. Mais je travaille aussi en musique contemporaine, ce qui me prend beaucoup de temps.

 : En effet, vous n’hésitez pas à aborder le répertoire contemporain. Comment se fait cette approche ?

J. K. : Je suis très friande de musique contemporaine, et donc des musiques composées pour ma voix. Notre époque est la seule pour laquelle la musique classique n’est qu’une musique du passé. C’est inimaginable ! Le problème, c’est qu’une partie de la musique composée aujourd’hui ne plaît pas au grand public. Je me demande parfois pour qui elle est écrite. Certainement pas pour l’auditeur ou le spectateur ! Alors on peut se poser des questions. Tout ce que je fais en musique contemporaine plaît énormément. Ce qui ne veut pas dire que c’est moins complexe ou moins riche. C’est tout simplement aussi un plaisir à l’écoute. Il faut communiquer avec le public. La musique est avant tout faite d’émotion.

 : Pour revenir à l’opéra, quelle est pour vous l’importance du jeu d’acteur par rapport à la performance vocale ?

J. K. : Pour moi en tant que spectatrice, le jeu d’acteur est le plus important. Je préfère voir un chanteur moyennement doué vocalement ou techniquement mais qui habite son rôle qu’une grande voix qui ne fait pas grand-chose ! Comme j’ai commencé dans le théâtre avant d’aborder la musique, pour moi c’est primordial.

 : Y a-t-il des chanteurs ou des cantatrices qui représentent pour vous des modèles ?

J. K. : Il y en a beaucoup aujourd’hui. Lorsque je lis ici ou là des articles qui disent : « Il n’y a plus de grandes voix ! », je trouve que c’est à peu près n’importe quoi. J’observe au contraire qu’il existe de très grandes voix. Ce qui manque parfois c’est peut-être la culture de certains aspects techniques, comme ceux qui proviennent de la grande école du bel canto à laquelle j’appartiens. Mais globalement, aujourd’hui il y a plus de bons chanteurs qu’à n’importe quelle époque passée. Tout simplement parce qu’il y en a tellement, et parce que la compétition est féroce. Et c’est tant mieux !


Julia Kogan en concert à
Saint-Pétersbourg
 

 : Parlez-nous du prochain programme « Vivaldi » que vous allez donner deux fois en Midi-Pyrénées avec l’orchestre Les Passions et Jean-Marc Andrieu

J. K. : C’est un grand travail et un grand plaisir. Ces airs de Vivaldi étaient pratiquement inconnus avant Cecilia Bartoli. Ses enregistrements de ces œuvres rares et oubliées ont déclenché un grand intérêt pour Vivaldi. De nombreux enregistrements sont alors parus qui suscitent beaucoup d’intérêt. Lorsque je suis allé à Moscou chanter pour la première fois avec l’Orchestre de Chambre du Kremlin, j’ai mis au programme le fameux motet de Vivaldi « In furore ». C’est ce qui a tout déclenché. A la suite de ce concert, le chef de cet orchestre m’a proposé d’enregistrer tout un programme d’airs de Vivaldi.

J’ai d’abord refusé car je n’avais aucune connaissance profonde de ce répertoire. Il m’a alors lancé : « Va apprendre ! » Cela m’a pris un an. J’ai contacté une musicologue qui m’a envoyé une montagne de partitions non éditées. Pendant des mois, je me suis mise au piano, j’ai étudié, j’ai eu des coups de cœur, des coups de foudre et nous avons enregistré ce disque. La moitié du programme est constituée d’airs connus, l’autre moitié d’airs plus rares. Ainsi le premier air de l’album, extrait de l’opéra Arsilda Regina Di Ponto: « Ben Conosco Apoco Apoco », n’existait que dans l’enregistrement intégral de l’ouvrage. Ce programme sera donné en concert avec Les Passions le 19 avril à Montauban et le 20 avril à Odyssud Blagnac.

 : Pour terminer, nous sommes tous très curieux de savoir ce qui vous a amené à habiter en Midi-Pyrénées ?

J. K. : C’est très simple ! Pendant quelques temps j’ai habité à Londres avec ma famille. Mon mari était étudiant, il préparait un doctorat. Un professeur de l’ESC de Toulouse est venu donner des cours à Londres. Il a remarqué mon mari et lui a proposé de venir à Toulouse pour une charge de professeur-chercheur. Il travaille maintenant à l’Ecole Supérieure de Commerce et nous habitons ce petit village un peu excentré. De toute façon je voyage beaucoup et ceci ne rajoute somme toute que deux heures à un vol qui peut durer dix-sept heures… Et quand je rentre chez moi, je fais tous les jours des balades en montagne, sauf s’il pleut trop. C’est le paradis !

 : Merci beaucoup et soyez la bienvenue en Midi-Pyrénées !

Propos recueillis par Serge Chauzy à Toulouse le 24 février 2011

 

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Renseignements et réservations concernant l'orchestre Les Passions :

tél : 05 63 22 19 78

E-mail : production@les-passions.fr

www.les-passions.fr/

Site Internet de Julia Kogan

http://www.juliakogan.com/

 

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