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Entretien avec Jean-François Zygel - Concert Grands Interprètes - 10/05/2013
     

Improvisation et composition, même combat !

Compositeur, virtuose accompli et improvisateur, Jean-François Zygel renouvelle le concert classique en l’ouvrant à l’improvisation, à la parole et aux arts visuels.
Après avoir remporté, en 1982, le 1er prix du Concours International d'improvisation au piano de la Ville de Lyon, il est nommé professeur d'orchestration au Conservatoire national supérieur de musique de Lyon puis professeur d'écriture et d'improvisation au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Il obtient une Victoire de la musique en 2006 et crée l'année d'après l'émission La Boîte à musique sur France 2, dont il est à la fois l'auteur et l'animateur. Suivent en 2007 Les Clefs de l'Orchestre, avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France (série retransmise sur France 5, France 2 et la RTBF), puis en 2008 Les Leçons d'Opéra au Théâtre du Châtelet. Cette même année, les Nuits de l'improvisation prennent vie.
En 2011, il lance les Concerts de l'Improbable au Théâtre du Châtelet. Il dispute de nombreuses battles avec d'autres improvisateurs comme Chilly Gonzales, Didier Lockwood, Bruno Fontaine, Andy Emler, Yaron Herman...
En septembre dernier, il est invité à se produire à Toronto en compagnie d’Uri Caine et de Lang Lang pour un concert d’hommage à Glenn Gould à l’occasion des trente ans de sa mort.
A la veille de la soirée d’improvisation qu’il présente à Toulouse le 13 mai dans le cadre de la saison Grands Interprètes. Jean-François Zygel a accepté de préciser ce qui motive son activité musicale.


Jean-François Zygel - Photo Franck Juéry -

Classic Toulouse  :Comment s’est décidé votre engagement musical et pianistique ? Quelles personnalités, quels artistes l’ont influencé ou incité ?

Jean-François Zygel : Mozart, Glenn Gould et Leonard Bernstein.
Mozart, je l’ai découvert à l’école. J’avais 8 ans. On nous avait passé un petit film intitulé Mozart l’enfant prodige (je me souviens encore du titre !). On y voyait un petit garçon avec un joli costume d’époque improvisant à la demande, grâce et virtuosité sur les thèmes que des comtesses et des marquises lui donnaient. Tout le monde applaudissait, s’exclamait, s’extasiait. J’en ai déduit que lorsque on était pianiste et qu’on improvisait… tout le monde vous aimait !
Glenn Gould, c’est plus tard, à l’adolescence. Il m’impressionnait par son austérité, sa profondeur, sa singularité aussi. J’ai découvert qu’il avait également réalisé des centaines d’émissions de télévision. C’est aussi pour cela qu’il était si populaire au Canada. Un ami m’a prêté des enregistrements de Gould au clavecin et à l’orgue, et même en tant que chef d’orchestre. Il a aussi un peu composé. J’aime bien.
Quant à Bernstein, je l’ai connu d’abord comme pianiste grâce à un très bel enregistrement du quatuor avec piano de Schumann. Puis, lors de ma période Mahler (je devais avoir 20 ans), c’est devenu mon chef d’orchestre fétiche (Bernstein a enregistré plusieurs fois toutes les symphonies de Mahler). J’ai aussi lu ses écrits et découvert ses deux fabuleuses séries d’émissions télévisées, Omnibus et Young People’s Concerts. Parallèlement, j’étudiais les partitions de sa géniale symphonie The Age of Anxiety et de sa comédie musicale West Side Story.

: L’envie de partager pédagogiquement votre passion pour la musique vous conduit à présenter de grandes œuvres du répertoire classique à un large public, notamment de jeunes. Qu’est-ce qui vous motive dans cette activité ?

J.-F. Z. : Je vais peut-être vous surprendre, mais je ne fais pas comme vous une si grande différence entre un concert avec paroles et un concert sans paroles. Il n’y a pas la pédagogie d’un côté, l’art de l’autre. Pour moi, il s’agit d’une chose unique : partager, transmettre, faire entendre, faire ressentir. Au centre, il y a la musique. Après, les lumières, la mise en espace, le lieu dans lequel on se produit, le fait de l’accompagner de paroles, ou d’un programme, tout cela est affaire de créativité et d’imagination.
Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut pas continuer indéfiniment à reproduire la vieille formule du récital avec entracte et sans paroles.
Comprenez-moi bien : j’adore mon métier, j’adore jouer, j’adore composer, j’adore improviser, j’adore la musique classique. Mais il ne faut pas qu’elle devienne une activité figée, sans invention, sans renouvellement, sans vitalité.

- Photo Philippe Gontier -
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: Vous pratiquez couramment l’improvisation. L’ornementation à la Renaissance n’était-elle pas déjà une sorte d’improvisation ? Finalement, de quelle manière l’improvisation est-elle liée à la composition ?

J.-F. Z. : C’est la même chose ! Dans les deux cas, on invente de la musique, des mélodies, des rythmes, des enchaînements d’accords.
Quand on compose, on fixe cela par l’écrit, puis on confie la partition à un interprète.
Certains improvisateurs préparent en partie ce qu’ils vont faire, d’autres font confiance à leur inspiration sur le moment.
Improviser, c’est composer sans gomme. Mais aujourd’hui, grâce à l’enregistrement, l’improvisation est devenue une écriture.

: Vous donnez maintenant des cours d’improvisation au CNSM de Paris. En quoi selon vous était-ce nécessaire ?

J.-F. Z. : J’ai créé la classe d’improvisation au piano au Conservatoire de Paris pour répondre à deux injustices. La première, c’est qu’il existait une classe d’improvisation à l’orgue, mais pas au piano. La seconde, c’est qu’il n’y a pas de raison que l’on enseigne la composition, c’est-à-dire l’écriture, et pas l’improvisation.
La musique ne se fait pas seulement avec l’œil, mais aussi avec l’oreille !
Des centaines de jeunes musiciens plein d’idées, de talent, de créativité, sont heureux de pouvoir confronter leurs idées, de se produire en concert, de travailler avec des danseurs, des acteurs, des vidéastes, d’inventer la musique et les formes de demain.

: Sans dévoiler de secrets pédagogiques, comment s’enseigne l’improvisation ?

J.-F. Z. : Comme pour toutes les pratiques artistiques, il faut assimiler et développer différentes techniques : dextérité pianistique, apprentissage et maîtrise de l’harmonie, travail du rythme, invention mélodique, conduite de la forme.
Mais l’improvisation, c’est aussi une discipline de scène. Elle nécessite donc un travail sur soi. Quand un pianiste improvise, il est à la fois un corps, une oreille et un esprit. Les trois doivent collaborer, être gentils les uns avec les autres…

 : Il y a plusieurs manières d’improviser : sur un thème donné, dans un style donné… Avez-vous une prédilection particulière ?

J.-F. Z. : Ce qui me gêne dans votre question, c’est que vous semblez encore une fois faire une distinction entre la composition et l’improvisation !
Que l’on compose ou que l’on improvise, on peut effectivement développer ou varier un rythme, un thème, une suite d’accords, etc., le plus important, c’est le résultat, que la musique proposée soit intéressante, originale, émouvante.


- Photo Franck Juéry/Naïve -

 : Parmi les enregistrements CDs et DVDs que vous avez réalisés, comment se répartissent les thèmes entre improvisation et « leçon de musique » ?

J.-F. Z. : Les Leçons de musique parues en DVD ont été tournées il y a plus de dix ans. A cette époque, je faisais chaque mois un concert commenté sur un compositeur, dans la salle des mariages de la Mairie du XXe arrondissement, à Paris. Sinon je pense que le bon rythme, en tant qu’improvisateur, est de sortir un CD par an.
Mais si votre question revient à me demander quelle place dans ma vie occupe la transmission (type émissions de télévision et concerts commentés), je dirais que cela représente environ 10 % de mon temps.
En fait mon année en organisée en trois parties.
Du mois de septembre au mois de mai, je donne environ une centaine de concerts, surtout en France mais également à l’étranger (cette année, Canada, Allemagne, Suisse, Belgique, Algérie). Il s’agit le plus souvent de concerts en solo, parfois en duo ou en trio.
En juin et au début du mois de juillet, j’enregistre mes émissions.
Puis c’est les festivals, et un peu de vacances.

: Quels seront le programme et les choix musicaux de votre soirée toulousaine, dans le cadre des Grands Interprètes, du 13 mai prochain ?

J.-F. Z. : Alors, vous aussi, vous êtes obsédé par le « programme » ! Moi, je n’aime pas tellement les programmes. Si on sait à l’avance ce qui va se passer, pourquoi y aller ? Un concert, c’est comme l’amour, il vaut mieux ne pas tout prévoir… si l’on prévoit tout, plus rien ne se passe !
Tout ce que je peux vous dire, c’est que chacune de mes improvisations, qu’elle soit calme ou virtuose, émouvante ou dynamique, aura pour base un des grands thèmes de la musique classique.

Propos recueillis le 10 mai 2013 par Serge Chauzy

 
La 5e Nuit de l'Improvisation de Jean-François Zygel aura lieu le 13 juin 2013 au Théâtre du Châtelet, à partir de 19 h 30. Un important événement annuel.

Toutes les informations concernant cette soirée sont disponibles sur le site du Théâtre du Châtelet :

http://chatelet-theatre.com/2012-2013/le-voyage-imaginaire-fr

Les témoignages discographiques

En 2008, Naïve publie un recueil d’improvisations, voyage dans l’imaginaire foisonnant de Jean-François Zygel. Enregistré en septembre 2006, il accueille plusieurs artistes également habiles improvisateurs, le clarinettiste Philippe Berrod, Thomas Bloch et son poétique harmonica de verre, ainsi que les virtuoses de chants d’oiseaux que sont Johnny Rasse et Jean Boucault.


Improvisation - 1 CD naïve V 5075
 

Double messieurs - CD + DVD V 5222

En 2011, il sort son deuxième album d'improvisation, Double Messieurs (Naïve) en duo avec Antoine Hervé, qui constitue un véritable “carnet de voyage” des concerts donnés pendant la saison 2009-2010. Ce CD est accompagné d’un DVD irrésistible, réalisé à Saint-Malo, lors de ces pérégrinations qui ont amené les deux pianistes de Vichy à Toulouse, en passant par Sceaux, Nanterre et Paris.

 

infos
 
Renseignements et locations pour les concerts de la saison des Grands Interprètes :

61, rue de la Pomme,
31000 Toulouse,
tél : 05 61 21 09 00.
 
Concert donné le 13 mai 2013 à 20 h à la Halle aux Grains de Toulouse sur de grands thèmes de la musique classique

 

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