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Entretien avec Willem Jansen - Toulouse les orgues (08/10/2009)
     

L’orgue et son avenir

Le plus toulousain des Hollandais a adopté la ville rose pour y développer ses talents d’organiste et de passionné de musique d’orgue au point d’y faire fructifier un festival international d’une ampleur et d’une originalité probablement uniques au monde. A la veille de l’ouverture de la 14ème édition de "Toulouse les Orgues", Willem Jansen, qui en est le directeur artistique, a accepté d’évoquer la genèse de cet événement et son propre parcours musical.


Willem jansen

Classic Toulouse  : Comment est né le festival "Toulouse les Orgues" ?

Willem Jansen : La terre était ici extrêmement fertile. Ce festival est né d’un grand travail en amont. En 1994, nous avons rencontré Dominique Baudis, qui était alors le maire de Toulouse, pour discuter avec lui des affaires d’orgue liées au Conservatoire. C’est lui qui a évoqué la création d’un festival d’orgue. De 1978 à 1986, avec Xavier Darasse, nous avions déjà organisé des manifestations musicales tous azimuts : musique dans la rue, renaissance des orgues en Languedoc, concours, événements divers comme ce défi du pianiste Michael Ponti qui avait joué pendant vingt-quatre heures place Saint-Georges. Nous avions déjà reçu Sigiswald Kuijken pour la Messe en Si de Bach, Trevor Pinnock… Donc en 1994, on a réalisé que la création d'un festival d’orgue serait très bénéfique pour la ville. Il ferait déambuler les gens d’un endroit à un autre, il ferait découvrir les lieux les plus divers, il provoquerait une animation fructueuse. D’une part le patrimoine instrumental existait, l’enseignement musical au Conservatoire était de qualité. Il manquait seulement la diffusion auprès du public. La première édition du festival, en 1996, a été le début d’un vrai succès. Un succès parfois excessif comme lors du concert d’inauguration de l’orgue restauré de Saint-Sernin : mille sept cents personnes n’avaient pas pu entrer ! Cela a tellement bien marché que la décision a été prise de l’organiser tous les ans, alors qu’au début il n’était prévu que tous les deux ou même trois ans.

 : Quel est le rôle actuel et la fonction du festival ?

W. J. : Tout d’abord, il fait connaître le patrimoine organistique de la ville et de la région. Le public peut ainsi découvrir et écouter les orgues en dehors des services liturgiques. Et puis, on leur associe d’autres instruments, des voix solistes ou des chœurs, des grands orchestres… Et même d’autres disciplines artistiques participent à une synergie transversale : le cinéma, la poésie, la danse, le théâtre. Je pense développer des actions avec des mimes, des marionnettes. L’orgue doit symboliquement descendre de sa tribune haut-perchée, et devenir un instrument comme un autre. Après tout, les compositeurs qui ont écrit pour l’orgue ont également écrit pour d’autres instruments.


Photo F. Bacon
 

 : Comment êtes-vous devenu vous-même musicien et organiste ?

W. J. : C’est tout-à-fait banal ! L’orgue faisait déjà partie de ma famille. Mon père était organiste amateur, autodidacte. Son frère par contre avait pris des cours dans la grande ville à côté de mon village de naissance, Holten. Des cours que d’ailleurs mon père, qui était l’aîné, avait financés. Mon père a essayé de m’apprendre l’orgue, mais cela n’a pas du tout marché ! Il m’a alors confié au chef de chœur du village, un homme fantastique, libre-penseur, qui habitait à une quinzaine de kilomètre de là. Il venait à la maison me donner des cours avant les répétitions avec le chœur. Ensuite je prenais le bus pour aller chez lui tous les samedis.

Il possédait un piano à queue sur lequel je n’ai d'ailleurs jamais joué. Les leçons se passaient sur un piano droit. Il a vraiment su établir le lien entre un enfant et la musique, faire de la musique un vrai plaisir. Il nous faisait même improviser. Au début, j’étais trop petit pour atteindre le pédalier de l’orgue, donc je travaillais surtout au piano pour la technique digitale. L’année après le bac il a convaincu mes parents que je pouvais faire de la musique mon propre métier. De mon côté, j’étais plus passionné par le dessin, le design, et surtout l’architecture. Mais comme cela marchait bien en musique, j’ai suivi cette voie.

: Comment s’est décidée votre venue à Toulouse ?

W. J. : Mon mariage avec une Française qui habitait Marseille et mon choix de venir en France ont finalement abouti à mon installation à Toulouse. Malgré sa qualité, l’enseignement de l’orgue qui était pratiqué à Paris à cette époque ne correspondait pas à mes souhaits. D’une part, il existait alors un retard considérable dans l’approche de l’orgue, notamment de Bach, de certains professeurs, et d’autre part une nouvelle école émergeait avec notamment André Isoir, Michel Chapuis, René Saorgin. En Hollande, j’avais beaucoup travaillé la musique contemporaine et la musique romantique et je sentais que ce que l’on disait à Paris de Franck, par exemple, n’était pas juste. Mon choix s’est alors porté sur Toulouse parce que Xavier Darasse était là et pratiquait la musique contemporaine. A cette époque-là la nouvelle génération se développait surtout en province. Outre Darasse à Toulouse, il y avait Francis Chapelet à Bordeaux, René Saorgin à Nice, Louis Thiry à Rouen… Ce n’est que plus tard que tous ces organistes, qui avaient vraiment des choses à dire, sont allés à Paris pour développer les expériences qu’ils avaient menées en province. Lorsque je suis arrivé à Toulouse, j’ai appris énormément de Xavier Darasse. Je me souviens d’un concert qu’il avait donné sur l’orgue restauré de la cathédrale Saint-Etienne. Il avait d’abord tenu le public en haleine avec une partition de bataille espagnole qui durait, durait, durait… Et puis il avait joué la Fantaisie en la de César Franck. Là j’ai compris que par intuition il avait retrouvé la véritable tradition d’interprétation de Franck qui avait été modifiée par ses successeurs. Xavier avait su retrouver la liberté avec laquelle il fallait jouer cette musique. C’est aussi lui qui avait attiré à Toulouse pour la première fois en France le Concentus Musicus et Harnoncourt, la Petite Bande et Kuijken. Nous avons essayé de poursuivre cette action. A l’occasion du festival, j’invite à Toulouse des musiciens qui font bouger les choses, qui innovent dans la musique d’orgue. Non seulement dans l’interprétation de ce répertoire mais aussi dans l’association de l’orgue à d’autres instruments et d’autres disciplines artistiques.

 : Dans quelle direction souhaitez-vous faire évoluer le festival ? Quelles nouvelles idées souhaiteriez-vous mettre en œuvre ?

W. J. : Il faut maintenant développer les liens avec des identités, des structures, des villes dans lesquelles il se passe quelque chose dans le domaine de l’orgue. Il y a donc cette idée d’associer l’art du mime avec l’orgue. Et puis je souhaite organiser un projet autour de Jules Verne. Il y a des textes de lui sur l’orgue. On peut même imaginer une reconstitution du sous-marin du capitaine Némo avec son orgue ! En 2011 ce sera le centenaire de la naissance de Jehan Alain, le frère de Marie-Claire, mort à la guerre avant ses trente ans, en 1940. Il a écrit des lettres depuis le front, des poèmes. Il était aussi dessinateur. Concevoir un spectacle avec sa musique d’orgue et ses textes m’apparaît comme une bonne idée à exporter d’ailleurs dans d’autres villes d’Europe. Nous pensons également à une association avec la ville de Prague pour monter un spectacle intégrant dessin animé et orgue. Les Tchèques sont célèbres pour leurs talents dans ce domaine. Nous souhaitons vraiment trouver des villes partenaires pour concevoir de nouveaux spectacles à importer et exporter. Il faut innover.

Propos recueillis le 22 septembre 2009 par Serge Chauzy

 

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Informations et réservations sur le festival international "Toulouse les Orgues" :

infos@toulouse-les-orgues.org

Tél. 05 61 33 76 80 / www.toulouse-les-orgues.org


Église du Gesu - 22 bis rue des Fleurs - 31000 Toulouse
 
 

 

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