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Entretien avec Georges Prêtre - 06/03/2008
     

Georges Prêtre, la passion d’un sage

Après sa prestation très remarquée lors du concert du Nouvel An à Vienne et entre deux tournées à la tête des orchestres les plus prestigieux du moment, le grand chef français Georges Prêtre était de passage à Toulouse pour une émouvante commémoration. Né en 1924 en pays chtimi, Georges Prêtre a mené et continue de mener une carrière exemplaire. Après ses débuts, en 1946, à l’opéra de Marseille, il a occupé les fonctions de chef permanent à l’Opéra Comique et à l’Opéra Garnier de 1956 à 1963. Le Metropolitan Opera de New York, la Scala de Milan l’accueillent fréquemment, alors qu’il parcourt le monde, dirigeant les plus grandes formations orchestrales. En 1986 il est nommé, pour cinq ans, Premier chef invité de l’Orchestre Symphonique de Vienne, dont il est aujourd’hui le Chef d’honneur à vie. En juillet 1989, il est à la tête de l’Orchestre et des Chœurs de l’Opéra de Paris pour l’inauguration de l’Opéra Bastille. En 1999, il donne plusieurs concerts à l’occasion du centenaire de la naissance de Francis Poulenc dont il a été le chef fétiche.
Georges Prêtre effectue de nombreuses tournées à travers le monde à la tête des grands orchestres internationaux : Orchestres Philharmoniques de Vienne, de Berlin, Orchestres Symphoniques de Vienne et de Bamberg, Orchestre de Paris, Orchestre de l’Opéra national de Paris, Orchestre Européen des Jeunes...).
Au cours de son bref séjour toulousain, il a très gentiment accepté d’évoquer quelques souvenirs et de satisfaire la curiosité des mélomanes.

     

Classic Toulouse  : Votre présence actuelle à Toulouse est très particulière. Pouvez-vous nous en indiquer les circonstances ?

Georges Prêtre : Ces circonstances sont liées à un événement tragique survenu à des amis qui habitent Castres (ma résidence principale se trouve dans la région). Ces amis ont malheureusement perdu leur fils Vincent au cours d’un accident. J’ai compatis à leur douleur. Au cours d’une conversation, ils m’ont appris qu’un concert allait être organisé, afin d’honorer sa mémoire, au Conservatoire de Toulouse où leur fils poursuivait ses études de trombone. Tous ses amis, ses professeurs, seraient ainsi réunis et joueraient notamment un concerto pour trombone. Sur un coup de cœur je leur ai proposé de diriger. C’est le genre de réaction à laquelle l’on ne réfléchit pas. J’ai donc proposé ma participation (pour une partie du programme) d’autant plus volontiers que j’aime beaucoup les jeunes. Et sur ce plan, le Conservatoire de Toulouse est merveilleux. J’ai été très agréablement surpris par la qualité, le niveau des élèves qui y travaillent très sérieusement. Leurs orchestres possèdent de très belles sonorités. Tout ceci doit être mis au crédit du directeur Gérard Duran. Finalement, j’ai pris contact avec le professeur de trombone, Daniel Lassalle, qui va tenir la partie soliste du concerto. C’est un véritable artiste. Non seulement il joue magnifiquement de son instrument mais il possède cette sonorité de violoncelle que j’adore. Donc j’espère que ma participation atténuera un peu la douleur des parents de Vincent. En ouverture du concert, j’ai proposé de jouer « Le jardin féérique », le final de « Ma Mère l’Oye » de Ravel. Pour moi, ce jardin n’est autre que le paradis. Nous enverrons ainsi à Vincent un message de la Terre vers le paradis où il se trouve maintenant.

 : Vous qui dirigez les plus grandes formations internationales, comment abordez-vous le contact avec un orchestre d’élèves de conservatoire ?

G. P. : Tout d’abord, il faut leur donner confiance. Mais sans trop de gentillesse non plus ! Il faut leur faire sentir qu’ils sont la pépinière des futurs grands orchestres de demain. Ces élèves sont déjà très bons, ils possèdent de belles sonorités, ils jouent bien ensemble. Mais bien jouer ensemble ne suffit pas, il faut qu’ils respirent ensemble pour obtenir le bon phrasé. C’est le message qu’on doit leur faire passer afin qu’ils soient des interprètes lorsqu’ils seront dirigés par d’autres chefs.

 : Considérez-vous, comme certains, que les caractéristiques des grands orchestres internationaux tendent de plus en plus à se ressembler, à s’uniformiser ?

G. P. : Ce n’est pas tout-à-fait exact. Chaque orchestre a sa personnalité, mais il est au service d’une œuvre, d’un compositeur. Alors, les orchestres ont tendance à se ressembler lorsqu’ils jouent une même œuvre. Je vous donne un exemple. Il y a quelques années, j’ai dirigé à Salzbourg la 1ère symphonie de Mahler avec la Philharmonie de Vienne. Quinze jours plus tard, j’étais au festival de Montpellier où j’ai dirigé l’Orchestre National de France dans la même œuvre. Et bien les deux orchestres m’ont donné des couleurs sonores très proches qui sont celles de cette symphonie. En définitive les personnalités différentes des orchestres tendent à se rapprocher pour atteindre l’esprit du son souhaité par le compositeur. Considérer, comme certains chefs le font, qu’il faut prendre un orchestre allemand pour jouer une œuvre allemande ou un orchestre français pour exécuter une œuvre française est une imbécillité. C’est à nous, les chefs d’orchestre, d'obtenir de n’importe quelle formation la sonorité qui convient à l’œuvre.


Georges Prêtre à la tête de la Philharmonie de Vienne lors du concert du Nouvel An 2008 (photo AFP - Dieter Nagl)

 : Comment organisez-vous aujourd’hui vos activités musicales, symphoniques ou lyriques ?

G. P. : Je ne travaille pas toujours autant qu’en ce moment. J’ai la chance de pouvoir choisir ! Je ne suis pas un voyageur de commerce de la musique. Sauf exception, je n’interviens plus dans le domaine lyrique. Non pas parce que je n’aime pas les voix. Je les adore ! Mais pour bien travailler dans ce domaine, il faut rester longtemps sur place, de l’ordre de deux mois à l’hôtel chaque fois. Vous savez, j’ai déjà beaucoup donné à l’opéra, au Met de New York, à la Scala de Milan que j’aime beaucoup et où je suis resté dix-sept ans. J’ai un peu sacrifié ma famille ; je ne le supporte plus, mon épouse non plus d’ailleurs. Et puis il y a les metteurs en scène… Dans le passé, et j’ai été gâté dans ce domaine, la plupart des metteurs en scène avaient pour but de servir la musique. De nos jours il y en a trop qui s’en servent, afin de briller eux-mêmes ! Nous sommes au service d’une partition et la partition ne peut pas être à notre service. Comme je l’ai déjà dit, l’œuvre du compositeur est comme un bijou que l’on doit faire briller. C’est le rôle des artistes, chanteurs, musiciens. Et puis, il faut habiller ce bijou. La mise en scène est l’écrin (bleu, car j’aime le bleu !) du bijou. Le metteur en scène apporte bien sûr sa contribution au bijou, mais il ne sera jamais le bijou lui-même. Le chef non plus d’ailleurs.

 : Une grande voix que vous avez bien connue vient de s’éteindre, celle de Giuseppe di Stefano. Pouvez-vous nous en parler ?

G. P. : Oui hélas, et auparavant, il a eu aussi mon ami Luciano Pavarotti. Et tellement de grands artistes que j’ai eus pour amis. Di Stefano a beaucoup chanté avec Maria Callas, déjà bien avant que j’accompagne Maria. Ces chanteurs possédaient de fortes personnalités. Mais toujours au service de la musique. J’ai eu vraiment beaucoup d’amis chanteurs aujourd’hui disparus. Madame Schwarzkopf est partie, Régine Crespin, une voix magnifique, est également partie… Je reste le dernier des Mohicans.

: Votre dernière participation au concert du Nouvel An à Vienne a eu un grand retentissement. Pouvez-vous nous en parler ?

G. P. : C’était très spécial. Cela m’a rendu très heureux. Mais je n’ai pas beaucoup de mérite car en fait je suis viennois depuis quarante six ans ! J’ai dirigé les deux orchestres (symphonique et philharmonique), j’étais avec Maestro Karajan au Staatsoper. Le répertoire viennois, qu’il soit classique ou « dit » léger, je le possède vraiment. Pour les musiciens, je suis un peu viennois. Alors c’était la fête. Comme j’aime cet orchestre et comme il m’aime aussi, nous nous sommes beaucoup amusés, tout en respectant la musique. Ce n’était pas un programme français, mais les musiciens ont voulu rendre une sorte d’hommage à la France à travers la musique des viennois. Même le cancan d’Offenbach était joué dans un arrangement de Johann Strauss. C’était vraiment la fête pour donner un peu de joie à tout le monde.

 : Quels sont donc vos projets actuels ?

G. P. : Après Toulouse, je vais diriger le Requiem de Verdi à Bologne. L’exécution sera d’ailleurs accompagnée de projections pour créer une ambiance de lumière. Ce Requiem, pour moi n’est pas triste. C’est plutôt une aspiration vers le paradis. Après cela je vais à Rome pour diriger un orchestre que j’aime beaucoup, le Santa-Cecilia, dans la cinquième symphonie de Mahler. Puis, en juin je retourne à Vienne pour un grand concert en plein air, devant le château de Schönbrunn : Strauss, Ravel… Je prévois également une tournée avec la Philharmonie de Vienne. Pas d’opéra ! Sauf exception. Je ne devrais pas le dire, mais je ferai peut-être Orange. Les autorités du festival ont apposé une plaque à l’entrée du théâtre avec mon nom. C’est un grand honneur. Finalement j’aime bien les plaques quand on les pose de son vivant !
J’ai toujours des projets que je réaliserai… si Dieu m’oublie… comme le disait le grand Arthur Rubinstein.

 : Merci beaucoup pour cette leçon de joie de vivre !

Propos recueillis à Toulouse le 6 mars 2008 par Serge Chauzy

 

 

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du Nouvel An 2008, dirigé
par Georges Prêtre
 
 

 

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