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Opéra/ Théâtre du Capitole - Macbeth - Giuseppe Verdi
18 mai 2018
     

CRITIQUE

Une reprise… fortissimo

Cet opéra est notoirement connu pour être épineux à produire. Scéniquement il requiert divers espaces très marqués dramatiquement. Vocalement et psychologiquement, les deux premiers rôles constituent pour leurs interprètes des challenges majeurs. Enfin, musicalement, c’est le travail d’un jeune Verdi de 34 ans qui écrit là une partition abandonnant certaines structures académiques pour s’aventurer sur les terrains vierges du drame lyrique. Le tout fait un cocktail explosif, donc dangereux, une accumulation de pièges dont il est extrêmement difficile de sortir indemne.

En ce 24 octobre 1994, Macbeth fait l’ouverture de la nouvelle saison lyrique capitoline, en même temps qu’il est représenté pour la première fois sur notre scène. C’est une nouvelle production qui lui sert d’écrin, signée Tobias Richter (mise en scène), Hubert Monloup (décors et costumes) et Allain Vincent (Lumière). De cette création locale, nous retiendrons avant tout l’hallucinant Macbeth d’Alain Fondary ainsi que le noble Banco de Paul Plishka. En effet, Mary Jane Johnson était une Lady hors de propos vocal et le jeune ténor chilien Tito Beltran un rien léger pour Macduff. La direction de Maurizio Arena n’arrangeait pas vraiment les choses. Disparue depuis de l’affiche toulousaine, le retour de cette œuvre était plus qu’attendu !



Vitaliy Bilyy (Macbeth) - Photo Patrice Nin -

C’est dans le cadre d’une coproduction Bordeaux/Nancy, créée sur les bords de la Garonne en 2011, reprise à l’Opéra national de Lorraine en 2012, puis à Toulon en 2014 et programmée à Limoges en 2019, que l’ouvrage nous revient au cours de la présente saison sous la signature scénique de Jean-Louis Martinoty (mise en scène), Bernard Arnould (décors), Daniel Ogier (costumes) et François Thouret (lumières). Jean-Louis Martinoty nous ayant quitté en 2016, c’est Frédérique Lombart qui a la charge dramatique du plateau. Malheureusement, nous ne pouvons que constater ce qui apparaît comme une absence totale de direction d’acteurs, ces derniers semblant abandonnés à eux-mêmes et se réfugiant dans des poses à l’avant-scène dignes des débuts du siècle dernier. Dans un opéra nourri de haine, de sang, d’ambition, de violence, la conséquence est immédiate : le courant ne passe pas. Et l’on est pétrifié pour les chanteurs devant le silence glacial qui accueille, si je puis dire, les grands airs dont la partition n’est point avare. Petit à petit, tout comme les interprètes, l’atmosphère va se réchauffer et le rideau final se fera sous des applaudissements et quelques rappels.
Mais ne tournons pas autour cent sept ans, la déception n’est pas due uniquement à une production qui, de plus, nous inflige un ballet totalement indigeste autant qu’inutile. En effet, pour sa première apparition dans la fosse capitoline, le maestro italien Michele Gamba nous donne à entendre un Verdi brutal, overdosé en décibels. Ainsi dirigée, la partition met en danger les chanteurs obligés de franchir une véritable muraille sonore. Les cuivres côté cour à découvert n’arrangeant rien, loin s’en faut d’ailleurs. Si le Chœur et la Maîtrise du Capitole, sous la direction d’Alfonso Caiani, se sortent avec les honneurs de cette situation, il en va autrement des solistes contraints de travailler davantage la puissance de projection que le legato ou la musicalité. Et, à vrai dire, le premier acte fait frémir… d’angoisse.



Béatrice Uria-Monzon (Lady Macbeth)

Le rôle-titre est confié à un habitué de notre scène, le baryton ukrainien Vitaliy Bilyy. Habitué car il s’y est déjà présenté et y a triomphé dans le Conte di Luna (Trovatore/2012), Renato (Ballo in Maschera/2014), Don Carlo (Ernani/2017) et Enrico (Lucia di Lammermoor/2017). Macbeth n’est pas son rôle verdien de prédilection. En effet il ne l’a abordé qu’une fois en 2013 à la Scala. A l’évidence, l’écriture du rôle semble lui poser des problèmes, dans le contexte sonore ci-dessus mentionné. Seul le 4ème acte nous permet de retrouver ses indéniables qualités de phrasé et de timbre.
Sa partenaire n’est autre que la (mezzo) soprano française Béatrice Uria-Monzon. Egalement peu familière d’un rôle qu’elle « fila » lors d’un concert à Marmande le 5 décembre 2015, puis chanta en version scénique à Bruxelles en 2016, Béatrice Uria-Monzon s’aventure aujourd’hui dans le répertoire des sopranos dramatiques. Après une première Tosca en Avignon en 2012 et Adrienne Lecouvreur à Saint Etienne début 2018, avant le double rôle d’Elena et Margherita dans le Mefistofele des prochaines Chorégies d’Orange et, enfin, le rôle-titre de Gioconda à Bruxelles début 2019, Béatrice Uria-Monzon revient sur notre scène après 11 ans d’absence, dans l’un des personnages les plus complexes et fascinants du répertoire verdien : Lady Macbeth. Le point fort de son interprétation est celui qui nous démontre son accession technique à la tessiture de soprano. Le registre supérieur ne lui pose aucun problème, jusqu’au ré bémol meurtrier qui clôt la scène du somnambulisme. Ce gain en ambitus ne s’est-il pas fait au détriment des registres medium et grave ? Problème de trac, d’équilibre fosse/plateau, le tout est qu’hormis la netteté fulgurante des aigus, le timbre légèrement voilé a perdu de son impact, de ce moelleux velouté et mordoré qui en était la signature. Ce qui n’empêche pas Béatrice Uria-Monzon de délivrer une scène finale de toute beauté dramatique.
A leurs côtés, la basse coréenne In Sung Sim (Banco) déploie un chant ample et généreux et le ténor géorgien Otar Jorjikia (Macduff), quant à lui, fait valoir un beau timbre ainsi qu’une voix homogène. Si l’enthousiasme n’est donc pas ici de mise, il y a fort à parier qu’une mise en scène aussi frustre en même temps qu’inutilement clinquante en soit en grande partie responsable. La première confrontation de Shakespeare et Verdi, délicate certes, méritait une toute autre attention.

Robert Pénavayre
Article mis en ligne le 21 mai 2018

 

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