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Opéra/ Théâtre du Capitole - Ernani - Giuseppe Verdi
10 mars 2017
     

CRITIQUE

Une trop longue absence

Comment le grand frère du célèbre Trovatore a-t-il fait pour être absent du Capitole pendant 80 ans ? Mystère des programmations. Et pourtant, les affres auxquelles vont succomber Ernani et Elvira n’ont vraiment rien à envier aux aventures chevaleresques de Manrico et de sa belle Léonore. Ici encore, dans ce cinquième opéra d’un compositeur de 31 ans à peine, tout est passion, jalousie, larmes et fatalité.

Côté vocal, si l’on excepte l’absence d’un premier rôle de mezzo-soprano, nous avons dans Ernani la distribution du Trouvère. Même s’il n’est pas interdit de penser à une autre vocalité ténorisante. Tout cela pour dire combien cet ouvrage a toute sa place dans le répertoire d’une maison comme celle du Capitole. Réjouissons-nous qu’elle y fasse enfin son retour. D’autant qu’elle porte en elle tout ce qu’aime le mélomane toulousain depuis des siècles, même si son goût a sensiblement évolué depuis quelques dizaines d’années. Je veux parler ici de l’immédiateté de cette musique reconnaissable entre toutes dès les premiers accords, des contenus dramatiques, simplement et directement émotionnels. Cet opéra réunit tout ce que le public adore applaudir avec passion, cette passion qui a construit sa réputation. Sous réserve qu’il trouve son compte sur le plateau. Les nombreux rappels qui viennent de ponctuer le rideau final de la première semblent démontrer qu’il a été convaincu.



De gauche à droite : Michele Pertusi (Silva) et Vitaliy Bilyy (Don Carlo)
- Photo Patrice Nin -

Triomphe des clés de fa

Passons rapidement sur une production extrêmement décevante signée Brigitte Jaques-Wajeman (mise en scène sommaire), Emmanuel Peduzzi (décors, si l’on peut dire, et costumes branchouilles vus mille fois ailleurs et d’un académisme aujourd’hui rédhibitoire), Jean Kalman (lumières essayant de cacher la misère…). Pareille reprise méritait mieux. D’autant que sur le plateau il y avait du beau monde.
Soit qu’il ne l’avait jamais chanté, soit qu’il l’avait abordé il y a fort longtemps, soit qu’il ne l’avait interprété qu’une fois en concert, le résultat était le même pour le quatuor des solistes invités, il s’agissait de véritables prises de rôle. Ceci explique certainement le sentiment de flottement et de tension dans la voix d’Alfred Kim dès sa première grande scène. Son Ernani cherche ses appuis et se réfugie dans une nuance, si l’on peut dire, forte dont il aura du mal à s’extraire tout le long de la soirée, même si, par la suite, le timbre devient plus brillant, tout en manquant de cette italianité qui a fait de Franco Corelli un interprète idéal de ce rôle écrit pour un authentique lyrico-dramatique, avec un aigu bien accroché et un médium puissant. Même évolution vocale pour l’Elvira de Tamara Wilson. C’est au fur et à mesure de la soirée que l’émission est devenue plus ample, les aigus se sont arrondis, le médium et le grave se sont raffermis, révélant, pour ceux qui ne la connaissaient pas, un véritable soprano verdien, tout en dynamique, à la voix homogène. L’éventuelle fréquentation future de ce rôle devrait lui permettre d’apporter à son interprétation un supplément d’âme à même de nous émouvoir.



Alfred Kim (Ernani) et Tamara Wilson (Elvira) - Photo Patrice Nin -

Dès l’apparition de la basse italienne Michele Pertusi, la vérité éclate aux oreilles. La couleur, le phrasé, la musicalité, la splendeur intrinsèque de la voix, l’allure du comédien, tout est réuni pour un Silva d’anthologie. La suite de la soirée ne fera que confirmer cette première impression. Un artiste somptueux que nous retrouvons avec un bonheur sans mélange sur notre scène après son Don Giovanni toulousain en 1990. Autre choc, le Don Carlo de Vitaliy Bilyy. La voix de cet artiste que nous avons le plaisir de croiser régulièrement sur notre scène a considérablement évolué depuis peu. C’est aujourd’hui un vrai baryton dramatique, à l’ambitus profond, au timbre chatoyant, dont les aigus insolents gardent les harmoniques sombres du timbre, le phrasé est ample, il s’appuie sur un contrôle du souffle exemplaire. Quant au comédien, malgré le ridicule des tenues, il sait faire exister son personnage. Les seconds rôles sont de bon niveau : Paulina Gonzalez (Giovanna), Jesus Alvarez (Riccardo) et Viktor Ryauzov (Jago). Personnage à part entière, le chœur de cet Ernani est omniprésent sur scène. Grand bravo à nos phalanges qui, sous la direction d’Alfonso Caiani, trouvent à merveille les couleurs, la rondeur, la discipline et les dynamiques propres à enflammer leurs nombreuses interventions.
Et puis il y a le maestro, le jeune germano-américain Evan Rogister, remplaçant Daniel Oren. Il n’est rien de dire combien il a compris l’essence même de cette musique, tout à la fois explosive et emplie de la plus douce cantilène. Verdi se cherche, c’est évident, cet ouvrage est un creuset, un laboratoire. Le chef d’orchestre doit être à l’affût des milles intentions du compositeur, ces intentions qui seront à l’origine des plus grands chefs d’œuvre à venir. Il a tellement bien compris qu’il a emporté avec lui public, solistes, chœurs et orchestre dans une communion artistique et un plaisir évidents.

Robert Pénavayre
Article mis en ligne le 13 mars 2017

 

infos
 

Renseignements concernant les distributions, les dates et les abonnements :

www.theatreducapitole.fr

 

 

Représentations :

14, 17, 19 et 21 mars au Théâtre du Capitole

 

 
 
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