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Festivals / Festival de la Vézère 2017
La bohème (Giacomo Puccini) et La Cenerentola (Gioacchino Rossini)
12 et 13 août 2017
     
CRITIQUE

Deux soirées lyriques chargées d’émotions et… de rires

C’est dans le cadre magnifique du Château du Saillant que se pressent chaque année des centaines de mélomanes devenus fans de la troupe britannique Diva Opera. Et comment en serait-il autrement quand on est témoin de l’intelligence, du savoir-faire, de la rigueur musicale et du talent de ces saltimbanques lyriques qui, avec trois bouts de ficelle, donnent vie aux œuvres majeures de l’art lyrique dans une grange ! Au cœur du public et accompagnés par un seul piano au clavier duquel œuvre, et il faut entendre comment, le directeur musical de cette troupe, Bryan Evans, une quinzaine de chanteurs alternent, du jour au lendemain, et c’est l’esprit troupe, premiers et seconds rôles. Sur un plateau de 20 mètres carrés, des mises en scène inventives, astucieuses, lisibles immédiatement, formidablement pertinentes, accueillent les grands Mozart, comme Les Contes d’Hoffmann ou Lucia di Lammermoor, Traviata ou Don Pasquale, etc. Et c’est toujours un immense bonheur.



Robyn Lyn Evans (Rodolfo) et Susana Gaspar (Mimi) - Photo Festival de la Vézère -

Cette année, pleurs et rires se sont succédés dans la fameuse grange. Pleurs avec La bohème puccinienne dans une mise en scène de Cameron Menzies. Un petit lit en fer misérable, trois chaises et une table en bois qui ne le sont pas moins, il n’en faut pas davantage pour être de plain-pied dans l’univers des bohèmes tel que décrit dans les premières pages du roman d’Henri Murger. Un banc froidement éclairé sera le seul mais combien évocateur accessoire du 3ème acte. La direction d’acteur est au cordeau et notre proximité ne supporte pas le moindre écart, la moindre distraction. Cette proximité est aussi la garantie d’être littéralement envahi par le drame, d’en faire partie. Il n’était que d’entendre les discrètes ouvertures des sacs à main de ces dames et les raclements de gorge de ces messieurs, dont le signataire de ces lignes, pour comprendre que, dès l’air de la défroque, il était devenu inutile de lutter contre l’émotion. Et tout cela avec des chanteurs qui ne s’en laissent pas compter. Du magnifique Rodolfo de Robyn Lyn Evans, dont la voix homogène, le superbe phrasé et l’aigu généreux font merveille dans le rôle du poète, à la volcanique Musetta de Carly Owen, un véritable condensé de charme et de volupté vocale, la distribution rend pleinement justice à cette délicate partition. Soulignons également le Marcello très en voix d’Adam Gilbert, le Colline profondément pathétique de Lukasz Karauda, la très émouvante Mimi de Susana Gaspar qui donne le meilleur d’elle-même dans un médium d’une irradiante douceur, ses aigus étant par ailleurs un rien métalliques, mais quelle belle ligne de chant, sans oublier le luxueux Schaunard d’Euros Campbell et Martin Lamb dans le double emploi de Benoit et Alcindoro, deux personnages qu’il porte à un haut degré de couleurs.



Marta Fontanals-Simmons (Angelina) - Photo Festival de la Vézère -

Le lendemain, il était grand temps de ranger nos mouchoirs si ce n’est pour essuyer des larmes de rire. Et les occasions ont été nombreuses pour cette représentation de La Cenerentola, chef-d’œuvre buffa de Gioacchino Rossini. Dans une mise en scène de Wayne Morris, c’est tout l’univers de Walt Disney qui fait irruption dans la grange. On n’oubliera pas de sitôt le départ du Prince dans son carrosse, à savoir deux valets déguisés en souris qu’il tient par des brides alors qu’un troisième fait mine d’être bousculé dans tous les sens à l’arrière dudit carrosse. Encore une fois l’imagination est au pouvoir. L’imagination et la virtuosité vocale, Rossini oblige. La distribution est particulièrement homogène et d’une rigueur stylistique exemplaire. Il en est ainsi de la superbe Angelina au timbre fruité et velouté de Marta Fontanals-Simmons, du Prince d’Ashley Catling qui, très habilement, utilise la technique du haute-contre dans son grand air du II : Si, ritrovarla io giuro, des deux inénarrables sœurs : Charmian Bedford (Clorinda) et Louise Mott (Tisbe), du hiératique Alidoro de Matthew Hargeaves, du virevoltant Don Magnifico de Martin Lamb et du truculent Dandini de Julien Van Mellaerts. Tout ce petit monde en ébullition mais parfaitement synchrone forme un univers de belles voix issues pour la plupart des plus prestigieuses écoles britanniques. Un régal récoltant une interminable standing ovation largement méritée.

Robert Pénavayre
Article mis en ligne le 24 août 2017

 

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