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Festivals/ Toulouse d'été - Edition 2017 - Trio Elégiaque -
François Dumont, piano, Philippe Aïche, violon, Virginie Constant, violoncelle
20 juillet 2017
     
COUP DE CŒUR
     

CRITIQUE

Sublime Schubert par le Trio Elégiaque

La 14ème édition du festival Toulouse d’Eté retrouve le grand pianiste François Dumont dont l’intégrale Ravel qu’il avait donnée le 24 juillet 2015 dans ce même cadre est encore dans toutes les mémoires. Le voici cette fois entouré de ses amis le violoniste Philippe Aïche et la violoncelliste Virginie Constant, formant ainsi le Trio Elégiaque, pour une autre intégrale, celle des musiques pour trio avec piano de Franz Schubert.

Le Trio Elégiaque, est devenu en dix ans l’une des grandes formations de musique de chambre dans le paysage musical international. Composé de Philippe Aïche au violon (Premier violon solo à l’Orchestre de Paris et chef d’orchestre), Virginie Constant au violoncelle (lauréate du Concours Maria Canals) et François Dumont au piano (lauréat du Concours Chopin et du Concours Reine Elisabeth), le Trio Elégiaque possède un large répertoire : leur intégrale des Trios de Beethoven, en concert (à l’Opéra-Comique à Paris, salle Molière à Lyon, à Rennes, à Lugano, au Festival de Ljubljana en Slovénie…) puis au disque (parution chez Brilliant Classics en 2013) a été particulièrement remarquée. A la lueur de leurs expériences artistiques respectives et de l’enseignement de maîtres tels que Menahem Pressler et Bernard Greenhouse, du mythique Beaux-Arts Trio, ou le Quatuor Amadeus, les musiciens du Trio Elégiaque s’inscrivent dans la tradition des grands trios avec piano tout en cherchant, par une approche vivante et novatrice, à renouveler le genre et transmettre leur passion pour un répertoire marqué par sa richesse, sa diversité et la spécificité de son association instrumentale.



Les membres du Trio Elégiaque. François Dumont, piano, Philippe Aïche, violon,
Virginie Constant, violoncelle - Photo Classictoulouse -

Ces trois grands musiciens ont choisi d’investir la profondeur, l’intensité expressive, les subtilités de la production chambriste de Schubert. Si son volume s’avère limité, cette production atteint un niveau musical et poétique insurpassable. Les deux Trios en titre ainsi que les deux mouvements composés pour cette formation occupent les deux parties de ce généreux concert du 24 juillet, offert dans la belle salle capitulaire du cloître des Jacobins, cocon idéal pour l’intimité de cette musique de l’âme.
Le juvénile Sonatensatz D. 28, qui ouvre la soirée, témoigne du don inné du jeune compositeur d’à peine quinze ans. Le charme opère immédiatement et Schubert est déjà présent dans ces phrases à la fois légères et fortes. Les musiciens du Trio Elégiaque manifestent ici une cohésion, une précision qui n’a d’égal que la souplesse de leur jeu commun. Le violon étant l’instrument dominant dans cette œuvre, on admire tout particulièrement l’extrême pureté du timbre de Philippe Aïche, ainsi que l’élégance de ses phrasés. Tout au long du concert, l’équilibre sonore et expressif entre les trois musiciens s’avère idéal.
Avec le Trio n° 1 en si bémol majeur, l’inspiration schubertienne franchit une étape décisive. Les premières mesures de l’Allegro moderato prennent des allures passionnées de chevauchée dramatique. On pense au fameux Erlkönig. Les interprètes s’investissent totalement dans cette vibrante proclamation. Comme souvent chez Schubert, les couleurs du paysage musical se nourrissent de sensibles modulations. L’Andante un poco mosso évoque l’intimité de la confidence que les musiciens expriment avec une pudeur touchante. La grâce et la légèreté, l’esprit de la danse imprègnent le Scherzo (Allegro) dans lequel les trois instruments semblent se livrer à un jeu. Le Rondo final déroule ses alternances couplet-refrain avec une insouciance souriante que la coda vient embraser avec brio.
Le Notturno pour piano, violon et violoncelle D. 897 constitue probablement le mouvement lent d’un trio inachevé datant de 1827 ou 1828 (année de la mort de Schubert). Les trois musiciens en soulignent cette émouvante caractéristique de douceur tragique si propre au compositeur.



Les musiciens au salut. De gauche à droite : Philippe Aïche, violon, François Dumont, piano, Virginie Constant, violoncelle - Photo Classictoulouse -

Le somptueux Trio n°2 en mi bémol majeur, D. 929, conclut ce voyage en terre chambriste. S’ouvrant sur un unisson péremptoire, l’Allegro initial, auquel les interprètes confèrent toute son ardeur passionnée, se développe dans les contrastes, dans une sorte de théâtralité assumée. L’inquiétude se manifeste par instant, admirablement portée par le jeu des oppositions dynamiques. Le sublime Andante con moto évoque immédiatement le dénuement tragique du Winterreise (Le Voyage d’hiver). La marche désolée du Wanderer s’élève comme dans un paysage glacé. Après un épisode d’exaltation proche de la révolte, le retour au thème funèbre initial donne le frisson. Le désespoir le plus sombre conclut ce mouvement, chef-d’œuvre en lui-même.
Il faut toute la science musicale des interprètes pour faire émerger de cette noirceur la grâce légère du Scherzando qui se manifeste finalement comme pour s’étourdir. On admire au passage le caractère terrien, populaire du trio. La complexité du mouvement final, Allegro moderato, est admirablement résolue par Philippe Aïche, Virginie Constant et François Dumont qui savent en maintenir l’unité musicale et expressive. La joie « bon enfant » qui se manifeste d'abord est brutalement, mais presque logiquement, interrompue par la réapparition du thème tragique de l’Andante, comme un souffle glacial et mortel sur un semblant de bonheur. C’est néanmoins sur le retour de l’allégresse que s’achève cette partition unique. Les membres du Trio Elégiaque semblent s’approprier là le commentaire de Brigitte Massin : « Ici, dans cette dernière mutation, de la douleur à l’amour, la victoire de l’amour est irréversible. C’est le triomphe de la tendresse héroïque ! »
L’ovation d’un public ému obtient le retour des musiciens pour un bis qui ne saurait être de Schubert, puisque tout a été dit au cours de cette soirée. C’est au tendre Mendelssohn que se réfèrent les interprètes avec un mouvement de son Trio n° 1 en ré mineur. Cet aimable et amical complément aux chefs-d’œuvre de Schubert conclut dans la joie cette soirée mémorable.

Serge Chauzy
Article mis en ligne 22 juillet 2017

 

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24, rue Croix-Baragnon
31000 Toulouse

Tél. : 05 62 27 60 71

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Site Internet :
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Programme du concert donné le 20 juillet 2017 à 21 h 30 dans le cloître des Jacobins de Toulouse

* F. Schubert

- Sonatensatz, D. 28

- Trio n°1 en si bémol majeur, op. 99, D. 898

- Notturno pour piano, violon et violoncelle, op. 148, D. 897

- Trio n°2 en mi bémol majeur, op. 100, D. 929
 
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