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Entretien avec Béatrice Uria-Monzon - Théâtre du Capitole - 10 mai 2018
     

Béatrice Uria-Monzon dans les pas de Cornélie Falcon

Absente de notre scène depuis plus de dix ans (Carmen en 2007), la cantatrice Béatrice Uria-Monzon se glisse depuis quelques années dans le répertoire dit de « Falcon », nom de cette célèbre chanteuse française (1814-1897) qui fit la gloire des opéras de Meyerbeer et d’Halévy et qui créa quasiment la tessiture de soprano dramatique, une voix sombre au médium charnu et puissant, aux aigus éclatants. A la veille de sa première Lady Macbeth au Théâtre du Capitole, Classictoulouse a recueilli ses réflexions à un moment crucial de sa carrière.

Classictoulouse  : En fait vous avez chanté votre première Lady Macbeth, à Marmande, dans le Lot et Garonne, le 5 décembre 2015.

Béatrice Uria-Monzon : Effectivement, j’avais été contactée pour me produire en concert dans cette ville et j’en ai alors profité pour leur proposer de « filer » le rôle en entier, rôle que j’allais chanter sur scène pour la première fois à la Monnaie de Bruxelles l’année d’après. C’était avec orchestre et chœurs et un jeune baryton pour me donner la réplique, Frédéric Cornille. Un véritable entraînement grandeur nature, en public.



O

: Votre nouveau répertoire englobe aujourd’hui, outre Lady Macbeth, Tosca (première en Avignon/ 2012) et Adrienne Lecouvreur (première à Saint Etienne/ 2018), bientôt Gioconda (Bruxelles/ 2019), des emplois de soprano. Cela sous-entend un changement de registre vocal car nous vous connaissons surtout comme mezzo-soprano.

Béatrice Uria-Monzon : Très jeune je me suis souvent demandé si je n’étais pas soprano car j’ai toujours eu une grande facilité dans l’aigu. Clairement jusqu’à il y a peu, j’étais cataloguée comme mezzo-soprano avec Carmen comme rôle signature, et plus généralement comme interprète de femmes de fort caractère.

En 2009, Raymond Duffaut, (ndlr : alors Directeur des Chorégies d’Orange) m’avait invité à chanter Santuzza dans Cavalleria Rusticana. Ce fut un déclic. D’autant que le lendemain du spectacle, ce dernier me proposait de monter Tosca pour moi en Avignon. Je n’ai pas dit non, mais je lui ai plutôt demandé de me laisser étudier le rôle et ensuite de le lui chanter en audition. C’est ce qui s’est passé. Et j’ai finalement chanté ma première Tosca en Avignon. Je peux vous dire que les personnes qui me faisaient confiance sur ce projet se comptaient alors sur les doigts d’une main ! Finalement, tout s’est bien passé et, dans la foulée, mon agent m’a suggéré Lady Macbeth. En vérité je trouvais que tout allait un peu vite, mais l’aventure déjà me tentait et je me suis rapidement plongée dans la partition, la suite vous la connaissez.

:
Tout cela demande un réajustement technique, non ?

Béatrice Uria-Monzon : Bien sûr la mutation ne s’est pas faite du jour au lendemain. Le travail effectué sur Tosca m’a bien aidée pour Macbeth, et cela va peut-être vous étonner, mais Tosca est plus difficile pour moi que Lady Macbeth. Dans ce rôle je ne me sens jamais en danger. Peut-être que j’appréhende un peu le second duo avec Macbeth, mais à part ce passage délicat, le rôle n’est pas insurmontable. Techniquement j’ai appris à chanter davantage sur le spinto de la voix, moins large, travailler sur la finesse des cordes vocales plutôt que sur leur épaisseur, avec une accroche précise des aigus, sans parler du souffle évidemment. Je pense qu’à présent ma voix est dans son épanouissement total.

 : Quand je vois l‘évolution de votre carrière, je ne peux que constater combien elle est parallèle, en termes de rôles, avec celle de Shirley Verrett.

Béatrice Uria-Monzon : Vous avez raison, c’est une artiste que j’écoute beaucoup, sans me comparer à elle bien sûr, à ce jour je constate que tous les rôles que j’ai chantés elle les a eus à son répertoire et en général quand on me propose un nouveau rôle, je regarde immédiatement si elle l’a chanté.

 : Revenons si vous voulez bien à cette Lady Macbeth.

Béatrice Uria-Monzon : Je trouve en Lady Macbeth une personnalité particulièrement excitante même si elle est terrifiante Certes je ne peux pas m’assimiler à un tel personnage, totalement éloigné de mes valeurs, mais j’ai le sentiment de l’aimer malgré tout car j’essaie d’entrer dans sa tête et d’y découvrir ses blessures, son manque d’enfant, son goût du pouvoir. Chanter ce rôle présente malgré tout un danger, celui de faire transparaitre dans son chant la violence du personnage, et là je pense que l’on peut s’abîmer la voix. Il est nécessaire de gérer tout cela au cordeau et travailler sur l’endurance afin d’arriver en forme à la fin de l’œuvre. Mais cette femme, bien que monstrueuse, est complètement passionnante.



Béatrice Uria-Monzon dans le rôle de Lady Macbeth

: Abandonnez-vous dorénavant les rôles qualifiés de mezzo-soprano ?

Béatrice Uria-Monzon : Oui. Et je vous réponds d’autant plus fermement que je viens de vivre l’expérience suivante. Je chantais il y a peu le rôle-titre d’Hérodiade à Marseille, un rôle que je n’avais plus chanté depuis près de vingt ans et, à ma grande surprise, mon corps a retrouvé vocalement sa place d’alors. Comme dans un moule. C’est une question de mémoire corporelle. Sauf que je venais de chanter le rôle-titre d’Adrienne Lecouvreur… L’affaire a donc été compliquée à gérer pour moi.

 : Abordons, si vous voulez bien, la problématique des metteurs en scène d’aujourd’hui. Ils ont clairement la primauté sur les chanteurs et les chefs d’orchestre.

Béatrice Uria-Monzon : Je trouve hallucinant de ne plus voir le nom des chanteurs sur certaines affiches de théâtre, alors que le nom du metteur en scène est aussi gros que celui du compositeur ou même de l’œuvre ! Quant au travail de certains, je crois qu’avant d’ouvrir une partition ils vont d’abord regarder ce qu’ont fait leurs confrères afin de faire différemment. Ils partent à la recherche d’un truc, passez-moi l’expression, quelque chose qui va faire le buzz. Peu importe alors la dramaturgie de l’ouvrage.

 : Un rôle qui vous fait rêver, dans le domaine du possible aujourd’hui.

Béatrice Uria-Monzon : Certainement la Leonora de La Force du destin et, pour ne rien vous cacher, mon souhait est de reprendre le rôle vraiment sublime d’Adrienne Lecouvreur.

Propos recueillis par Robert Pénavayre le 10 mai 2018
Article mis en ligne le 16 mai 2018

 

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Du du 18 au 29 mai 2018

 

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