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Entretien avec Thomas Søndergård - 10/10/2013
     

Thomas Søndergård conquis par Toulouse,
son orchestre et son public

Thomas Søndergård, jeune chef principal du BBC National Orchestra of Wales et chef principal invité du Royal Scottish National Orchestra depuis la saison 2012/2013, a occupé de 2009 à 2012 le poste de chef principal et conseiller musical de l’Orchestre de la radio norvégienne. En 2012/2013, il a fait ses débuts à la tête de l’Orchestre symphonique de Seattle, de la Junge Deutsche Philharmonie, de l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg et retrouvé l’Orchestre Philharmonique d’Oslo, l’Orchestre de la Radio Norvégienne et le Festival de Tivoli. En juillet, il a débuté aux BBC Proms de Londres à la tête du BBC National Orchestra of Wales. Il a collaboré avec l’Orchestre du Capitole pour la première fois en avril 2011. C’est également lui qui dirigeait, à la Halle aux Grains, le concert du 6 juin dernier. Particulièrement investi dans les musiques scandinaves, il était à Toulouse, pour le concert du 12 octobre 2013 au cours duquel il était l’interprète privilégié de la Sixième symphonie du grand compositeur finlandais Jean Sibelius. Au cours de son séjour toulousain il s’est très volontiers livré au jeu des questions-réponses.



Le chef d'orchestre danois Thomas Søndergård

Classictoulouse  : Vous êtes né au Danemark et votre carrière a débuté comme timbalier. Quelques autres grands chefs d’orchestre ont également débuté comme percussionnistes. Comment expliquez-vous cela et comment l’avez-vous vécu ?

Thomas Søndergård : Il existe une forte tradition pour la percussion au Danemark. Se situer ainsi à l’arrière de l’orchestre permet d’observer tout se qui se passe, devant soi et jusqu’aux pupitres de cordes. En outre, comme on doit rester parfois de longs moments sans jouer, dans mon cas je conservais la partition près de moi où je notais de nombreuses indications du chef d’orchestre, y compris les coups d’archet et les remarques pour les vents. Et en effet, de nombreux chefs d’orchestre ont d’abord été percussionnistes, comme Michel Plasson, Simon Rattle, Paavo Järvi…

 : Avez-vous débuté en dirigeant au concert ou à l’opéra et comment partagez-vous vos activités entre ces deux disciplines ?

T. S. : Dès ma jeunesse, je me suis intéressé à l’opéra, notamment au World Danish Orchestra de l’opéra de Copenhague. J’ai alors appris à quel point un orchestre fonctionne différemment lorsqu’il est lié à la scène. L’opéra m’a toujours été très cher. J’ai grandi avec lui, comme s’il s’agissait pour moi des premières lettres de l’alphabet ! Je ne peux vraiment pas passer une saison sans avoir, au moins près de moi, des chanteurs d’opéra. De préférence dans une salle d’opéra ! Cela représente une manière différente de travailler. C’est très important pour moi en termes de respiration et même de conception générale de la musique. Dans tout ce que je fais, je pense à la musique en tant que ligne vocale. Actuellement, entre le concert et l’opéra, je ne peux pas dire que j’ai une préférence. J’ai besoin des deux.

 : Comment équilibrez-vous votre répertoire entre les styles et les périodes : classicisme, romantisme, musique contemporaine… ? Avez-vous des préférences ?

T. S. : Il est très important pour moi d’équilibrer mon répertoire entre les différentes périodes et de le faire tout au long de chaque saison. Je dirige tous les répertoires, peut-être moins celui de la période baroque. C’est d’autant plus important pour l’orchestre avec lequel je travaille le plus, le BBC National Orchestra of Wales. En explorant les différentes périodes, nous parvenons à mieux nous connaître, au lieu de ne parler qu’un seul langage. A chaque saison, il est très important pour moi d’aborder le répertoire contemporain. Car je ne peux pas diriger la 3ème symphonie de Beethoven de la même manière pendant cinq ans de suite sans intercaler quelques musiques de notre temps. Car ainsi je pourrais regarder la partition de Beethoven d’une manière différente.



Thomas Søndergård et l'Orchestre national du Capitole - Photo Classictoulouse -

 : Pensez-vous que les grands orchestres d’aujourd’hui possèdent encore des caractéristiques spécifiques, ou tendent-ils à se ressembler ?

T. S. :
C’est difficile à dire. Il est vrai que les orchestres ont tendance à « s’aligner » de plus en plus en raison des enregistrements CD ou DVD. Souvent, le public prend les enregistrements qu’il possède comme des références. Mais je crois malgré tout qu’il existe des spécificités dans le monde. Vienne est un bon exemple. Les musiciens utilisent encore des instruments qui existaient déjà lorsque l’orchestre a été fondé. Il existe, dans le monde, différentes traditions pour les vents, pour les cuivres. C’est en particulier remarquable aux Etats-Unis : les cuivres du Chicago Symphony sont bien connus pour cela. La plupart de leur technique s’est d’ailleurs répandue, en particulier en Scandinavie. Il y a des différences entre les styles. Peut-être pas entre les orchestres eux-mêmes, mais en tout cas entre les continents.

 : Comment considérez-vous vos relations avec l’Orchestre national du Capitole ?

T. S. : Dès ma première venue à Toulouse, le contact s’est immédiatement établi de manière excellente. Mon premier programme en 2011 comprenait la Symphonie n° 1 de Sibelius. Elle n’est pas si souvent jouée en France. C’était donc une sorte de défi que d’ouvrir cette porte. Même pour moi, cette musique devait être regardée comme nouvelle. Car cela ne va pas de soi lorsque l’orchestre n’est pas familier de l’œuvre de ce merveilleux compositeur finlandais. Dans ce cas, nous nous sommes connus très rapidement grâce à notre manière de communiquer. Cette semaine nous faisons la sixième symphonie de Sibelius et la porte est ouverte ! Du fait du bon contact que nous avons, très souvent le public toulousain me manque. Et j’en parle partout où je passe. Il est remarquable à quel point le public se sent ici proche de son orchestre. Cette proximité est véritablement exceptionnelle. Et je me réjouis toujours de revenir vers cette atmosphère, vers ce soutien très fort. Je trouve que c’est ainsi que la musique classique devrait toujours fonctionner !

 : Pouvez-vous nous parler du programme que vous venez diriger cette semaine ?

T. S. : Il y a donc la Symphonie n° 6 de Sibelius. Elle est peut-être ma préférée parmi les sept symphonies de Sibelius. Elle n’est pas très souvent donnée. Elle date de 1923, peu après que Carl Nielsen a composé sa cinquième symphonie qui a fait date dans la création musicale scandinave. Dans cette symphonie il y a aussi de la passion et même de la rage. Elle est imprégnée de culture finnoise. Et pensez-donc, la danse nationale finnoise est le tango ! La musique de Sibelius contient tout cela. Elle témoigne d’une grande dévotion à l’amour et à la nature. Les cuivres ont un rôle particulier. Ainsi, les trombones ne jouent pas beaucoup mais quand ils le font, c’est très acéré, comme le fil d’une lame. Et bien sûr je me réjouis beaucoup de diriger le concerto pour orgue de Thierry Escaich. C’est une partition très difficile, mais je suis certain que nous jouerons cette pièce avec « bravoure » !...

Propos recueillis à Toulouse le 10 octobre 2013 par Serge Chauzy

 

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