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Entretien avec Pierre Jodlowski - L'Aire du Dire - 15/03/2013
     

A propos de « L’Aire du Dire »

Pierre Jodlowski est un compositeur qui compte. Fondateur et directeur artistique associé du studio éOle - en résidence à Odyssud Blagnac depuis 1998 - et du festival Novelum à Toulouse et sa région, il invente un répertoire musical très original et bien ancré dans son époque. Il collabore avec de nombreux groupes ou ensembles importants dans le domaine de la création contemporaine, comme les ensembles Intercontemporain, Ictus - Belgique, KNM – Berlin, l’Ensemble Orchestral Contemporain, le nouvel Ensemble Moderne de Montréal, Ars Nova en Suède, Proxima Centauri, l’ensemble Court-Circuit et notamment le chœur de chambre les éléments, dirigé par Joël Suhubiette. C’est avec cet ensemble vocal, lui aussi en résidence à Odyssud Blagnac, qu’il a créé le 5 février 2011 au Théâtre du Capitole de Toulouse, une œuvre ambitieuse et forte, « L’Aire du Dire ». Ce spectacle impressionnant fait l’objet d’une publication en DVD, parfaitement fidèle à la création de l’œuvre. En avant-première de sa parution, Pierre Jodlowski s’est prêté au jeu des questions-réponses autour de cet opéra-oratorio d’une grande force.



Pierre Jodlowski © Jean Radel

Classic Toulouse : Quel a été le parcours musical qui vous a conduit à concevoir des œuvres d’un style qui est vraiment le vôtre ?

Pierre Jodlowski : Mon parcours musical est à la fois très conventionnel, dans le sens ou ma formation classique au Conservatoire a été suivie de cycles supérieurs à l’Université puis au Conservatoire de Lyon, mais sachant que parallèlement à cela, j’ai toujours mené de front d’autres formations, autour de musiques plus populaires, comme le jazz, l’improvisation, le rock, et puis aussi un grand intérêt, au sens large du terme, pour d’autres supports : l’image, les technologies, les medias, la littérature etc. Je crois qu’aujourd’hui, de toute façon, les outils auxquels on a accès sont très riches et permettent l’approche d’une pratique artistique non exclusive qui peut se développer au travers de la rencontre avec d’autres medias, d’autres formes artistiques. Ce qui m’a conduit à réaliser une œuvre comme « L’Aire du Dire » est le résultat de longues années de travail dans le cadre d’une écriture dite « classique », puisqu’une grande partie de cet opéra n’est rien d’autre qu’une écriture conventionnelle de la voix. Mais c’est également lié à des projets radiophoniques, sur l’image, sur la documentation et aussi sur le rapport à l’histoire. Je suis très préoccupé par la question de la mémoire, de l’oubli. Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui est hyper-accéléré, où on peut se contenter d’être dans le quotidien, dans le présent et de subvenir à nos besoins… La question de la mémoire est essentielle dans mon travail en général et dans « L’Aire du Dire » en particulier.

 : Comment est né ce projet ? Quelles influences y ont éventuellement contribué et quelles en ont été les étapes ?

P. J. : L’origine de ce projet est liée à son commanditaire, Frédéric Chambert, directeur du Théâtre du Capitole. C’est vraiment lui qui en est à l’initiative. Certes je connaissais Joël Suhubiette et son ensemble les éléments depuis quelques années et j’avais très envie de travailler avec eux. Et lorsque Frédéric Chambert m’a proposé ce projet, nous nous sommes rapidement orientés vers une collaboration avec les éléments. Quand on aborde une œuvre de cette envergure, une pièce de plus d’une heure avec un dispositif conséquent associant douze chanteurs, un dispositif électroacoustique très élaboré, de la vidéo et une scénographie importante, on doit se nourrir de manière assez large. Il y a d’abord eu une phase de documentation. J’ai très rapidement défini ce dont j’avais envie de parler. C’était quelque chose de très simple. Au fond, ce qui me pose problème dans l’opéra, c’est très souvent le fait que la question du sens, la question du langage devient secondaire et s’efface au profit de la personnalité des chanteurs. Très souvent on entend des commentateurs d’opéra s’exclamer sur telle soprano, tel baryton, telle mezzo, ceci un peu au détriment du texte. Or la naissance de l’opéra nous dit exactement le contraire. C’est un espace théâtral qui a pour fonction de porter une parole. J’ai donc eu « envie » d’axer mon travail sur la question du dire, de la parole. La première phase de recherche a donc consisté à identifier des zones du dire, des endroits dans notre monde où cette question de la prise de parole est essentielle. Très rapidement se sont imposés le discours politique, le discours religieux, l’oraison, le tribunal, la notion de conte… Une fois ce cadre défini, j’ai travaillé de manière très précise, en me documentant beaucoup, en cherchant des textes qui pouvaient lui correspondre, parfois en écrivant des textes moi-même.

Le dispositif scénique de L'Aire du dire, de Pierre Jodlowski, au Théâtre du Capitole
© Patrice Nin

 : Avez-vous composé la partie vocale de « L’Aire du dire » en pensant aux chanteurs du chœur de chambre les éléments, où cette écriture est-elle indépendante des interprètes ?

P. J. : Dès le début « L’Aire du Dire » a été un projet de collaboration avec Joël Suhubiette. Comme il y avait une volonté de travailler sur un texte qui serait, en partie, dit et non pas chanté, nous avons eu une longue conversation avec Joël pour choisir les chanteurs qui seraient à même de porter cette parole. Ce n’est pas donné à tous les chanteurs. Il s’agit là d’une performance d’acteur. Et puis, il y avait aussi un problème de langue. Le texte comporte du français, mais aussi de l’anglais, et de l’allemand, plus quelques autres langues, au passage, mais qui sont en général enregistrées. Pour la grande partie en anglais, nous avons tout de suite choisi Marc Manodritta, qui a des origines anglaises et parle parfaitement cette langue. J’ai donc vraiment écrit ce projet pour les éléments, ce qui ne signifie pas qu’un autre chœur ne peut s’en emparer. Mais dans l’approche d’un tel projet, le chœur doit se poser a priori la question de la distribution des rôles. C’est exactement comme dans tout opéra.

 : Comment s’est opérée la combinaison, ô combien importante, entre le « sonore » et « le visuel ». Quelle a été la contribution du metteur en scène Christophe Bergon ?

P. J. : La question de la mise en scène a été, au départ, très problématique. Dans le cadre de ce projet, nous n’avions pas la possibilité d’aller aussi loin que dans un opéra traditionnel, c’est-a-dire de permettre aux chanteurs de s’affranchir de la partition. Le metteur en scène, Christophe Bergon, a donc tout-de-suite posé cette question : « Est-ce que les chanteurs seront obligés d’avoir une partition, et donc de se trouver en un endroit fixe ? » La réponse étant positive, Christophe a souhaité travailler sur un pupitre, un pupitre symbolique autour duquel les chanteurs pourront néanmoins se déplacer. Nous nous trouvons donc dans un cadre minimal très contraint, mais avec des solutions qui rendent la scène très vivante. Un exemple frappant concerne la position de Joël Suhubiette qui change au cours de la représentation. Il peut diriger de manière classique, de dos, mais il dirige aussi de côté et de face. Ceci donne un aspect hybride entre l’opéra et l’oratorio. Ensuite, il y a tout le travail de la scénographie avec l’importance de la lumière. Christophe a donc travaillé sur des tableaux lumineux qui correspondent à chaque séquence, avec ici ou là quelques artifices lumineux qui viennent travailler de manière organique. Et enfin l’intervention de la vidéo permet de créer des temps de méditation, de réflexion, pendant lesquels les chanteurs déambulent librement sur scène, ce qui permet au spectateur de « souffler » avant de passer à un autre état du dire.

 : La grande cohésion entre le sonore et le visuel vous permet-elle d’imaginer qu’une autre mise en scène de cette œuvre que celle de Christophe Bergon soit envisageable ?

P. J. : Non, je ne crois pas. A la limite, si cette œuvre devait être redonnée sans la mise en scène de Christophe, je militerais pour une version extrêmement sobre, très simple, en oratorio, travaillant uniquement sur l’aspect musical, sans aucun artifice. Pour l’instant, la question ne se pose pas. Avec Christophe, nous avons travaillé sur de nombreux projets. Sa mise en scène de « L’Aire du Dire » respecte fondamentalement toutes les contraintes liées à la musique. Il serait par exemple très difficile de faire davantage bouger les chanteurs. L’écriture du chœur est par moments extrêmement complexe et précise. Demander à des chanteurs ce niveau de précision, avec le contrôle d’un dispositif d’amplification extrêmement sophistiqué, nécessiterait des moyens de production beaucoup plus importants. Il faudrait deux mois de plateau !


Pierre Jodlowski © Jean Radel

 : La complexité de la réalisation de cette œuvre, pourtant simple par son point de départ, permet-elle, à votre avis, au spectateur d’arriver « vierge » au moment de la représentation ou est-il préférable qu’il prenne connaissance à l’avance du contenu et du cheminement qui sont les vôtres ?

P. J. : C’est une question qui s’applique en fait à tous mes travaux. J’appartiens à une génération qui a un peu subi, voire qui a été un peu victime de la génération précédente de la musique contemporaine. Je parle là de mes pères spirituels comme Karlheinz Stockhausen, Pierre Boulez, Iannis Xenakis, dont les musiques étaient beaucoup plus présentes dans le panorama culturel de leur époque. Pour certains d’entre eux, et aussi pour des raisons historiques, la musique produite dans les années soixante, soixante-dix, a été parfois très austère, très difficile. Ma génération s’est donc posé cette question. Sans tomber dans le travers inverse consistant à composer « pour le public », la question que je me pose concerne ce que l’on perçoit au final d’un processus d’écriture. Autrement dit : « J’ai envie d’écrire quelque chose de très complexe. Est-ce que cette complexité est perçue ? J’ai envie de faire quelque chose de très fort. Est-ce que cette force est perçue… » Pour répondre à votre question, je pense que oui, on peut voir « L’Aire du Dire » en étant complètement « vierge ». Certains moments sont basés sur de l’émotion pure, comme à la fin ce grand texte en anglais du chef indien Seattle, que dit le comédien. Pour ce texte sublime sur la notion de propriété, sur l’appartenance au monde, il n’est nul besoin d’être averti. Certains de ces textes appartiennent à l’histoire et peuvent être appréciés tels quels.

 : Périodiquement, l’œuvre est ponctuée par des projections vidéo sur un écran circulaire, des acteurs-chanteurs déclamant, les yeux fermés, des poèmes de Christophe Tarkos. Quelle signification donnez-vous à ces étapes régulières ?

P. J. : Cette image d’allure ancienne, couleur sépia, d’un visage en gros plan, projetée sur ce petit écran, nous renvoie au médaillon de famille. C’est très important. Il s’agit là d’une obsession de la mémoire. Les chanteurs deviennent leurs propres parents, leur propre mémoire. D’une certaine manière, ils incarnent ce qu’ils sont devenus. C’est un travail sur le temps. Autre aspect, la poésie de Christophe Tarkos est pour moi extrêmement musicale, avec ce retour récurrent dans le texte du parc, la nuit, l’hiver. Elle incarne l’errance. Pour moi il n’y a pas d’art s’il n’y a pas d’errance, de jachère, d’hiver et de mise en sommeil. Ces moments-là sont des moments de réflexion qui doivent nous permettre de considérer ce qu’est une forme d’art.

 : Après « Jour 54 », présenté en janvier 2012 dans ce même cadre des Présences Vocales, et « L’Aire du Dire », quels sont les projets que vous menez ?

P. J. : Après m’être récemment investi dans des projets de grandes formes, je suis maintenant dans une période où je travaille un peu mes gammes ! Je réalise de petites commandes, notamment de musique de chambre, des solos, des duos, dans un souci de reconcentration. « L’Aire du Dire » est arrivée à un moment où j’avais clôturé une sorte de grand cycle d’une dizaine d’années. J’ai maintenant envie d’explorer de nouveaux domaines. Et dans ce cas rien de tel que de travailler plus librement sur des projets mettant en jeu un ou deux instruments. A plus longue échéance, d’ici deux trois ans, de gros projets se profilent à l’horizon. J’espère retravailler avec les éléments. Et puis je continue à mener de front des champs d’activité différents, à travailler pour le théâtre, avec notamment un spectacle avec des jongleurs, dans un souci d'ouverture. Paradoxalement, à notre époque nous sommes censés vivre dans un monde très ouvert. Nous avons accès à tout. Et pourtant, il n’y a jamais eu autant de cases que dans le monde d’aujourd’hui. Il faut absolument pouvoir mettre des étiquettes. Je trouve cela terrifiant ! Il faudrait au contraire prôner l’ouverture d’esprit. C’est donc très important pour moi de maintenir une ouverture sur d’autres pratiques artistiques.

Propos recueillis le 15 mars 2013 par Serge Chauzy

 

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Site Internet du compositeur Pierre Jodlowski :

http://www.pierrejodlowski.fr/

 
 
 
 
 
 

 

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