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Entretien avec Menahem Pressler - 03/12/2013
     

La légende du piano

Ses apparitions revêtent toujours un caractère exceptionnel. Elles s’apprécient à l’aune de leur richesse musicale. Menahem Pressler, à la tête d’une carrière de plus de soixante ans, est l’un des musiciens les plus profonds et les plus légitimement récompensés. Né en 1923 en Allemagne, il a fuit le régime nazi en 1939 et a finalement émigré en Israël. Le Premier prix de piano du Concours International Debussy, qu’il remporte à San Francisco en 1946, marque le début de sa brillante carrière. Au cours du Berkshire Music Festival en 1955, il fonde le Beaux Arts Trio dont il devient le pianiste attitré. Cette collaboration établit vite la réputation de Menahem Pressler comme l’un des musiciens de musique de chambre les plus appréciés du moment. Il restera le seul pianiste du Trio pendant près de 55 ans. Depuis de nombreuses années, il partage l’affiche avec les plus grands orchestres et se produit en solo dans le monde entier. Alors qu’il s’apprête à fêter son quatre-vingt dixième anniversaire, il était dans la région Midi-Pyrénées pour partager une série de trois concerts avec l’Orchestre national du Capitole et son directeur musical Tugan Sokhiev, à Toulouse, bien sûr mais également à Lourdes et à Perpignan. Homme affable, d’une extrême courtoisie, le sourire aux lèvres, Menahem Pressler nous a aimablement accordé cet entretien avec la générosité et la chaleur d’un artiste qui incarne le bonheur de vivre et de jouer.

Classic Toulouse  : Comment se sont déroulés vos débuts de pianiste soliste et votre transition vers la musique de chambre ?

Menahem Pressler : Je vais vous dire. Quand vous débutez comme jeune pianiste soliste, vous voudriez jouer aussi vite que possible, aussi fort que possible, aussi bien que possible. Mais dès que vous apprenez à jouer sérieusement de la musique de chambre, il n’est plus question de savoir à quelle vitesse vous pouvez jouer, mais à quelle vitesse l’œuvre doit être jouée, à quelle profondeur l’œuvre doit être ressentie, comment s’établissent les relations avec ceux qui jouent avec vous… et alors vous éprouvez ce qu’est réellement la musique, dans sa profondeur. Vous pouvez d’ailleurs observer que tous les grands pianistes, Horowitz, Schnabel, Rubinstein ont joué en trio, ou en quatuor ou en quintette. Car, non seulement le répertoire est très beau, mais on apprend ainsi ce qu’est vraiment jouer une œuvre, non pas pour soi-même, mais pour le compositeur. L’idéal est vraiment de combiner le jeu de piano solo et de musique de chambre. Parfois la vie réalise cette combinaison…


O

 :  C’est précisément ce qui vous est arrivé, non ?

M. P. : Dans mon cas, j’ai débuté une carrière de soliste avec grand succès. Alors que j’étais un jeune soliste, je me suis rendu d’Israël aux Etats-Unis où j’ai remporté le Prix Debussy. Il s’agissait là d’un grand concours.
Ce prix m’a permis de jouer en soliste à New York avec l’Orchestre de Philadelphie. On ne pouvait pas jouer alors avec un meilleur orchestre.
J’ai été seulement le second pianiste à jouer pendant quatre années consécutives avec cet orchestre. Le premier à réaliser ceci fut le magnifique pianiste américain William Kapell qui disparut hélas tragiquement dans un accident d’avion.

Après avoir réalisé de nombreux enregistrements en solo, j’ai demandé à mon éditeur MGM d’enregistrer des trios de Mozart. On m’a suggéré de trouver moi-même les deux autres personnes. C’était un peu comme si j’avais souhaité me marier et que l’on me dise : « Trouvez-vous une femme… » Le divorce est alors probable ! Trouver deux personnes, comme cela, n’est pas constituer un trio. C’est là que la chance a joué un très grand rôle.
Comme jeune soliste, je vivais à New York avec ma femme. Je me suis alors adressé aux musiciens qui jouaient premier et deuxième violons à l’orchestre de la NBC (l’orchestre de Toscanini). Ils m’ont conseillé de jouer avec le premier violon de leur orchestre. Ils m’ont alors présenté à Daniel Guilet, grâce auquel j’ai également rencontré Bernard Greenhouse, l’un des plus merveilleux violoncellistes des Etats-Unis. Nous avons commencé à travailler ensemble et même à enregistrer un premier disque. C’est alors que nous avons reçu un appel téléphonique de Charles Münch, le chef d’orchestre français qui dirigeait à l’époque l’Orchestre Symphonique de Boston au festival de Tanglewood. Le trio qui devait jouer du Beethoven au cours de l’été venait d’annuler. Münch nous a demandé si nous voulions le remplacer. Nous avons donc accepté. Jusque là, nous avions réalisé seulement cinq ou six concerts, fait un enregistrement et au revoir ! Le succès de notre concert à Tanglewood a été tel que nous avons été engagés pour soixante-dix concerts. Certes c’était dans de petites villes, mais quand même ! Ce fut un immense succès. Nous avons joué très sérieusement où que ce soit, même lorsqu’on nous payait très peu.
Nous traversions les Etats-Unis dans une vieille voiture, nous trois assis à l’avant. Ce fut mémorable. Pour notre violoniste français, Daniel Guilet, seulement ce qui était français trouvait grâce à ses yeux ! La cuisine comme le reste. Nous nous disputions tout le temps à ce sujet. Oui c’est bien ainsi que le trio a débuté. Il est devenu un grand instrument. Et ceci jusqu’à aujourd’hui. Lorsqu’on fait la liste des plus grands enregistrements du siècle, parmi Karajan, Toscanini, Furtwängler, Horowitz, Rubinstein, le Beaux Arts Trio est sélectionné. Nous sommes donc devenus un grand trio et il n’y eut aucun grand chef d’orchestre avec qui nous ne jouâmes pas. A l’exception de Toscanini !
Finalement notre trio a donné son dernier concert au Gewandhaus de Leipzig avec mon quatrième violoniste !
Pour ma part j’ai joué absolument tous les concerts du trio. Avec une côte cassée, j’ai donné dix concerts en Australie. Que ce soit avec la fièvre ou les doigts douloureux, j’ai toujours joué. Lorsque mon dernier violoniste, Daniel Hope, décida de se consacrer à sa magnifique carrière de soliste, j’ai décidé d’arrêter le trio et de prendre une demi-retraite ! Et finalement tout s’est passé remarquablement bien. En ce moment, je donne de nombreux concerts avec les plus grands orchestres.



Courtesy of Indiana University

 : A quelles manifestations musicales participerez-vous prochainement, en particulier pour célébrer votre quatre-vingt dixième anniversaire ?

M. P. : Lorsque je reviens aux Etats-Unis après mon séjour ici, je joue à Bloomington pour mon concert d’anniversaire, dans le cadre de la Société de Musique de Chambre du Lincoln Center. Je joue avec le Quatuor Emerson, puis, avec mes anciens collègues, ce sera le « Dumki » Trio (de Dvorak), et également la Fantaisie de Schubert avec Wu Han. Le jour suivant je vais à New York, et ensuite à Amsterdam où je donne cinq concerts au Concertgebouw. Et d’Amsterdam je m’envole jusqu’à Saint-Pétersbourg où je joue avec l’orchestre et Valery Gergiev. Le 29 décembre, je retourne à Bloomington. Le 6 janvier, je repars pour Berlin donner un concert avec la Philharmonie et Semyon Bychkov. Après avoir donné des cours à la Hochschule de Berlin je retourne pour dix jours chez moi pour enseigner à mes étudiants. Puis je repars pour Paris, afin de jouer avec l’Orchestre de Paris pour la troisième année consécutive. Je vais ensuite à Liège, puis en Allemagne, etc, etc… En plus de ces concerts, deux nouveaux albums discographiques vont être publiés, l’un avec un label français (déjà sélectionné par Radio France comme enregistrement de l’année), l’autre avec une compagnie suédoise. Tout ceci à la veille de mes quatre-vingt dix ans !

 : Quelle importance revêtent pour vous vos activités d’enseignement ?

M. P. : Elles sont fondamentales pour moi. Vous savez, j’ai eu de très bons professeurs. Et j’ai fini par comprendre que le rôle d’un professeur correspond à ce que devrait être celui d’un père. Mais d’un père idéal. Il n’a pas à se préoccuper des aspects dont le vrai père s’occupe. Il doit être concerné par le fait que l’élève apprenne ce qui est vraiment significatif. On me demande souvent : « Que pouvez-vous enseigner qui soit vraiment significatif ? » Tout le monde peut enseigner l’aspect technique, la plupart peut enseigner l’aspect musical. Oui, c’est vrai ! De mon côté, ce que je souhaite enseigner avant tout, ce sur quoi j’insiste, c’est l’amour de la musique. L’amour véritable. La plupart des jeunes pianistes aiment les œuvres qu’ils jouent et cherchent à savoir ce que chaque pièce peut leur apporter. Ils ne pensent pas souvent à ce qu’ils peuvent apporter à cette pièce. C’est cela que je veux enseigner. Et je l’enseigne parce que j’y crois. Ceci m’a soutenu tout au long de ma vie, a donné une signification à ma vie. J’ai toujours adoré la musique, depuis ma plus tendre enfance jusqu’à ce jour.


Menahem Pressler et Tugan Sokhiev en discussion pendant une répétition
- Photo Classictoulouse -

 : Comment faites-vous évoluer le répertoire que vous jouez ?

M. P. : Quand j’étais plus jeune, je jouais beaucoup d’œuvres qui nécessitent une exigence physique. Aujourd’hui, je dois être plus prudent… Je choisis des pièces qui demandent avant tout une grande profondeur. Des pièces que j’ai toujours aimées. Au cours d’un récital, je cherche à offrir au public une large gamme de ce qui est la grande et belle musique. Avec un orchestre, bien sûr, je choisis en accord avec le chef. Ainsi, au cours des deux précédentes fois avec l’Orchestre du Capitole, j’ai joué ici à Toulouse du Mozart. Cette fois c’est Beethoven. Je dois dire que Mozart est devenu une de mes « spécialités ».

 : Vous êtes déjà venu à Toulouse donner plusieurs récitals, notamment à Piano Jacobins, et également des concerts avec l’Orchestre national du Capitole. Comment considérez-vous votre collaboration avec cet orchestre français et son directeur musical russe, Tugan Sokhiev ?

M. P. : Avant tout, il s’agit là d’un merveilleux orchestre, sensible et très observateur. Et le directeur musical est merveilleux, tout-à-fait magnifique. Il est jeune, très talentueux et cherche à apprendre. Ainsi, lorsqu’on aborde ce merveilleux concerto (le 4ème de Beethoven), il écoute avec attention ce qu’est ma conception de cette œuvre. Il y a en effet quelques soixante ans que je suis un familier de ce concerto et Tugan Sokhiev est encore loin de cet âge-là ! Il est donc très ouvert et c’est sa force. Ce que je peux lui apporter de connaissance de cette partition, il en fait son profit. Grâce à cette familiarité qu’il acquiert de ce concerto, il pourra dans l’avenir en faire bénéficier le prochain soliste avec lequel il le jouera. Donc, si vous me demandez comment fonctionne cette combinaison d’un merveilleux chef avec ce bel Orchestre du Capitole, je vous dirai qu’elle fait la célébrité de Toulouse, au même titre qu’un excellent foie-gras ! Vous savez, le fameux grand violoniste et compositeur belge Eugène Ysaÿe, celui pour lequel César Franck composa sa sonate, avait l’habitude de dire : « Pour bien jouer, il faut bien manger ! »… (large et beau sourire)

 : Merci infiniment pour cette conclusion et cet entretien.

M. P. : C’était un plaisir.

Propos recueillis à Toulouse le 3 décembre 2013 par Serge Chauzy

 

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