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Entretien avec Clara Cernat - Violoniste et altiste - 26 mars 2014
     

Clara Cernat, musique et passion

Violoniste, altiste et professeur, Clara Cernat est une représentante de choix de la brillante école de violon roumaine. Disciple du Maestro Stefan Gheorghiu, elle a reçu de l’Académie de Musique de Bucarest les plus hautes récompenses avant de se perfectionner auprès des grands violonistes Tibor Varga et Igor Ozim. Actuellement professeur hors classe au Conservatoire à Rayonnement Régional de Toulouse, elle est invitée à donner de nombreuses masterclasses sur les cinq continents. Elle se produit en soliste dans des salles et festivals les plus prestigieux, comme le Palau de la Musica et le Teatro Liceo (Barcelona), le Théâtre de la Monnaie (Bruxelles), le National Center for Performing Arts (Beijing), le Festival Enesco (Bucarest), le Festival Croisements (Chine), le Théâtre du Châtelet (Paris), les Teatros Coliseo et Gran Rex (Buenos Aires), parcourant un nombre impressionnant de pays à la rencontre des publics les plus variés. Son répertoire éclectique, son goût pour les œuvres belles et rares lui ont valu une reconnaissance unanime de la critique spécialisée et des mélomanes pour ses enregistrements de référence des musiques d’Enesco, Bloch, Turina, Kunc, Beethoven, Brahms, Fauré, Liszt, Saint-Saëns, Huillet... Avec son époux, le pianiste et compositeur Thierry Huillet, elle forme un duo admiré de tous. Une actualité particulièrement riche, en particulier dans la région toulousaine, l’a amenée à bien vouloir répondre aux questions que se posent les mélomanes.



Clara Cernat, violoniste et altiste

Classic Toulouse : Comment s’est décidé votre engagement dans la musique ?

Clara Cernat : Je ne peux pas dire que c’est dû au hasard, mais presque. Figurez-vous qu’en Roumanie on aimait bien copier les émissions françaises de radio et de télévision. Une copie de l’émission de Jacques Martin, L’Ecole des fans, existait chez nous. Comme les producteurs cherchaient dans toute la Roumanie des jeunes enfants qui chantaient bien, j’ai été sélectionnée dans mon école maternelle pour y participer. Je n’avais que quatre ans et demi et je me suis retrouvée tout à coup devant un grand orchestre qui m’accompagnait pour entonner une chanson fabuleuse intitulée « Je suis née en Roumanie » ! J’ai adoré cela. J’aimais chanter quand j’étais petite et lorsque j’ai vu à cette occasion mes parents, ma famille fondre de bonheur, j’ai tout de suite accepté la proposition qui m’était présentée de faire de la musique. Premier échec, ma mère m’impose de faire du piano. Je prends alors des cours de piano avec une dame un peu aigrie, un peu sévère. L’image qui me reste est celle de bibelots rangés au-dessus de son piano droit, dans un appartement sombre et un peu poussiéreux. J’ai donc laissé entendre que le piano n’était peut-être pas fait pour moi. L’entrée au conservatoire avait lieu quelques mois après. A la suite de quelques tests, j’ai été admise. Là, le chef du département des cordes a convaincu mes parents de me laisser faire du violon plutôt que le piano. J’avais été très bien classée et j’avais une bonne oreille ce qui me prédisposait à cet « instrument du diable » qui oblige à faire sa note au coma près…

 : Après le violon, comment avez-vous décidé d’adopter l’alto comme autre instrument ?

C. C. : J’ai dérivé vers l’alto par passion. Ce choix est personnel, intérieur. Mon grand maître Tibor Varga, qui jouait également magnifiquement de l’alto, avait prédit cet autre choix. Lorsque je l’ai rencontré, j’avais alors vingt-deux ans, il faisait faire de l’alto à la plupart de ses étudiants, afin d’approfondir leur sonorité, l’appui, parfois pour calmer le vibrato un peu frénétique de certains violonistes. Comme il ne me l’avait jamais proposé, je me suis sentie frustrée et je le lui ai dit. Il m’a répondu : « Toi tu arriveras à l’alto plus tard et par toi-même. » C’était prémonitoire ! Il m’a donc ouvert la voie et je me suis formée à l’alto de manière autodidacte. On ne se rend pas toujours compte de la richesse du répertoire de cet instrument. Ainsi hier, après une semaine en Tunisie à ne jouer que du violon, j’ai retrouvé avec bonheur mon alto et j’ai fini la journée avec l’Elégie de Stravinski, sa seule œuvre pour alto. Ce répertoire me passionne avec des œuvres de Vincent D’Indy, d’Aymé Kunc… Il est très dommage que ces œuvres et même que l’alto soit un peu passé aux oubliettes. La plupart du temps le public aimerait n’entendre que les grands chefs-d’œuvre déjà bien connus, comme le concerto pour violon de Tchaïkovski, qui est bien sûr un chef-d’œuvre. Mais qu’en est-il du magnifique concerto de Szymanowski ? Sortons des sentiers battus.

 : Quand et comment avez-vous décidé de vous investir dans l’enseignement ?

C. C. : J’ai commencé à enseigner vers l’âge de vingt-six ans. Auparavant, à l’âge de vingt-deux ans, j’avais eu l’honneur d’être choisie comme assistante de mon professeur Stefan Gheorghiu. Malheureusement, cette année-là j’ai obtenu une bourse d’études pour aller me perfectionner auprès de Tibor Varga. Et j’ai choisi, peut-être par humilité, de me perfectionner. Je ne regrette pas ce choix. Lorsque j’ai commencé à enseigner je me suis rendu compte que les années passées auprès de Varga ont été très riches. L’enseignement a toujours été une passion pour moi. Au cours de mes études en Roumanie, j’ai attrapé le virus ! Le savoir-faire musical c’est très important, mais savoir le transmettre c’est tout autre chose. Cela suppose beaucoup de patience, de compréhension et de sévérité. L'équilibre est très important. Si l’on est trop sévère on peut détruire l’élève. Si on est trop gentil, ça ne peut pas marcher non plus. La musique est une discipline malheureusement élitiste, mais comme dans le sport, l’excellence se détecte dès le plus jeune âge. Cela dit, le don ne suffit pas. Il faut aussi le travail qui correspond à ce don. Lorsqu’on rend hommage à ses maîtres il faut surtout ne pas oublier les premiers maîtres qui sont certainement les plus importants. Par exemple si Thierry Huillet n’avait pas rencontré Simone Sabatier-Perrier à l’âge de cinq ans, il ne serait pas le pianiste et le compositeur qu’il est aujourd’hui…



Clarat Cernat en compagnie de son époux, le pianiste et compositeur Thierry Huillet

 : Qu’est-ce que votre rencontre avec Thierry Huillet a changé pour vous sur le plan musical ?

C. C. : C’est une très belle question qu’on ne m’avait jamais posée ! J’ai toujours baigné dans la musique, même si mes parents n’étaient pas musiciens, mais mélomanes. J’ai « embrassé » le violon à l’âge de six ans et je suis allée très souvent au concert. Même quand la Roumanie faisait partie du bloc communiste, la vie musicale et artistique était très riche. Mes collaborations avec des pianistes qui m’accompagnaient étaient ponctuelles. Je les considérais donc comme des événements professionnels. Le premier changement musical apporté par ma rencontre avec Thierry, c’est de pouvoir respirer la musique depuis le matin jusqu’au coucher du soleil. Pouvoir vivre avec Thierry, un musicien, un pianiste de son niveau, avec une telle ouverture d’esprit, c’est inestimable ! Sa curiosité d’un large répertoire également. Il n’y a pas que la sonate de Franck ou la sonate à Kreutzer de Beethoven (des chefs-d’œuvre bien sûr), il y a aussi l’intégrale des œuvres d’Ernest Bloch, de Joaquin Turina, de George Enesco que nous jouons avec Thierry. Le fait que la musique soit devenue aussi une valeur commerciale, la sert d’un côté et la dessert de l’autre. On tend à ne jouer que les grands standards du répertoire. A ce propos, pour moi, un des plus grands connaisseurs de musique jamais rencontrés, est un ambassadeur. Il s’agit de Son Excellence l’Ambassadeur de France en Tunisie, François Gouyette, dont les connaissances musicales ont de quoi épater un professionnel. En tournée, nous étions récemment à Tunis et nous avons passé un après-midi dans sa résidence. Il m’a fait découvrir des musiciens et des compositeurs incroyables que je ne connaissais absolument pas. Une telle curiosité est admirable. C’est aussi celle de Thierry.

 : J’aimerais que vous me parliez de vos prochains concerts. Et tout d’abord de la soirée du 1er avril au cours de laquelle plusieurs œuvres de Thierry Huillet seront données dont certaines en création.

C. C. : Thierry est ici le maître d’œuvre. Il a tenu à ouvrir le concert avec Debussy : trois extraits du 2ème livre des Préludes, ce qui lui permet d’enchaîner sur ses « Haiku » pour piano. Il a déjà composé deux livres de sept Haiku chacun sur le thème de l’eau. Ce sont des miniatures parfois plus courtes même que les Préludes de Debussy avec lesquels il existe une filiation. Ces œuvres possèdent un parfum d’orient, mais avec un caractère profondément français. Toutes les pièces pour piano de Thierry Huillet respirent la grande tradition du piano français. Pour ce concert du 1er avril, nous avons également voulu inviter de jeunes talents. Une jeune flûtiste de Toulouse, Valentine Guidolin, sera présente. Cela correspond au projet de Thierry d’écrire des Haiku « animaliers », un peu drôles, pour enfants. Trois sont écrits pour flûte et piano, et deux avec violon et alto comme « animaux » invités ! Nous avons aussi invité un jeune clarinettiste, Gari Cayuelas, 17 ans, exceptionnellement doué, d’origine espagnole et hongroise. Son père, Diego Cayuelas est un grand pianiste. Gari baigne donc dans le milieu musical depuis sa naissance. Il possède une étonnante maturité musicale qui va lui permettre de jouer une œuvre pour clarinette solo qui a déjà été défendue par de grands solistes comme David Minetti, de l’Orchestre national du Capitole, ou encore Juan Enrique Lunna, le clarinettiste solo du Nouvel Orchestre de Valence. Le concert s’achèvera sur une pièce pour piano, clarinette et alto inspirée à Thierry par le jazz et liée à la crise mondiale actuelle, d’où son nom Crisis ! Avec deux parties : Speculation blues et Bubble… Je jouerai également ses œuvres pour alto qui sont de pures merveilles. Mettà, notamment, a été créée à Londres il y a deux ans, en hommage à Stéphane Hessel, une œuvre forte, proche des compositions d’Ernest Bloch. Et puis je jouerai les cinq Haiku pour alto créés à Paris l’année dernière, commande de Radio France. Ce sont des œuvres que je vais également jouer à Rochemontès avec Kotaro Fukuma.

O
 : Parlez-nous de ce concert à l’Orangerie de Rochemontès auquel vous participez le 30 mars aux côtés du pianiste japonais Kotaro Fukuma.

C. C. : Je suis très heureuse de jouer avec ce grand pianiste japonais qui a d’ailleurs déjà commandé à Thierry Huillet une série de Haiku pour piano sur le thème de l’eau. Il se trouve que l’idéogramme japonais de Kotaro Fukuma suggère l’image de l’eau… Kotaro a déjà joué ces Haïku un peu partout dans le monde. Il les a créés au Victoria Hall de Genève, au Japon, etc. J’ai connu Kotaro Fukuma en 2003 lorsqu’il a remporté le grand Concours de Cleveland. Son interprétation, à cette occasion, de la 3ème sonate de Brahms m’a profondément marquée.

Thierry Huillet était membre du jury de ce concours qu’il avait d’ailleurs lui-même remporté en 1987. Kotaro Fukuma est un artiste d’une grande profondeur qui a su à la fois garder l’humilité asiatique et assimiler la culture occidentale. A Rochemontès, nous allons jouer ensemble une délicieuse pièce d’Aymé Kunc. Il est vraiment regrettable que cette belle musique ne soit pas plus souvent donnée. Même si « nul n’est prophète en son pays », il faudrait vraiment que l’Orchestre du Capitole diffuse la musique du Toulousain, Aymé Kunc !

 : Vous organisez cette année une manifestation musicale dans la ville où vous résidez, Nailloux. Pouvez-vous nous en parler ?

C. C. : Nailloux est un village magnifique, avec un beau lac, une réserve naturelle. Le maire, Michel Dutech, un adepte de la culture, a un beau rêve pour sa ville, un rêve que je partage : la construction d’une salle de spectacle. Laisser ainsi une trace culturelle est un bienfait pour Nailloux. Des études ont déjà été menées, mais pour cela, il faut beaucoup d’argent. J’apporte ainsi ma pierre à l’édifice en organisant un événement musical. Pour ces Rencontres Musicales de Nailloux, contrairement à ce que font certains directeurs artistiques en priorité, je ne me programme pas moi-même ! J’invite, pour le 7 juin, le Sant Andreu Jazz Band, un ensemble exceptionnel dans lequel de jeunes enfants de 6 à 17 ans sont capables de passer de la trompette au saxophone et au chant. Un film exceptionnel sur ce groupe et leur aventure, intitulé « Kids and music », sera d’ailleurs projeté en amont à Nailloux. La découverte de ce Jazz Band, avec un programme « Hommage à Duke Ellington », a été un choc pour moi. Ils viendront à Nailloux dans un programme différent. Il faut laisser carte-blanche aux artistes invités. Cette venue sera un événement important. Les enfants seront accueillis dans les familles. Le lendemain, le dimanche 8 juin, il y aura un brunch musical où tout le monde sera invité. J’aimerais faire de ce week-end une sorte de « Folle journée », toute proportion gardée, avec seulement deux rencontres. Les gens ont besoin de folie. Je voudrais ainsi concerner tout le monde à Nailloux. Auparavant, Le 24 mai, nous recevrons l’Orchestre de l’Empordà de Catalogne dans un programme particulier, intitulé « Concerto a tempo d’umore ». Ce sera une première en France. Il s’agit là d’un délire qui mêle Mozart, Chaplin et Queen. Un spectacle humoristique au service de la musique. Si ces projets fonctionnent bien, nous poursuivrons l’aventure.

 : Bravo pour cette activité débordante ! Bonne chance à vous pour la suite.

Propos recueillis le 26 mars 2014 par Serge Chauzy

 

infos
 
Site Internet de Clara Cernat et Thierry Huillet :

http://www.pianoviolon.com
/duo.html


 

 

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