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Entretien avec Aurélien Bory - 1er septembre 2015
     

« J’aborde ce spectacle avec beaucoup d’enthousiasme
et très naturellement. »

Le spectacle d’ouverture de la saison lyrique 2015/2016 du Théâtre du Capitole est l’occasion pour Frédéric Chambert d’inviter pour la première fois le metteur en scène néo-toulousain Aurélien Bory. Rencontre avec cet artiste passé par la célèbre Ecole du cirque du Lido.

Classictoulouse  : Bien que né à Colmar, vous vivez à Toulouse. Pourquoi cette attache géographique ?

Aurélien Bory : Il me fallait un ailleurs, c’est cela qui m’a amené à quitter l’Alsace. Cela fait 20 ans que je suis à Toulouse. C’est dans cette ville que je me suis réinventé. J’avais alors 23 ans. En m’éloignant de l’Est de la France, je quittais aussi un parcours scientifique. Cette rupture est le résultat de ma volonté d’emprunter un cheminement artistique. Dans celui-ci, Toulouse a une place capitale et notamment l’Ecole de cirque du Lido et le Théâtre Garonne. Je me suis formé ici en intégrant la troupe de Mladen Materic. Il y a eu aussi pour moi des rencontres importantes au Théâtre de la Digue, au TNT, etc. Le plus extraordinaire dans cette affaire c’est que j’ignorais totalement toute cette richesse de théâtres et de scénographes que j’allais croiser à Toulouse.


Aurélien Bory
O

Classictoulouse  : A l’occasion du spectacle d’ouverture de la saison lyrique, vous faites vos débuts sur la scène du Théâtre du Capitole. Quelle image avez-vous de cette institution ?

A. B. : Pour moi, Toulouse était avant tout une ville musicienne, avec une scène lyrique de très haut niveau, un orchestre aussi. Moi qui suis quelqu’un de l’espace de la scénographie, travailler dans un théâtre comme celui du Capitole est tout simplement merveilleux. Le travail dans ce lieu est toujours nourri d’une certaine ambition et c’est ce que j’ai parfaitement compris lorsque Frédéric Chambert m’a fait cette proposition. A vrai dire, je n’étais pas complètement un inconnu pour lui car il est venu voir mes spectacles à Toulouse.

 : C’est votre première expérience lyrique. Est-ce un peu angoissant de se confronter à cet univers ?

A. B. : Je dirais plutôt que c’est réjouissant. Ce qui peut être angoissant c’est dans le rapport à la création, à l’inconnu. Ce n’est pas nécessairement le sentiment le plus confortable mais je pense qu’il est indispensable à la création. Je considère le chant comme un art du corps et j’ai beaucoup travaillé sur cette thématique corporelle. Donc j’aborde ce spectacle avec beaucoup d’enthousiasme et très naturellement. Je dois dire que l’équipe réunie au Capitole est extraordinaire, chanteurs et chef d’orchestre sont merveilleux. Ce qu’il y a de très différent par rapport aux autres formes de théâtre que j’ai pu aborder jusqu’à ce jour c’est l’intrusion dans le processus de quelque chose qui fixe le rapport au temps, cette chose, c’est la partition. Cela dit, en discutant un peu avec le chef d’orchestre, Tito Ceccherini, je m’aperçois qu’il existe tout de même des espaces de liberté.

 : Vous abordez deux opéras reconnus comme des chefs-d’œuvre du 20ème siècle. Est-ce intimidant de se confronter à de pareilles œuvres ? Les connaissiez-vous auparavant ?

A. B. : Je connais Le Château de Barbe Bleue au travers de la production qu’en a faite Pina Bausch, sous la direction musicale de Pierre Boulez. Je me souviens d’un spectacle d’une extraordinaire puissance. Par contre, Le Prisonnier est une vraie découverte pour moi. Donc je me suis immergé dans la musique de Luigi Dallapiccola. Pour répondre entièrement à votre question, je dois reconnaître que j’aurais été certainement plus intimidé si j’avais dû travailler sur des opéras beaucoup plus connus. En fait ce sont deux œuvres très malléables qui nous permettent de faire beaucoup de choses.

 : Quelle est votre approche scénique du Château de Barbe-Bleue ? Quel rapport souhaitez-vous installer entre les deux seuls personnages de cet opéra ?

A. B. : J’ai convoqué la physique sur le plateau ! Dans le livret de ce Château, l’élément majeur est la lumière. La lecture attentive du livret m’a indiqué de manière très forte que le librettiste traitait ici de la décomposition du spectre lumineux. Je vous assure que cela m’a sauté aux yeux ! Judith ne fait pas entrer la lumière tout d’un coup mais par tranche, le rouge, le bleu, etc. Le livret se situe très clairement du côté de la femme, avec une héroïne, entreprenante, courageuse qui veut, tout simplement en ouvrant ces portes, connaître son mari Barbe-Bleue, en fait le Château c’est son mari. Son souhait est de l’aimer tel qu’il est mais pour cela il faut bien le connaître. La démarche de Judith est celle d’une femme amoureuse quoi qu’il en soit. Et lui se refuse à cette intrusion dans son intimité, sa psyché. Barbe-Bleue est un homme très fragile, il fait cela par lâcheté. Finalement il refuse de se connaître lui-même. Cette relation-là, triste en elle-même, contient une grande part de vérité. Loin de tout angélisme, ce rapport homme-femme est très moderne, du moins dans sa façon de l’aborder. Il y a une grande part de masculinité chez Judith, comme il y a une grande part de féminité chez Barbe-Bleue. Tout cela est subtil est passionnant.

 : Le Prisonnier parle d’espérance, mais à l’instar de la réponse à la première énigme de la princesse Turandot, celle-ci déçoit toujours. C’est donc un vrai supplice qu’endure ce Prisonnier, une torture infligée par un personnage complexe, tout à la fois geôlier et homme d’église. De quoi a voulu nous parler Dallapiccola ?

A. B. : Je vois cette espérance comme une illusion, un leurre. J’ai donc adopté un parti-pris de travail sur ce concept avec la collaboration de Vincent Fortemps, un artiste plasticien qui va dessiner en direct des œuvres qui seront projetées simultanément. J’ai travaillé sur les thèmes de l’espérance et la liberté et, dans les deux cas, l’illusion que ces thèmes renferment en eux. Concernant les personnages du Geôlier et de l’Inquisiteur, qui en fait n’en font qu’un, d’ailleurs ils sont chantés par le même artiste, je pense qu’ils introduisent un rapport au père. La première entrevue après le départ de la Mère du Prisonnier se fait avec le Geôlier, un père de substitution tout puissant qui l’écrase totalement. Autant le Geôlier que l’Inquisiteur représentent l’oppression, mais une oppression qui se mâtine habilement d’un sentiment de protection très ambigu.

 : Avez-vous tissé des liens entre ces deux spectacles ?

A. B. : Je les ai d’abord rapprochés pour ensuite mieux les séparer car il était important que ces deux œuvres trouvent leur autonomie. Mais il existe de nombreux liens entre-elles comme par exemple le thème de l’enfermement, celui de l’espérance aussi car Judith espère jusqu’au bout, tout comme le Prisonnier. Les décors vont être complémentaires en cela que celui du Prisonnier sera souple et celui du Château très dur, de même si le premier est en noir et blanc, le second est tout en couleurs. C’est un vrai jeu d’oppositions.

Propos recueillis par Robert Pénavayre le 1er septembre 2015

 

infos
 

Renseignements et réservations au Théâtre du capitole :
05 61 63 13 13
www.theatreducapitole.fr

 
Le Château de Barbe-Bleue / Le Prisonnier

Représentations :


2, 4, 6, 9 et 11 octobre 2015
 

 

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