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Entretien avec Benjamin Attahir et Olivier Stankiewicz- 28 février 2014
     

Un duo de surdoués !

Le 20 mars 2014, l’Orchestre National du Capitole et son directeur musical Tugan Sokhiev sont les artisans d’une création mondiale. Celle d’un concerto pour hautbois que le jeune compositeur toulousain, Benjamin Attahir, a dédié à son ami Olivier Stankiewicz, hautbois solo de l’orchestre. Ces deux musiciens passionnés, tous deux nés en 1989, témoignent d’un accomplissement professionnel et d’un enthousiasme impressionnants. Benjamin Attahir, qui a commencé par l’apprentissage du violon, s’est très vite investi dans la composition et, parallèlement, a étudié la direction d’orchestre. Ses œuvres sont jouées par l’Orchestre national de France, le Tokyo Sinfonietta, l’Orchestre national de Lorraine, l’Orchestre des Lauréats du Conservatoire, l’Orchestre de l’Opéra de Massy, l’Orchestre de Caen. En septembre 2013, sa pièce Sawti’l zaman a été créée au Festival de Lucerne sous la direction artistique de Pierre Boulez. Quant à Olivier Stankiewicz, nommé en septembre 2011 hautbois-solo de l'Orchestre National du Capitole, il a remporté l'année suivante le Premier prix du Xème Concours international de hautbois du Japon. Soucieux de fonder sa pratique musicale sur une compréhension approfondie des partitions, il étudie la théorie musicale auprès de grands spécialistes, ainsi que le répertoire contemporain auquel il est très attaché. En 2008, il a déjà créé une pièce pour hautbois seul de Benjamin Attahir.
Dans l’attente des premières répétitions de la nouvelle partition de Benjamin Attahir, les deux musiciens ont accepté de répondre à quelques-unes des questions que l’on peut se poser sur leur parcours et leur collaboration sur ce nouveau concerto.



Benjamin Attahir et Olivier Stankewicz - Photo Classictoulouse -

Classic Toulouse : Comment s’est décidée votre implication commune dans la musique ?

Olivier Stankiewicz : Pour ma part, je suis tombé dedans quand j’étais petit ! Ma maman est musicienne, professeur de piano, mon père est batteur de jazz amateur. J’ai donc toujours baigné dans le monde de la musique et de manière très naturelle, sans que ce soit pour autant une évidence professionnelle au moment de mes études. J’ai beaucoup hésité avant d’en faire mon métier mais j’ai toujours pratiqué la musique.

Benjamin Attahir : Ma mère est artiste peintre et je suis donc issu d’une famille d’artistes. Ma sœur est musicienne. Etant beaucoup plus âgée que moi, elle m’a introduit dans ce milieu. J’ai donc passé toute mon enfance au conservatoire de Toulouse tout en étant bercé par la musique et en entendant le piano de ma sœur. Et puis un jour, il y a eu un déclic qui m’a incité à devenir musicien. Ce déclic s’est produit lorsque j’ai assisté, au Théâtre du Capitole, à Eugène Onéguine, de Tchaïkovski. J’ai assisté trois fois à cette production. C’est donc l’opéra qui m’a conduit à aimer la musique.

CT : Pour vous, Olivier, le choix du hautbois s’est effectué comment ?

O. S. : J’ai commencé par le piano. Mais je sentais qu’il me fallait un instrument avec lequel je puisse avoir un rapport plus physique, plus direct. Il paraît que j’ai dit que je voulais souffler ! Contrairement au piano, l’instrument à vent donne une proximité immédiate avec le son qui vient de l’intérieur du corps. Pourquoi le hautbois ? Je l’ai choisi parce que j’ai trouvé que c’est l’instrument qui possède le plus beau legato.

 : Benjamin, vous avez d’abord fait du violon.

B. A. : En effet. Le violon est un instrument très mélodique, proche de la ligne vocale C’est bien un instrument de la plastique mélodique. C’est aussi le legato qui m’a motivé.

 : Vous avez tous les deux passé des concours. Que vous ont-ils apporté ?

O. S. : Je ne pense pas que ce soit une nécessité. Tout dépend de ce que l’on en fait. Je n’aime pas envisager un concours comme la compétition entre différents individus. En revanche, un concours c’est un challenge personnel extrêmement important qui a été pour moi déterminant en ce sens que cela m’a permis de travailler comme jamais. J’ai pris le temps d’aller au fond des œuvres. C’est aussi important pour un jeune musicien qui a besoin d’une certaine reconnaissance de la part de ses pairs. Il ne faut pas en être dépendant, néanmoins c’est une forme de rite initiatique. Je me suis senti plus libre après avoir passé ce concours au Japon. Maintenant je comprends qu’on puisse se sentir mal à l’aise avec les concours et qu’on ne souhaite pas les tenter.



Olivier Stankiewicz à l'orchestre - Photo Patrice Nin -

 : Benjamin Attahir, vous avez obtenu le prix de la Tribune internationale des compositeurs de l’UNESCO. A quel âge l’avez-vous obtenu ?

B. A. : J’avais vingt-et-un ans. Ce prix est particulier. Il concerne les radios européennes qui présentent deux œuvres qu’elles ont commandées pendant l’année. L’une à un jeune compositeur de moins de trente ans, l’autre à un compositeur déjà établi. Ce prix a beaucoup débloqué pour moi de contacts, de commandes. Il m’a permis d’entrer dans un circuit, en l’occurrence international, auquel il est très difficile d’accéder. J’ai passé peu de concours de composition. C’était seulement une étape qu’il fallait franchir. Aujourd’hui, je n’aime pas trop cette concurrence avec d’autres compositeurs. Nous avons des langages et des sensibilités tellement différents.

 : Olivier, comment considérez-vous les correspondances entre l’action musicale au sein d’un orchestre et la pratique soliste ?

O. S. : Quelles que soient les activités musicales d’un musicien, elles se nourrissent mutuellement. L’orchestre représente un formidable moyen de découvrir un répertoire. Et cela de l’intérieur. La vision qu’on en a est très différente de celle que l’on retire de l’extérieur, comme auditeur. Pour ce qui concerne le hautbois, je ne souhaite pas qu'on le considère exclusivement comme un instrument d’orchestre. Il ne faudrait pas le cantonner dans ce rôle-là. Par contre, c’est un instrument forgé et influencé par l’orchestre. J’ai décidé que je voulais entrer à temps plein dans un orchestre, parce que je voulais franchir un pas déterminant dans la pratique de l’instrument. Et c’est là que je pouvais apprendre à développer et à projeter le son, à tenir un registre. Ma technique à profondément évolué grâce à la pratique de l’orchestre. L’orchestre est un très bon révélateur. J’apprécie beaucoup aussi bien la liberté du travail de soliste que la pratique rassurante de l’orchestre.

 : Benjamin Attahir, comment situez-vous votre mode d’écriture musicale parmi toutes les écoles, tendances ou courants qui coexistent aujourd’hui ? Ou vous considérez-vous comme un compositeur libre ?

B. A. : Je pense que l’art n’est jamais la liberté absolue ! C’est plutôt accéder à une liberté dans les contraintes. Il faut pouvoir se fixer certaines contraintes et parvenir à les briser. Est-ce que je me retrouve dans une certaine esthétique ? Je ne saurais le dire. Je pourrais définir ma musique en quelques mots, mais est-ce que j’entre dans un courant déterminé ? Je crois que nous sommes plutôt dans une époque de synthèse. La plupart des jeunes compositeurs d’aujourd’hui ne se cantonnent pas dans une seule esthétique. Ils vont plutôt se servir de tout ce qui a été fait auparavant et de ce qui se fait aujourd’hui et essayer de passer tout cela au filtre de la personnalité et de l’esthétique. Je pense être ce genre d’artiste un peu ouvert à tout. Ma musique est profondément inspirée par la culture du Moyen Orient de mes origines, extrêmement mélodique, ornementale, ce qui convient d’ailleurs très bien au hautbois ! Elle est aussi une musique bien française avec des harmonies claires et une orchestration de la transparence. Je crois être dans la tradition des musiques qui m’ont beaucoup inspiré, celles de Debussy et de Ravel. Il y a aussi la rythmicité et la rudesse d’un Stravinsky. Il me semble que ce n’est pas une musique très difficile à écouter, mais tout de même sous-tendue par une dramaturgie assez dense. (…)

O. S. : Je peux ajouter que ce qui a été très agréable et m’a profondément étonné c’était le fait qu’il n’y ait aucun tabou dans les références que l’on pouvait trouver dans cette musique. On peut évoquer tout autant Ligeti que Stravinsky, l’école spectrale que Tchaïkovski, Ibrahim Maalouf que Miles Davis…

B. A. : Ma musique présente en effet de nombreuses connotations. Ce ne sont pas réellement des citations (qui sont entièrement cryptées). Mais plutôt des couleurs qui tiennent lieu de référence, tout en essayant de conserver une trame personnelle et une continuité.


Benjamin Attahir au violon
O

 : Tous les deux, vous vous connaissez depuis longtemps. De quelle manière cela a-t-il influencé le compositeur pour son œuvre ?

B. A. : C’est une chose que j’aime beaucoup faire. Les amitiés humaines et musicales me motivent beaucoup pour l’écriture. Bien sûr je connais bien le son d’Olivier, qui a d’ailleurs beaucoup évolué ces derniers temps. Et lui connaît bien ma musique depuis ses premiers balbutiements ! Nous nous sommes suivis de manière parallèle. Le son magnifique qui est le sien et l’absence de limite de son jeu me motivent profondément. J’avais vraiment carte blanche. Lorsqu’il découvre une difficulté, il l’appréhende de manière très rationnelle et trouve toujours une solution. Pour moi cela a été du luxe !

 : Quant à vous, Olivier, avez-vous eu à intervenir sur cette partition ?

O. S. : J’ai prévenu Benjamin qu’à partir du moment où il allait m’envoyer ses premier essais, j’allais le maudire tous les jours et lui envoyer des insultes (éclat de rire de Benjamin…) ! Mais finalement, on n’a procédé qu’à quelques ajustements. Globalement j’ai essayé de ne pas intervenir, mais plutôt de poser des questions pour comprendre, d’installer une discussion entre nous. Je ne voulais pas émettre de souhait.

B. A. : Toute cette période a été très drôle. Olivier essayait de me tirer les vers du nez pour savoir quel était le sujet de la pièce. Pour moi, la pièce naissait comme les ramifications des branches d’un arbre. Je travaille en fait par morceaux que je ne relie qu’ultérieurement. C’était donc très compliqué pour moi de lui répondre. Nous avons eu des séances de travail très drôles pendant lesquelles nous passions des heures à écouter des sons. Nous sortions du conservatoire vers vingt-deux heures, chassés par les pompiers. J’étais inquiet par la quantité de matériaux que nous avions. Quand tout a été prêt, nous avons procédé ensemble à une grande relecture complète de la partition. Cette longue période d’expérimentation m’a permis de bien comprendre cet instrument que j’adore et pour lequel j’ai écrit plusieurs pièces. C’est aussi l’instrument dont joue ma sœur. C’est peut-être le plus bel instrument de l’orchestre, bien qu’un peu capricieux parfois…

 : Ce concerto possède un titre. Quelle est sa signification ?

B. A. : Il s’appelle « Nur ». J’ai joué sur la double signification du mot. En allemand, « nur » se traduit par « seulement ». En arabe, écrit sous la forme « nour », il signifie « lumière ». Je souhaitais explorer différentes couleurs et intensités lumineuses. Certains passages sont très éblouissants, d’autres très sombres. L’autre sens de « nur » (seulement) correspond au fait que toute l’œuvre est basée sur quatre notes.

 : Pour commencer les répétitions, je suppose que vous attendez la venue de Tugan Sokhiev qui aura donc un rôle important à jouer, n’est-ce pas ?

B. A. : Un rôle prépondérant !

O. S. : Nous sommes vraiment très heureux et honorés que Tugan Sokhiev ait accepté cette création d’un jeune compositeur.

 : Tous nos vœux vous accompagnent.

Propos recueillis le 28 février 2014 par Serge Chauzy

 

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