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Entretien avec Alexandre Camerlo - Théâtre du Capitole -
L'Enfant et les sortilèges - 16/02/2013
     

Alexandre Camerlo et les sortilèges ravéliens

C’est à une opération artistique étonnante et nouvelle que vient de se consacrer le Théâtre du Capitole. Frédéric Chambert, son directeur, s’est associé au Conservatoire à Rayonnement Régional de Toulouse, sous l’impulsion de son ancien directeur Gérard Duran, afin de monter une production de la « fantaisie lyrique » L’Enfant et les sortilèges, de Ravel et Colette. Ils ont fait appel pour la mise en scène de ce chef-d’œuvre à Alexandre Camerlo, jeune personnalité attachante du monde de la scène, à la fois acteur, chanteur et, donc, metteur en scène. Fils d’Humbert Camerlo, metteur en scène, et petit-fils de Paul Camerlo qui fut directeur de l’Opéra de Lyon de 1949 à 1969, il s’est d’abord lancé dans des études d’ingénieur. Il s’est rapidement orienté vers le théâtre, l’opéra et le cinéma. Sa passion pour les spectacles de la scène et la musique lui confère une énergie créatrice pleine de fraîcheur et d’idées originales. Alexandre Camerlo nous a volontiers accordé cet entretien entre deux représentations de L’Enfant et les sortilèges, ouvrage rare auquel il a su insuffler une magie à la fois raffinée et stimulante.

Classic Toulouse  : Comment êtes-vous passé des études d’ingénieur au théâtre, à l’opéra, au cinéma ? L’influence familiale a-t-elle joué un rôle ?


Alexandre Camerlo
- Photo Lucia Rossi -
O

Alexandre Camerlo : Il faut savoir tout d’abord que je suis né dans un lieu assez spécial de l’arrière pays montpelliérain, un Mas Languedocien acquis par ma mère après avoir travaillé et vécu aux USA, et où mon père a construit le Théâtre de la Pleine Lune. Mon père a inventé là un système unique au monde qui consiste à capter la lumière lunaire, à la multiplier et à éclairer ainsi un spectacle. Avec la collaboration d’un ingénieur de structure, Peter Rice, aujourd’hui disparu, mais qui a travaillé sur la Pyramide du Louvres, Beaubourg, ou l’Opéra de Sydney, il a mis au point ce système... J’ai donc grandi dans ce milieu où j’ai rencontré des gens de toutes origines et de toutes disciplines. J’ai donc commencé à faire des études d’ingénieur et il est vrai que lorsque je me suis retrouvé dans le milieu professionnel, je me suis aperçu qu’il me manquait quelque chose de vital qui était la scène.

J’ai donc suivi des cours de théâtre, puis des cours de chant. J’ai fait un premier court-métrage et appris tout ce que je sais dans ce domaine grâce à une monteuse de cinéma extraordinaire, Adeline Yoyotte-Husson, qui a travaillé avec Godard, Poiret, Oshima. Elle m’a fait confiance et on a ainsi monté ensemble mon premier court-métrage. Ensuite, mon père m’a proposé d’être son assistant pour Les Noces de Figaro, dans la mise en scène de Strehler, à l’Opéra de Paris. Je me suis donc retrouvé immergé dans la plus belle mise en scène possible pour cet opéra, probablement parce que c’est celle qui respecte le mieux l’œuvre de Mozart ! Là, j’ai commencé à prendre conscience de la manière dont une grande maison d’opéra fonctionnait et ça m’a donné une envie terrible de faire moi-même ce métier ! J’ai donc monté une troupe de chanteurs, Operacting, alors que j’étais au Conservatoire en train d’apprendre à chanter (je continue d’ailleurs). Nous avons alors choisi Les Noces. Pour une première mise en scène d’opéra, il valait mieux s’appuyer sur une œuvre solide ! On a alors adapté la mise en scène pour des petits théâtres, accompagné au piano. J’ai fait ensuite une petite mise en scène d’opérette dans un conservatoire et j’ai de nouveau assisté mon père à l’Opéra de Paris en 2012. Voilà quel a été mon parcours cinéma et opéra.

 : Parmi vos activités de metteur en scène, de comédien, de chanteur, laquelle vous attire le plus ?

A. C. : Lorsque j’étais en train d’apprendre à dire le texte, à placer ma voix et à respirer, je me suis dit : « J’ai perdu cinq ans de ma vie à faire des études d’ingénieur… » Quand j’ai commencé à faire de la mise en scène, je me suis rendu compte que mon savoir en ingénierie me sert beaucoup, par exemple pour mettre au point les maquettes que je réalise en 3D. Quand j’ai fait mon premier court-métrage, je me suis trouvé à l’aise avec les logiciels utilisés pour le montage, qui est aussi un art à part entière. Toutes ces études antérieures m’ont donc facilité les choses. Ce qui m’attire le plus dans le travail de metteur en scène, c’est qu’il faut être un « spect- acteur ». Être acteur soi-même pour savoir diriger les autres, et en même temps être spectateur pour avoir une vision dans son ensemble. Et puis ce que j’adore dans le théâtre et dans le cinéma, et donc dans l’opéra, c’est ce rassemblement, cette somme d’une multitude d’autres arts : la sculpture, la peinture, la musique, bien évidemment, le chant, le jeu, la lumière. Et l’opéra en plus, contrairement au cinéma que j’aime beaucoup par ailleurs, c’est du théâtre vivant ! On a tout dans l’opéra.


- Photo Rad Hourani -

 : Une chose frappe beaucoup dans votre mise en scène de l’Enfant et les sortilèges. C’est le fait qu’elle soit calquée sur la musique. La musique semble jouer pour vous le rôle essentiel.

A. C. : C’est le fait d’avoir appris et travaillé sur la mise en scène de Giorgio Strehler qui est parfaitement bâtie sur la musique de Mozart. Une musique dont il n’est plus besoin de dire à quel point elle est intelligente et théâtrale. J’ai donc acquis cela naturellement. J’adore danser, j’aime chanter. Ce qui ressort du tout premier film que j’ai fait quand j’avais dix ans (un film sur mes vacances !), c’est le traitement de la musique sur les images. Ce sont des choses que j’ai toujours faites avec facilité. Les bonnes idées dans les mises en scène sont le résultat de plusieurs actions. La première doit être musicale. Ensuite, une idée s’impose lorsqu’elle marche, lorsque cela facilite les choses auprès des chanteurs, auprès de la technique. Lorsqu’on demandait à Giorgio Strehler ce qui était le plus facile, le théâtre ou l’opéra, il répondait : « C’est l’opéra à condition de respecter la musique. » Quand le compositeur est bon, et c’est le cas, ô combien, avec Ravel, il a déjà une interprétation du texte (génial ici de Colette). C’est donc contredire l’œuvre elle-même que d’aller contre cette interprétation. Pour aborder L’Enfant et les sortilèges, je me suis mis à la place du directeur de l’Opéra de Paris de l’époque, Jacques Rouché, qui a passé commande à Colette et à Ravel. Qui aurais-je pris, à cette époque-là, pour réaliser la mise en scène ? Et j’ai pensé immédiatement à Georges Méliès. La magie, la prestidigitation dont il fait preuve, auraient dû en faire le metteur en scène de l’œuvre ! Quand je me suis rendu chez Henri Galeron, pour les décors et les costumes, je lui ai suggéré de s’inspirer de Méliès. Il m’a alors ouvert un placard contenant tous les bouquins, toutes les images de Méliès, tous les films de Méliès, nous étions tout de suite sur la même longueur d’ondes !

 : Vous avez travaillé plusieurs rôles chantés, y compris de l’Enfant et les sortilèges.

A. C. : Au sein de ma troupe, j’ai travaillé et chanté les rôles d’Antonio, puis celui de Figaro dans Les Noces. Le Comte également, mais pas l’intégralité, les actes I et II seulement, mais évidemment accompagné au piano dans une petite troupe. J’ai essayé de m’en sortir, tout au moins théâtralement, le chant étant encore « en travaux » ! J’ai également travaillé l’Horloge et le Chat de L’Enfant et les sortilèges.

 : Qu’est-ce qui change pour vous entre un opéra basé sur une intrigue « réaliste », comme Les Noces de Figaro, et un ouvrage construit sur l’imaginaire, comme L’Enfant et les sortilèges ?

A. C. : L’Enfant et les sortilèges est pour moi une œuvre surréaliste. Comme le surréalisme prend sa source dans le réalisme, ma façon de faire a été de chercher par moments ce réalisme, puis petit à petit à m’en éloigner pour finalement y revenir, comme l’alternance du rêve et de l’éveil pour l’Enfant. Selon moi L’Enfant et les sortilèges, c’est un enfant qui s’éveille au cours d’un rêve. Il prend conscience des choses en laissant son imaginaire interpréter ce qu’il lui arrive dans sa vie d’enfant.

- Photo Lucia Rossi -
 

 : Vous considérez à juste titre que le travail en équipe est plus que nécessaire dans la création d’une production d’opéra. Comment avez-vous collaboré avec les différents acteurs de cette production ?

A. C. : Au sein du Théâtre du Capitole, ça a été formidable. Je suis convaincu qu’il faut avoir dans ce domaine un esprit de troupe, une complicité entre acteurs car la scène c’est toujours très dangereux ! Pour un chanteur, ce qui facilite les choses c’est le fait que la temporalité est détenue par le chef. C’est une contrainte qui est en même temps une aide. Cependant, en montrant sa voix, on est mis à nu. C’est toujours quelque chose de fragilisant et d’impressionnant. Il faut donc être confortable, à l’aise, se sentir bien entouré. Tout cela doit se faire avec amour, et bien sûr avec une exigence infinie.

Et pour avoir une exigence infinie il faut manifester une bienveillance infinie ! C’est comme cela que Nita Klein, mon maître de théâtre, m’enseigne le métier. Elle est toujours insatisfaite du résultat, « insatisfaisable », mais c’est toujours dans la bienveillance. C’est un peu ce que j’ai essayé de transmettre à l’équipe de l’Enfant. Et en fait ils ont tous aimés cela. Car on n’exige que de quelqu’un en qui on croit. Tout cela s’est fait ici très naturellement. Avec le professionnalisme, l’écoute et l’ambiance qui règnent dans la maison, c’était génial ! Tout le monde a participé ensemble à la même aventure : les régisseurs, les techniciens de scène. Et puis tout est basé sur le souffle : pour l’acteur, pour le chanteur, bien sûr, mais aussi pour le danseur. On s’aperçoit que tout le monde doit respirer ensemble. L’objectif pour nous, artisans du mensonge, c’est de faire adhérer le public à ce mensonge convenu qu’est le théâtre ! Quand le chef, les musiciens, les chanteurs, les régisseurs, les accessoiristes, les machinistes, les électriciens, respirent ensemble, on a toutes les chances pour que le public respire aussi avec nous.

 : Qu’est-ce qui change dans le fait qu’il s’agit ici d’une collaboration entre une grande maison d’opéra et un conservatoire ?

A. C. : J’ai mon expérience de l’Opéra de Paris, mais je n’ai pas encore travaillé moi-même avec les grandes stars du lyrique, à l’exception de Jean-Philippe Lafont, bien sûr, qui est, comme je l’imaginais, aussi humble que talentueux. Pour travailler, il représente pour tous un exemple. Grâce à lui, tout le monde voit comment il faut faire. Il est toujours disponible, sincère, présent… Souvent les professionnels arrivent avec une lecture de l’œuvre à laquelle ils ont déjà participé, souvent dans deux ou trois mises en scènes différentes. Il faut alors établir un dialogue avec eux. Ici, comme tous les acteurs étaient « vierges » des rôles en quelque sorte, on a pu vraiment créer ensemble. Cette association présente donc à la fois un côté positif et une certaine contrainte qui est bonne également ! Et puis ici, dans cette œuvre, il y a le texte de Colette, la musique de Ravel et ensuite tous ces interprètes autour du metteur en scène et du chef d’orchestre. Avec Christophe Larrieu nous avons fait un vrai travail de collaboration, prenant en compte les contraintes et les difficultés que chacun rencontre, sur le plan artistique comme sur le plan technique. Parfois une contrainte technique nous oblige à changer les choses. Et en fin de compte le résultat final était meilleur que ce que nous avions prévu ! On est toujours à la recherche de la vérité. Pour moi, l’opéra c’est un travail d’équipe, sinon il faut faire autre chose…

 : Merci beaucoup et à bientôt !

Propos recueillis le 16 février 2013 par Serge Chauzy
Article mis en ligne le 19 février 2013

 

infos
 
Renseignements sur le Théâtre du Capitole :

www.theatre-du-capitole.org


Site Internet d'Alexandre Camerlo
:

http://a.camerlo.free.fr/

 

Lire la critique de la production de L'Enfant et les sortilèges au Théâtre du Capitole

 

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