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Danse/ Ballet du Capitole - Toulouse Lautrec – Théâtre du Capitole –
16, 19, 20 et 22 octobre, 20 h - 17 et 23 octobre, 15 h
     
CRITIQUE

Toulouse Lautrec : une vie parisienne en 30 épisodes

L’attente fut longue pour tous, danseurs, chorégraphe, spectateurs. 16 mois de gestation avec des espoirs de naissance sans aboutissement. Mais cet automne, enfin, un mois après l’anniversaire de son mois de naissance et un mois avant celui de sa mort, le peintre a repris vie sous les pinceaux chorégraphiques de Kader Belarbi, pour une évocation de sa vie dans le Paris de la fin du XIXème siècle.

Et c’est tout au long de 30 saynètes, vignettes, instantanés, que la vie parisienne du peintre se déroule sous nos yeux. De cabarets en atelier, de music-hall en maisons closes, le chorégraphe dessine la frénésie de vivre de monsieur Cloche-pied. Et en contre-point de cette vie trépidante, la figure tutélaire de la Comtesse Adèle, Mater Dolorosa, aimante, déchirée, abandonnée.


Henri de Toulouse Lautrec : La clownesse assise - Mademoiselle Cha-U-Kao
O
C’est elle qui « ouvre le bal », hiératique au centre de la scène avant que la « Chavalcade » n’envahisse tout et l’éloigne. On la retrouvera tout au long de l’œuvre pour des duos avec son fils, jusqu’à la fin annoncée où elle devient Piéta. Dès l’entrée en scène de Toulouse Lautrec son handicap est évoqué quand une forêt de cannes s’abat sur lui, évoquant ses jambes brisées. Et vient le premier pas de deux avec sa mère (Alessandra Surodeeva, remarquable d’impassibilité et pourtant si maternelle, dans une chorégraphie toute en tension), qui se répètera tout au long du spectacle comme un jalon affectif dans la vie de l’artiste. Mais très vite la scène est envahie par tout ce qui faisait l’entourage du peintre, en particulier lorsqu’il s’installe à Montmartre.

Des hommes et des femmes, cette société qui répond à des normes très précises : les messieurs, barbes, barbichettes et moustaches en étendard de leur virilité ; les dames ou plutôt les filles, qui, sous des dehors de liberté revendiquée, ne sont que finalement des proies que l’on installe sur des plateaux tournants afin de mieux les caresser, les manipuler comme des poupées de chiffons, le tout finissant dans l’atmosphère glauques des lupanars à la mode. Toulouse Lautrec observe, et dans son atelier laisse aller son pinceau. Et puis des figures plus incarnées apparaissent. Quand la java envahit toute la scène, voilà que se détache la Goulue qui aguiche tous les hommes et se joue d’eux, comme elle se joue de Toulouse Lautrec. Solène Monnereau (seins et fesses rebondies pour l’occasion ! assez drôle quand on connait la silhouette si élancée de la danseuse) embrase la scène par sa présence, sa danse, son incarnation parfaite de ce personnage si populaire.



Alexandra Surodeeva - Ramiro Gomez Samon © David Herrero

Et vont se succéder toutes ces femmes dont Lautrec fera le portrait sans concession. Voici Cha-U-Kao, la clownesse au visage triste, magistralement interprétée par Kayo Nakazato, pantin fatigué, au regard vide qui prend la pose sur le banc improvisé que sont les genoux d’un monsieur anonyme.
Suzanne Valadon, qui partagea un temps la vie de l’artiste et ses escapades nocturnes dans les hauts lieux de plaisir montmartrois. Marlen Fuertes Castro et Julie Charlet dansaient en alternance le rôle de cette artiste dont tous les peintres de l’époque reconnaissaient le talent. Toutes deux défendent avec art la chorégraphie de Kader Belarbi, Marlen plus sulfureuse et aguichante, et Julie dans un élan plus joyeux avec la grâce qui lui est coutumière. Arrive, avec l’un des moments les plus réussis du ballet, le cancan, la belle et célèbre Jane Avril. Le French cancan que nous propose ici le chorégraphe est un bijou de… bon goût. Il a su éviter la caricature et l’esprit, disons-le, un peu vulgaire qui nous est souvent présenté dans certains spectacles. Cela tient, bien sûr, à la qualité technique de la Compagnie largement démontrée tout au long de la danse et finissant en apothéose lorsque toute la troupe, danseuses et danseurs, terminent par un grand écart général, dans un ensemble parfait.



French cancan © David Herrero

Cela tient aussi au choix de Laurence Fanon comme assistante du chorégraphe pour ce passage du ballet. De formation classique à l’Ecole de l’Opéra de Paris, les hasards de la vie l’ont amenée aux Folies Bergère, au Lido et enfin au Moulin Rouge où elle a travaillé spécifiquement cette danse. Travailler avec les danseurs du Capitole a été pour elle une expérience forte tant elle a apprécié leur haut niveau technique, leur précision et leur engagement. L’apparition de Jane Avril, soleil jaune dans les flammes du cancan, nous révèle une Natalia de Froberville dans la plénitude de son art dans un rôle qui peut sembler peut habituel chez cette danseuse si parfaite dans le classique. « Cancaneuse » hors pairs, son jeu de jambes est exceptionnel. Son duo avec le peintre est également l’un des moments fort de l’œuvre. Entre provocation, tendresse et répulsion le couple se rapproche, se fuit, s’interpelle, pour s’abandonner et se quitter.
C’est auprès d’une cohorte de garçons de café que Lautrec va retrouver son quotidien et ses verres d’absinthe et de cognac mêlés. Montmartre n’est pas que le royaume de la danse. Le café-concert y occupe une large place.



Kayo Nakazato - Davit Galstyan © David Herrero

Si le cancan est l’un des sommets du ballet, il en est un autre avec l’évocation d’Yvette Guilbert. Toulouse Lautrec a très souvent peint, dessinée cette chanteuse dont il va immortaliser les immenses gants noirs, sa signature de scène. Entourée de danseuses dont les bras rendus démesurés par des extensions gantées de noir, forment mille dessins sur le fond de scène, Yvette Guilbert fait une entrée de star. Mais c’est Simon Catonnet moustachu et barbu qui nous apparait sous les traits de l’artiste. Vêtu d’une longue robe lamée, nimbé de voiles diaphanes, coiffé d’une perruque rousse incendiaire, le danseur nous interprète, avec toute la gouaille nécessaire, l’une des célèbres chansons coquines de la Guilbert : « Quand on vous aime comme ça ». Nous avions pu, déjà, apprécier dans Les Saltimbanques, tout le talent dont fait preuve Simon Catonnet. Excellent danseur, parfait acteur, il révèle ici une autre de ses facettes : le chant, et le sens de la transformation !! Véritable homme-orchestre, il sait tout faire.



Le Carnaval des Travestis © David Herrero

Mais déjà l’atmosphère change, le rouge envahit la scène, et nous transporte dans ce monde des maison-closes que Lautrec connaît à la perfection, n’hésitant pas à y résider parfois. Derrière un voile léger les prostituées en tenues d’intérieurs s’étirent en ombre chinoise, alors que les clients se pressent et se dépouillent peu à peu de leurs vêtements. On peut presque sentir la moiteur de ces lieux, la lascivité qui y règne sous l’œil du peintre, partie prenante de ces soirées.
Et puis Toulouse Lautrec, après un autre duo avec la Comtesse Adèle, se retrouve seul en scène. Ce solo poignant, désespéré, nous décrit l’enfermement de l’artiste, enfermement physique de l’internement, enfermement psychique de la maladie et de la folie.  Puis le Carnaval des Travestis envahit la scène renforçant encore s’il était besoin cet aspect de folie et nous rappelant que le peintre savait lui aussi se travestir.
Enfin, le dernier duo du peintre et de sa mère annonce la fin inéluctable de l’artiste, avant que celui-ci ne se retrouve à nouveau seul. Ce solo, plus apaisé peut-être, met en scène, grâce à une scénographie remarquable, l’ombre immense de l’artiste qui se projette sur le rideau de fond de scène avec le corps tourmenté, brisé de l’homme, tandis qu’une cage funèbre en suspend au-dessus de la scène préfigure l’ultime enfermement.



Natalia de Froberville - Davit Galstyan © David Herrero

Si l’ensemble des danseurs a fait montre d’un niveau, d’une implication qui démontre, si besoin était, l’énorme travail fourni, il est un personnage qui se démarque encore plus peut-être lors de ce spectacle, c’est Toulouse Lautrec. Présent sur scène pendant pratiquement tout le ballet, il est le pilier autour duquel tourne, non pas l’action, mais le kaléidoscope de ce monde interlope qui était celui du peintre. Ramiro Gómez Samón et Davit Galstyan avait la charge, ou plutôt le privilège de danser ce rôle. Davit Galstyan (les 19 et 20 octobre) en a une approche d’homme diminué mais battant et relativement fort dans cette adversité. Sa danse est limpide malgré les contraintes données par le chorégraphe comme la canne ou la posture courbée, en particulier dans le duo avec Jane Avril. Ramiro Gómez Samón (16, 17, 22 et 23 octobre), quant à lui, pose sur ce monde le regard parfois ébloui d’un enfant.



Ramiro Gómez Samón © David Herrero

Mais cette attitude enfantine disparaît lorsque le désespoir se fait plus prégnant, nous donnant à voir un être torturé. Il a totalement investi le personnage et l’incarne à la perfection, dans un rôle de composition pour ce danseur si classique, et qui sait, ici, être au-delà de la danse, un bel acteur de théâtre.
Pour habiller cette œuvre, Kader Belarbi a fait appel à une équipe de choc. La musique a été confiée à Bruno Coulais qui n’a pas voulu reproduire les musiques de l’époque mais qui les a revisitées, s’attachant à varier les couleurs selon qu’elles illustraient les danses ou les affres du peintre. Composée pour un accordéon et un piano, elle était interprétée sur scène, ou plutôt dans les loges d’avant-scène, par Sergio Tomasi (accordéon) et Raúl Rodriguez (piano). Une bande son enregistrée vient créer des effets particuliers qui ne sont pas sans rappeler une BO cinématographique. En tout état de cause cette musique se révèle fort intéressante et parfaitement adaptée.



Ramiro Gómez Samón © David Herrero
La scénographie de Sylvie Olivé dans son apparente simplicité donne une force particulière au spectacle. Décor minimaliste avec un rideau de fond de scène fait de toiles cousues en rappel de l’atelier du peintre, et des châssis de bois qui forment tour à tour des barrières, des bandeaux, des cages. Cette simplicité permettait un travail extraordinaire des lumières. Nicolas Olivier a su donner par les couleurs et l’intensité des éclairages des atmosphères très particulières, toujours en adéquation avec les scènes qui se déroulaient sur le plateau : le rouge des maisons closes, la chaleur du cancan, la pénombre des duos mère-fils, les ombres chinoises, tout concours à la beauté du spectacle. Beauté rehaussée encore par les magnifiques costumes d’Olivier Bériot, grand habitué de notre théâtre. Puisant à la palette du peintre, il joue sur les couleurs et les matières, rappelant parfois clairement une œuvre de l’artiste comme celui de la clownesse Cha-U-Kao.


Simon Catonnet en Yvette Guilbert © David Herrero

Enfin, Kader Belarbi a rendu, d’une certaine façon, un hommage appuyé à Toulouse Lautrec homme moderne, à la pointe de toutes les techniques qui se créent à son époque : photo, cinéma, affiches… L’expérience de réalité augmentée proposée et réalisée par Luc Riolon, est une expérience unique. Outre que c’est la première fois qu’elle se déroule au cours d’un spectacle vivant, elle nous plonge au cœur de l’action. A plusieurs reprises au cours du ballet le spectateur chausse ces casques magiques et se retrouve sur scène, entouré des danseurs proches, très proches. La vision, très large, permet de tourner la tête et d’apercevoir ce qui se passe à notre droite ou notre gauche. Une danseuse de cancan lève prestement sa jambe, juste sous notre nez ; un danseur rampe sur le sol, tellement près. Les danseurs qui ont reçus quelques consignes jouent avec la caméra et donc avec le spectateur. La Goulue-Solène Monnereau joue de son regard malicieux et provoquant, tandis que Toulouse-Lautrec-Ramiro Gómez Samón nous jette un regard d’enfant.



Solène Monnereau - Ramiro Gómez Samón © David Herrero

Certaines scènes (3 sur les 13 présentées) ne reflètent pas ce qui se passe sur scène. Ainsi un pas de deux entre mère et fils nous donne à voir une Comtesse Adèle plus dure, dans une scène conflictuelle ; pour le pas de deux entre Jane Avril et Toulouse Lautrec, le spectateur se sent un peu voyeur d’une scène très intime, que souligne le regard appuyé de Natalia de Froberville, mi-amusé-mi-goguenard. L’expérience est certes extrêmement intéressante, mais nécessite de revoir le ballet sans ce truchement.
En conclusion, un spectacle brillant, un livre d’images enchanteur, un hommage magnifique au peintre et à sa vie de torture et de plaisir. Pourtant il nous reste une impression d’inachevé, de « non-finito », comme un rappel de la peinture de Lautrec. Il nous manque peut-être un fil directeur mieux défini, un peu plus d’émotion. Mais pourtant ne boudons pas notre plaisir ! la danse était là, le panache, les magnifiques danseurs, leur joie de retrouver la scène et l’art de Kader Belarbi d’entraîner et d’unir sa troupe autour de ce projet d’envergure.

Annie Rodriguez
Article mis en ligne le 31 octobre 2021


 

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