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Filarmonica Teatro Regio
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18/04/2017
 

 

Concerts/ Grands Interprètes / Orchestre Philharmonique
de Saint-Pétersbourg, Yuri Temirkanov, direction - 10 novembre 2017

     
COUP DE CŒUR

CRITIQUE

Somptueuse Philharmonie !

L’événement musical de la semaine a tenu ses promesses. Après neuf ans d’absence, le retour à Toulouse de l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg, le 10 novembre dernier dans le cadre de la saison des Grands Interprètes, a aisément renoué avec le succès. Sous la direction de celui qui préside depuis 1988 à ses destinées, le grand chef russe Yuri Temirkanov, la prestigieuse formation symphonique a plongé le public de la Halle aux Grains dans les délices de l’excellence.

Fondé en 1882 sous le règne du tsar Alexandre III, l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg, précédemment nommé Orchestre Philharmonique de Leningrad, possède une histoire qui ressemble à une légende. Dirigé successivement par les plus grands chefs du XXème siècle, de Richard Strauss à Otto Klemperer, en passant par Bruno Walter ou Pierre Monteux, la phalange a atteint son apogée sous la direction du mythique Yevgueny Mravinsky. Yuri Temirkanov, qui par ailleurs intervient à la tête d’autres grandes formations internationales, perpétue de nos jours cette tradition d’excellence.
Pour leur grand retour à Toulouse l’orchestre et son chef ont choisi un programme musical de la grande tradition russe, un répertoire qui coule dans leurs veines.



L'Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg à la Halle aux Grains
- Photo Classictoulouse -

Sous la direction faite de sobriété et d’élégance, mains nues sans baguette, de Yuri Temirkanov, l’orchestre stupéfie immédiatement par ses qualités sonores autant que musicales. Une impressionnante assise des basses, sombres et intenses, une prodigieuse variété de couleurs, une virtuosité admirable de tous ses pupitres offrent au chef et aux œuvres interprétées un « matériau » d’une richesse, d’une précision et d’une souplesse sans limites. Notons une fois encore la disposition spécifique des différents pupitres sur le plateau de la Halle. Premiers et seconds violons sont situés de part et d’autre du podium du chef, les contrebasses regroupées à gauche, tous les cuivres au fond à droite.
Dès les premières mesures signées Nikolaï Rimski-Korsakov, la magie opère. L’arrangement musical par Maximilian Steinberg de La Légende de la ville invisible de Kitège et de la demoiselle Fevronia, tiré de l’opéra éponyme de Rimski-Korsakov, plonge dans les sortilèges d’une partition considérée par certains comme le Parsifal russe. Ce brillant chef-d'œuvre élabore des atmosphères contrastées. A la chevauchée haletante, pleine d’angoisse et de fureur, de l’épisode de La bataille de Kerjenetz s’oppose ce final de rêve onirique illustrant l’Hymen à la nature, comme imprégné de larmes. Une partition rare, une révélation pour la plupart des auditeurs !
La première partie du concert d’achève sur la fantaisie symphonique Francesca da Rimini, composée par Piotr Illich Tchaïkovski d’après un épisode de L’Enfer de Dante. Ce vaste poème symphonique illustre la découverte par Dante dans les enfers de la tragique histoire de Francesca assassinée pour infidélité par son époux. Le drame s’ouvre sur le paysage désolé du second cercle de l’Enfer, magnifiquement évoqué par un orchestre diaphane. Tout au long de l’œuvre, la violence des tempêtes et la douceur plaintive se succèdent. L’éclat des cuivres, l’intensité des cordes, les couleurs des bois font des merveilles. Le célèbre solo de clarinette atteint un niveau impalpable de raffinement. La coda résonne avec une insurpassable et féroce splendeur. Du très grand Tchaïkovski !



Yuri Temirkanov et l ’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg
- Photo Classictoulouse -

Et c’est au même compositeur qu’est consacrée toute la seconde partie. La Symphonie n° 5, en mi mineur, occupe une place centrale dans le trio du fatum que constituent les dernières symphonies de Tchaïkovski. Cette partition saisissante se caractérise principalement par la dualité espoir-désespoir incarnée musicalement par le thème récurrent du fil rouge (de l’idée fixe) qui balise tout le cheminement de l’œuvre. C’est sur ce motif que s’ouvre le premier mouvement pris ici dans un tempo d’une lugubre lenteur. Dans la section Allegro con anima de ce premier volet, le chef sculpte la matière musicale, souligne les contrastes entre tendresse, révolte et désespoir. « Murmures, doutes, plaintes contre la XXX » note le compositeur, XXX se référant probablement à l’homosexualité dont Tchaïkovski se sent « coupable ».
L’Andante cantabile qui suit s’ouvre sur un solo de cor d’anthologie. Un grand bravo à l’interprète qui ne manquera pas d’être acclamé au salut ! Le poids des silences confère à ce mouvement une intensité remarquable. La dentelle de la Valse et sa conclusion menaçante (ces grognements suggestifs des cors bouchés !), en dit long sur la subtilité, le sens des phrasés des pupitres de cordes. La complexité du final se révèle admirablement ordonnée, avec un soin d’architecte, par Yuri Temirkanov. Le fameux motif si inquiétant qui ouvrait la symphonie devient ici victorieux et chargé d’espoir. Le combat entre le destin tragique et la foi, qui représentait pour Tchaïkovski le refuge et le salut pour ses angoisses, s’achève sur une provisoire victoire, synonyme de somptuosité orchestrale.
Acclamés comme il se doit, les musiciens et leur chef offrent un bis de charme. Après les drames qui précèdent, la fameux Salut d’amour, de Sir Edward Elgar, sonne avec une incroyable délicatesse. Comme un baume de consolation sur les plaies ouvertes…

Serge Chauzy
Article mis en ligne le 11 novembre 2017

 

infos
 

 

Renseignements et locations :
61, rue de la Pomme,
31000 Toulouse,
tél : 05 61 21 09 00.
 
Programme du concert donné le 10 novembre 2017 à 20 h à la Halle aux Grains de Toulouse

* N. Rimski-Korsakov

- La Légende de la ville invisible de Kitège et de la demoiselle Fevronia, suite

* P. I. Tchaïkovski
- Fransceca da Rimini, opus 32

* P. I. Tchaïkovski
- Symphonie n°5, en mi mineur, opus 64

 

 
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