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13/06/2018
Les Sacqueboutiers
Jean Tubéry, cornetto
Gwendolyn Toth, orgue
12/06/2018
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Thierry Huillet, piano
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Tugan Sokhiev, direction
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Tugan Sokhiev, direction
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Orchestre du Capitole
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18/05/2018
Orchestre du Capitole
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Baiba Skride, violon
12/05/2018
 

 

Concerts/ Grands Interprètes / Chamber Orchestra of Europe
Yannick Nézet-Séguin, direction, Lisa Batiashvili, violon
     

CRITIQUE

Brahms en relief

Le dernier concert de la saison Les Grands Interprètes retrouvait ce 15 juin dernier à la Halle aux Grains le bel Orchestre de Chambre d’Europe, sous la direction du dynamique Yannick Nézet-Séguin, avec la participation de la grande violoniste Lisa Batiashvili. Le programme de cette stimulante soirée réunissait deux compositeurs caractéristiques du romantisme d’Europe centrale : Bedřich Smetana et Johannes Brahms. Il s’agissait là de la deuxième apparition de la brillante formation européenne au cours de la présente saison. Rappelons que le 2 décembre 2017, elle était placée sous la direction avisée du jeune chef britannique Nicholas Collon.

Personne ne saurait se plaindre de revoir à Toulouse le Chamber Orchestra of Europe (pour utiliser son nom générique en anglais) dans un autre programme et sous une autre direction. Le public retrouve cette fois encore le brio de ses musiciens, leur engagement passionné et un dynamisme certain. Remarquons une nouvelle fois à quel point le chef d’orchestre imprime à l’orchestre qu’il dirige SA propre sonorité, SA propre personnalité. On connaît et admire la vitalité avec laquelle Yannick Nézet-Séguin communique avec ses musiciens. Le chef québécois, tel un homme–orchestre qui stimule chaque pupitre, bondit sur son podium comme un farfadet et fait vivre toute musique. Les contrastes sont soulignés avec une indéfectible musicalité. Les fortissimi explosent, les pianissimi murmurent. Bref la musique palpite et vit à cent pourcents.



Lisa Batiashvili et Yannick Nézet-Séguin à la tête du Chamber Orchestra of Europe
- Photo Classictoulouse -

L’ouverture de l’opéra national tchèque La Fiancée vendue, de Bedřich Smetana, qui débute la soirée, brûle d’un feu ardent. Les cordes, comme chauffées à blanc, ouvrent la voie aux vents, et surtout aux cuivres qui étincellent. La brièveté de l’œuvre (moins de sept minutes) n’en impose pas moins un style, un caractère très Mitteleuropa de la part de Smetana, très attaché à la cause nationale tchèque. Une cause que le chef fait sienne avec une conviction irrésistible.
Tout le reste du concert est consacré à Brahms. On se souvient de la boutade de Debussy, critique acerbe de la musique allemande de son temps, qui proclamait à propos de ce compositeur : « Fuyons ! il va développer... » ! Gageons qu’il aurait une autre image en écoutant avec quelle vivacité et quelle lumière Yannick Nézet-Séguin aborde sa musique. Il en éclaire les contours, en avive les arêtes, en souligne les contrastes dynamiques, lui confère une vitalité bien éloignée du poids que peut prendre parfois sa musique. Certes, on peut diriger Brahms autrement et avec succès, mais voici une vision qui renouvelle le propos. Dieu merci, il n’existe pas qu’une manière d’interpréter les grands chefs-d’œuvre de la musique universelle !
Tout commence ici avec l’unique concerto pour violon et orchestre, partition pour laquelle le compositeur a bénéficié des conseils de son ami virtuose Joseph Joachim. L’orchestre introduit longuement les thèmes de l’Allegro non troppo initial, traçant ainsi le chemin du violon solo. Lisa Batiashvili impose immédiatement sa sonorité ample et bien projetée ainsi que sa virtuosité sans faille. Tout en s’intégrant avec finesse au tutti orchestral, elle sait en émerger avec art et subtilité. Dans tout ce premier volet, son jeu volontaire cède, aux moments bien choisis, à quelques élans d’une infinie douceur. Notons que la soliste choisit je jouer la cadence imaginée par Ferruccio Busoni, cadence étonnante et belle, que le violon partage avec la timbale. L’Adagio, on s’en souvient avait entraîné le refus de Pablo de Sarasate de jouer ce concerto en public, considérant absurde la longueur du thème confié au hautbois dans un concerto pour violon ! Ce magnifique solo, parfaitement phrasé ici, est repris par le violon dans une touchante rêverie qui, sous les doigts de la violoniste, se teinte aussi parfois d’une certaine inquiétude.



Yannick Nézet-Séguin au salut final - Photo Classictoulouse -

La vivacité du bondissant final Allegro giocoso, non troppo n’échappe évidemment pas aux deux acteurs dont la complicité violon-orchestre fait plaisir à voir et à entendre.
La vive ovation qui accueille cette interprétation incite les interprètes à offrir un bis conjoint. La sérénité fervente de J. S. Bach sonne alors comme un apaisement avec son choral « Ich ruf zu dir » BWV 639, dans un arrangement pour violon et cordes du compositeur suédois d‘aujourd’hui Anders Hillborg.
Et c’est encore Brahms qui conclut le concert avec sa Symphonie n° 3 en fa majeur. Le chef et ses musiciens choisissent d’enchaîner les mouvements, dans une continuité qui confère à l’œuvre une unité étonnante. Après les deux accords vigoureux des vents qui ouvrent l’Allegro con brio, le premier thème énergique est exposé aux cordes avec une vitalité stupéfiante. C’est un Brahms vitaminé que nous offre à entendre Yannick Nézet-Séguin. Les contrastes aussi bien dynamiques qu’expressifs font vivre cette musique avec intensité. Les deux mouvements centraux ménagent une pause apaisante dans le déroulement de l’œuvre. De touchants élans de tendresse émaillent l’Andante, alors qu’une nostalgie profonde imprègne tout le Poco allegretto. Il est vrai que le thème de ce troisième volet possède une connotation à laquelle on ne peut échapper. Celle du film franco-américain d'Anatole Litvak inspiré du roman Aimez-vous Brahms de Françoise Sagan. Le chef y déploie une sensibilité qui préserve une certaine pudeur du discours, évitant ainsi tout épanchement excessif. Le cœur de l’Allegro final retrouve la vitalité irrésistible qui caractérise la direction du chef québécois. Néanmoins, la lente évolution finale vers le silence touche par sa finesse et sa sensibilité.
Rappelé avec enthousiasme par un public chauffé à blanc, Yannick Nézet-Séguin finit par adresser à la salle une véritable déclaration d’amour. Voici qui nous promet peut-être quelques retrouvailles futures…

Serge Chauzy
Article mis en ligne le 16 juin 2018

 

infos
 

 

Renseignements et locations :
61, rue de la Pomme,
31000 Toulouse,
tél : 05 61 21 09 00.
 
Programme du concert donné le 15 juin 2018
à 20 h à la Halle aux Grains de Toulouse


* B. Smetana
- La Fiancée vendue, ouverture

* J. Brahms
- Concerto pour violon et orchestre, en ré majeur, opus 77

* J. Brahms
- Symphonie n°3, en fa majeur, opus 90

 

 
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