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Concerts/ Grands Interprètes / Orchestre national de France,
Emmanuel Krivine, direction - Martha Argerich, piano - 7 octobre 2017
     


CRITIQUE

Saisissante ouverture de saison

L’association Grands Interprètes a choisi, comme toujours, l’excellence pour son premier concert. Ce 7 octobre dernier, l’Orchestre national de France, sous la baguette de son nouveau directeur musical, Emmanuel Krivine, retrouvait la Halle aux Grains, en compagnie de la mythique pianiste argentine Martha Argerich dans un programme aux mille couleurs.

Emmanuel Krivine est le premier chef français nommé à la direction musicale de l’Orchestre national de France depuis le départ de Jean Martinon, voici plus de quarante ans ! Il succède à la longue liste des grands chefs tels que Sergiu Celibidache, Lorin Maazel, Charles Dutoit, Kurt Masur et enfin Daniele Gatti qui ont fait de l’Orchestre national de France l’une des formations françaises qui comptent dans le paysage international. Après un début de carrière comme violoniste de grand talent, Emmanuel Krivine a dirigé de grandes formations symphoniques comme le Nouvel Orchestre philharmonique de Radio France, l’Orchestre national de Lyon, l’Orchestre français des jeunes, l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg ou le Scottish Chamber Orchestra. Depuis 2004, il est le chef principal d’une phalange originale, La Chambre philharmonique, ensemble jouant sur instruments d’époque.
Sa récente nomination à la direction musicale de l’Orchestre national de France marque une étape importante de sa brillante carrière. Toulouse a la chance d’accueillir l’un des premiers programmes de ce bel orchestre et de son nouveau directeur. Le choix d’une soliste de l’envergure de Martha Argerich, dont la brillante carrière est bien connue, pour accompagner ces débuts confère un lustre particulier à cet événement.



Martha Argerich et Emmanuel Krivine - Photo Classictoulouse -

D’autant plus qu’une alchimie particulière lie la pianiste à Maurice Ravel. La grande Martha se sent si proche du Concerto en sol, programmé au cœur de cette soirée, qu’elle prétend, le sourire aux lèvres, que Ravel l’a écrit pour elle ! Et il est vrai que son interprétation soulève l’admiration et l’enthousiasme de tous.
Contrairement à ce que l’on attend d’une interprète à la vigueur légendaire, elle ne se précipite pas « bille en tête » dans les premières mesures de l’Allegramente. La lionne rentre se griffes. La progression avec laquelle elle construit ce premier mouvement s’avère saisissante. Les échanges avec les différents pupitres de l’orchestre, pensés par Ravel comme on dépose la couleur sur une toile, prennent la forme de défis, ou de manœuvres de séduction, voire de provocations. La parfaite cohésion, rythmique autant que sonore, témoigne d’une vision commune généreuse. Les redoutables solos instrumentaux (trompette, cor, harpe notamment) enrichissent ce dialogue effervescent. Le sublime Adagio assai, véritable concentré de poésie pure, installe un climat élégiaque. La pianiste trouve des couleurs, des phrasés, des nuances d’une totale subtilité. Le diminuendo sur le trille conclusif retient les respirations. Quant au Presto final, il libère l’imagination à la manière d’un jeu de piste. Poursuites animées, défis lancés, un véritable feu d’artifice conclut cette partition festive. Rappelée avec insistance par les applaudissements, Martha Argerich fait appel à la violoniste solo de l’orchestre, Sarah Nemtanu, pour un premier bis en duo, l’un de ces « Vieux airs de danse viennois » de Fritz Kreisler intitulé Schön Rosmarin, au charme suranné. Puis elle joue, seule cette fois, le lied exalté Widmung de Robert Schumann dans la version arrangée pour piano seul par Franz Liszt. La série des bis s’achève sur le délire digital de la Sonate en ré mineur K 141 de Domenico Scarlatti... qui déclenche une nouvelle ovation.



Emmanuel Krivine et Sarah Nemtanu, premier violon de l'Orchestre national de France
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Photo Classictoulouse -

Ce concerto est précédé d’une œuvre rare d’un compositeur rare. Les Variations pour orchestre sur un thème de Niccolò Paganini, opus 26, du compositeur allemand Boris Blacher (1903-1975), s'inspirent du fameux Vingt-quatrième caprice pour violon seul de Paganini, celui-là même que Rachmaninov et Brahms, notamment, utilisèrent aux mêmes fins. Cette mosaïque de seize variations miniatures exige de la part de l’orchestre un incroyable déploiement de virtuosité. La richesse et la complexité du rythme, la fantaisie de cette succession inattendue, l’humour qui colore certaines de ces variations obéissent à la loi des contrastes, opposant les couleurs et les styles, du jazz au tango ! Blacher manie les notes comme un peintre la pointe sèche. Et la direction acérée, vive, précise, d’Emmanuel Krivine obtient de chaque pupitre une sorte de perfection absolue. Une vraie découverte.
La seconde partie de concert embarque l’orchestre vers les contrées orientalisantes de la Suite symphonique Shéhérazade, de Nikolaï Rimski-Korsakov. Cette partition rutilante constitue un test de virtuosité, d’éclat, de couleurs que le National de France franchit avec maestria. Toute la palette des nuances possibles est déployée. Le chef ouvre l’œuvre sur la lente solennité du thème initial des trombones. Le déroulement des quatre sections qui composent cette légende orchestrale se trouve périodiquement balisées par les interventions soliste du premier violon, incarnation musicale de la Princesse Shéhérazade, touchante héroïne de ces Contes des mille et une nuits. Ces apparitions solistes, ponctuées par la harpe, sont magnifiquement « incarnées » par Sarah Nemtanu dont on ne peut que louer le miel de la sonorité et le raffinement du jeu. Tout au long de l’exécution, les cuivres, les bois, les cordes de ce bel orchestre révèlent les épisodes brillamment colorés de la partition. Jusqu’aux derniers soupirs de l’héroïne du conte.
Calmant les applaudissements nourris, Emmanuel Krivine s’adresse alors au public pour dire son plaisir d’être à Toulouse et pour annoncer le bis conclusif de la soirée, une polka endiablée de Johann Strauss II, intitulée Eljen a Magyar ! (Vive la Hongrie !), op. 332, « prémices des fêtes du Nouvel an » ! A bientôt peut-être…

Serge Chauzy
Article mis en ligne le 8 octobre 2017

 

infos
 

 

Renseignements et locations :
61, rue de la Pomme,
31000 Toulouse,
tél : 05 61 21 09 00.
 

Programme du concert donné le 7 octobre 2017 à 20 h à la Halle aux Grains de Toulouse :

* B. Blacher

- Variations pour orchestre sur un thème de Niccolò Paganini, opus 26

* M. Ravel
- Concerto pour piano et orchestre en sol majeur

* N. Rimski-Korsakov

- Shéhérazade, Suite symphonique

 

 
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