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Concerts / Orchestre National du Capitole - Ben Gernon, direction -
Sol Gabetta, violoncelle - 22 novembre 2019
     

CRITIQUE

Enigmes multiples

Le chef britannique Ben Gernon et la violoncelliste argentine Sol Gabetta, qui connaissent bien Toulouse et la Halle aux Grains pour s’y être déjà produits à plusieurs reprises, étaient de retour ce 22 novembre dernier avec l’Orchestre national du Capitole. De la découverte à la confirmation, le programme musical proposé ménageait de bien belles surprises.

Reconnu pour ses interprétations mêlant précision et émotion Ben Gernon est l'un des jeunes chefs de sa génération en pleine ascension. Pour sa troisième intervention toulousaine il a conquis les musiciens et le public avec son engagement passionné et le choix des œuvres interprétées. Ainsi, la première pièce inscrite au programme était vraisemblablement pour l’orchestre comme pour le public une étonnante et passionnante découverte. The Midnight Hour, sorte de poème symphonique de la jeune compositrice britannique Anna Clyne mérite amplement le détour ! Précisons qu’Anna Clyne, née à Londres en 1980 vit désormais aux Etats-Unis où elle mène une carrière très active, non seulement comme compositrice, mais également au service de l’éducation musicale des jeunes et de la sensibilisation à la création et à la pratique musicale.


Le chef d'orchestre britannique Ben Gernon
- Photo Classictoulouse -
O

Objet d’une commande de l’Orchestre national d’Île-de-France, The Midnight Hour a été créé en 2015. Inspirée de plusieurs poèmes dont Harmonie du soir, de Charles Baudelaire, cette œuvre pour grand orchestre développe les correspondances les plus extrêmes. La richesse de l’orchestration témoigne d’une habileté et d’une originalité remarquables de la part de la compositrice. Les premières mesures mettent au premier plan les cordes graves, en particulier les contrebasses, qui déchaînent une véritable tempête instrumentale. A la violence de cette introduction succèdent plusieurs épisodes fortement contrastés. L’angoisse s’insinue dans le maelstrom orchestral.

De surprenants événements, comme des ponctuations inattendues, balisent le déroulement de l’œuvre. Chaque pupitre de l’orchestre est amené à s’exprimer, parfois de manière singulière. Les deux trompettes se placent ainsi de part et d’autre de l’estrade, comme pour des échanges en écho. La succession des épisodes animés s’apaise peu à peu vers un final en douceur, comme dans un rêve. Voici une pièce que l’on aimerait réentendre pour en assimiler les détails.
Sol Gabetta, native de Córdoba en Argentine, est donc de retour à La Halle aux Grains où elle a participé avec son complice Bertrand Chamayou à de beaux concerts de musique de chambre. Elle retrouve cette fois une partition orchestrale qu’elle connaît bien et qui explore un tout autre monde musical et expressif : le Concerto pour violoncelle et orchestre n° 1 de Dmitri Chostakovitch, créé en 1959 par Mstislav Rostropovitch. La soliste aborde les premières mesures à découvert avec une détermination et une vitalité impressionnantes. Les quatre notes de ce premier motif résonnent comme la signature du compositeur, puisqu’elles traduisent musicalement le “monogramme de Chostakovitch”, DSCH (dans sa notation germanique). Ce motif obsessionnel, la soliste le décline sous toutes ses formes, déformé, reformé, et sous différents éclairages à l’orchestre. A la révolte du premier mouvement Allegretto succède un Moderato bouleversant, douloureux, angoissé.



La violoncelliste argentine Sol Gabetta, soliste du 1er Concerto pour violoncelle et orchestre de Chostakovitch - Photo Classictoulouse -

Dans l’immense Cadenza qui suit, confiée au seul violoncelle, l’interprétation de Sol Gabetta atteint des sommets de rage et de désespoir, tout en franchissant avec aisance l’accumulation des difficultés techniques : doubles cordes, sons harmoniques, pizzicati de la main gauche sont exécutés avec une facilité déconcertante. Le dernier mouvement, véritable course à l’abîme, retrouve le motif signature obsessionnel jusqu’à la conclusion explosive. Il faut en outre féliciter le cor solo de l’orchestre Jacques Deleplancque qui délivre ce soir-là, une exécution exemplaire d‘une partition qui flirte par moments avec un véritable concerto pour cor. Un grand bravo à lui aussi !
Acclamée à juste titre, avec un enthousiasme bien légitime, Sol Gabetta revient sur scène accompagnée de Ben Gernon pour un bis « avec orchestre » ! Surprise. Elle « chante » avec son violoncelle le fameux air de Lenski « Kuda, kuda » extrait de l’opéra Eugène Onéguine de Tchaïkovski, dans sa version originale. Un beau moment de lyrisme apaisant.



Ben Gernon félicitant chaque pupitre de l'orchestre - Photo Classictoulouse -

Les quatorze variations qui composent les Variations Enigma, cette étonnante partition de Sir Edward Elgar, occupent toute la seconde partie de la soirée. Cette œuvre d’une grande originalité suscite toujours la curiosité car chacune de ses variations brosse le portrait d’une personne amie d’Elgar, « énigmatiquement » représentée par des initiales ou un pseudonyme. Une sorte d’équivalent musical des portraits de La Bruyère. Le fameux thème, partiellement dévoilé, se plie à tous les traitements imaginés par Elgar : la poésie, l’humour, la nostalgie ou l’éclat. La direction de Ben Gernon multiplie les nuances les plus appropriées, alliant élégance et brio, vivacité et ironie. L’apothéose que constitue la célèbre (à juste titre) variation 9, « Nimrod », prend ici une dimension cosmique. Comme un somptueux lever de soleil, la longue phrase crescendo inonde le paysage d’une éclatante lumière. Très belle interprétation donc dans laquelle chaque soliste (notamment le violoncelle solo Pierre Gil) joue son rôle avec une belle et intense poésie.
Ben Gernon remercie chaleureusement chaque soliste et chaque pupitre de l’orchestre.

Serge Chauzy
Article mis en ligne le 23 novembre 2019

 

 

infos
 

Détail des informations, s’adresser à :

Orchestre National du Capitole de Toulouse
- Service location
BP 41408 – 31014
Toulouse Cedex 6.


Renseignements, détail complet de la saison et réservations :

http://onct.toulouse.fr/
 
Programme du concert donné le 22 novembre 2019 à 20 h à la Halle aux Grains de Toulouse

* A. Clyne

- The Midnight Hour

* D. Chostakovitch

- Concerto pour violoncelle et orchestre n°1

* Sir E. Elgar
- Variations "Enigma"

 

 

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