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Concerts / Orchestre National du Capitole, Maxim Emelyanychev, direction
Fumiaki Miura, violon - 21 février 2020
     

CRITIQUE

De l’ombre à la lumière

Le 21 janvier dernier à la Halle aux Grains de Toulouse, le jeune et dynamique chef russe Maxim Emelyanychev était de nouveau l’invité de l’Orchestre national du Capitole. S’exprimant dans un programme éclectique et très divers, celui qui pratique aussi bien la direction d’orchestre que le piano, le clavecin et même… le cornet à bouquin, apporte à ses interprétations un vent de renouveau et de fraîcheur. De John Adams à Ludwig van Beethoven en passant par Benjamin Britten, le programme de cette soirée misait sur l’ouverture.

Lauréat de nombreux concours internationaux, Maxim Emelyanychev a reçu en 2013 un « Masque d’or », prix le plus prestigieux de Russie. En 2017, il a obtenu le Gramophone Award 2017, aux côtés de l’orchestre  de musique ancienne Il pomo d’oro dont il est le chef principal. Son approche des œuvres qu’il dirige procède toujours d’une recherche de leurs origines. Ses prestations revêtent ainsi une fraîcheur irrésistible, comme pour un retour aux sources de chaque partition.



Le chef d'orchestre russe Maxim Emelyanychev à la tête de l'Orchestre national du Capitole
- Photo Classictoulouse -

Avec une précision absolue, Maxim Emelyanychev dirige en ouverture de soirée l’étonnante partition de John Adams intitulée The Chairman Dances (Les Danses du Président) composée en marge de son célèbre opéra Nixon in China et illustrant une scène surréaliste de fox-trot échevelé entre le jeune Mao Tsé-Toung et sa maîtresse Chiang Ch’ing, future Madame Mao de sinistre mémoire. Cet échantillon significatif de musique minimaliste et répétitive, une spécificité bien américaine, se distingue des œuvres de ses collègues par une richesse instrumentale, une imagination prodigieuse et l’attrait quasi-hypnotique qu’elle exerce sur l’auditeur disponible. Le rythme obsessionnel, subtilement mouvant, de la première partie s’impose avec vigueur. Les évolutions lentes de la structure harmonique parcourent un paysage d’une prodigieuse richesse de couleurs et de timbres. L’orchestre soutient vaillamment le rythme haletant, la superposition des strates instrumentales et leur glissement progressif que le chef domine avec énergie et exactitude.
L’unique concerto pour violon et orchestre de Benjamin Britten complète la première partie du concert ainsi consacrée aux musiques du XXème siècle. Le jeune violoniste japonais Fumiaki Miura est le soliste de cette trop rare partition créé à New-York en 1940. L’œuvre, techniquement exigeante, développe un climat tour à tour poétique, satirique et élégiaque. On peut y détecter les aspirations pacifistes du compositeur, toujours déterminé à stigmatiser les folies guerrières. En l’occurrence ici, celles de la Guerre Civile d’Espagne aux victimes de laquelle Britten rend hommage. Déclarée injouable par le grand Jasha Heifetz, la partition accumule les passages « délicats »… D’une manière cyclique, l’œuvre émerge d’un mystérieux silence pour finalement s’y replonger.




Le violoniste japonais Fumiaki Miura, soliste du Concerto de Britten
- Photo Classictoulouse -

Fumiaki Miura aborde le Moderato con moto initial de sa sonorité claire et transparente. Grâce à une écriture bien pensée, le violon n'est jamais couvert quand l'intention du compositeur est qu'il ressorte. Les grandes explosions orchestrales se produisent hors des interventions du soliste. Au cœur de l’œuvre, le Vivace central, le violon et l’orchestre sont animés d’une vitalité impressionnante. La cadence centrale dévolue au soliste est proche de l’injouable. Les procédés techniques les plus extrêmes (doubles cordes, pizzicati de la main gauche, sons harmoniques…) sont convoqués et réalisés avec panache par le jeune violoniste. Le final Andante lento évoque une tendre élégie dans laquelle l’orchestre et le soliste semble se soutenir et se consoler. La paix retrouvée se conclut donc dans un silence émouvant.
Chaleureusement applaudi, Fumiaki Miura accorde un bis qui prolonge le foisonnement virtuose du concerto. Dans un extrait des Variations sur Nel cor più non mi sento (l'un des thèmes de l'opéra La Molinara de Paisiello) signées Paganini, le soliste affronte vaillamment les plus incroyables pièges techniques concoctés par ce « violoniste du diable ».



La disposition de l'orchestre choisie par Maxim Emelyanychev pour l'exécution de la Symphonie Pastorale de Beethoven - Photo Classictoulouse -

La seconde partie du concert célèbre le deux-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Beethoven. Maxim Emelyanychev dirige sa Symphonie n° 6, composée en même temps que sa 5ème et que le compositeur a qualifiée de « Pastorale ou souvenir de la vie rustique, plutôt émotion exprimée que peinture descriptive ». Le chef utilise ici un effectif orchestral plus proche de celui de la création. Sa conception et l’interprétation qui en découle, renouvelle totalement l’approche que le postromantisme a forgé de la partition. Les tempi plus vifs, plus dynamiques introduisent une vitalité nouvelle. L’absence de vibrato permanent de cordes, vibrato qui retrouve ici ou là sa fonction d’ornementation, confère une nouvelle lumière, une nouvelle poésie au phrasé de ces pupitres. Signalons que le chef  réorganise également pour cette œuvre la disposition instrumentale. Les quatre contrebasses sont séparées en deux groupes qui se font face aux extrêmes du podium, créant ainsi un séduisant effet « stéréophonique ». En outre, les seconds violons et les altos échangent leur positionnement, renforçant ainsi la sensation de dialogue avec les premiers violons.
Mais l’essentiel réside dans la lumière nouvelle qui permet de tout entendre des détails de l’orchestration. Le premier mouvement, pris dans un tempo vif et dynamique, est animé d’une multitude de nuances qui renforce l’idée de liberté du discours musical. Le deuxième volet, Scène au bord du ruisseau, s’anime d’un balancement plein de délicatesse. Sa conclusion, sous forme d’échanges entre la caille, le coucou et le rossignol, évoque un sourire apaisé. Après la Réunion joyeuse de paysans, animée d’un rythme bien terrien, l’Orage déchaîne ses fureurs avec toute la violence et le relief instrumental nécessaires. Le final, comme une prière fervente, se déploie dans une progression chaleureuse impressionnante vers une conclusion apaisée. Le chef anime cette exécution de tout son corps, comme vecteur d’une chorégraphie impulsive et en tout cas très efficace !
Sachez que Maxim Emlyanychev sera ce nouveau présent à Toulouse à trois reprises au cours du mois de mars, non seulement à la tête de l‘Orchestre national du Capitole (les 21 et 22) mais également comme pianiste, en compagnie du violoncelliste Victor Julien-Laferrière (le 16), ceci dans le cadre des Musicale franco-russes. A suivre donc…

Serge Chauzy
Article mis en ligne le 22 février 2020

 

 

infos
 

Détail des informations, s’adresser à :

Orchestre National du Capitole de Toulouse
- Service location
BP 41408 – 31014
Toulouse Cedex 6.


Renseignements, détail complet de la saison et réservations :

http://onct.toulouse.fr/
 

Programme du concert donné le 21 février 2020 à 20 h à la Halle aux Grains de Toulouse

* J. Adams

- The Chairman Dances

* B. Britten

- Concerto pour violon et orchestre op. 15

* L. v. Beethoven
- Symphonie n° 6 "Pastorale"

 

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