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Opéra/ Théâtre du Capitole / La Dame de Pique (31/01/2008)
     
CRITIQUE

Dans les cauchemars d’un dément

Cette nouvelle production (en fait la véritable création de cet ouvrage au Capitole) de La Dame de pique de Tchaïkovski, restera dans les mémoires. Conception scénique dérangeante, distribution haut de gamme et direction musicale intensément dramatique ont formé un cocktail longuement ovationné.


Raina Kabaïvanska dans le rôle de la Comtesse (Photo Patrice Nin)

La Dame de pique repose presqu’entièrement sur les épaules du ténor interprétant Hermann. Nicolas Joel a donc attendu d’avoir à sa disposition le meilleur du moment, le russe Vladimir Galouzine, pour afficher cette nouvelle production. Bien lui en a pris et le triomphe personnel rencontré par cet artiste en fin de soirée n’a fait que le conforter dans son choix.
Ténor vaillant, trop parfois disent certains, timbre de bronze en fusion, projection d’une rare puissance, mais d’une parfaite rondeur, sur un ambitus long et un organe remarquablement homogène, comédien totalement engagé, hallucinant de désespoir psychotique, Vladimir Galouzine est jusqu’à l’idéal cet Hermann trouble et dangereux imaginé par Pouchkine, l’image même d’un héros symbolisant dans ses excès le roman russe tel que nous, Occidentaux, l’appréhendons. D’autres incarnations sont certainement concevables, mais celle-ci est d’une puissance incontestable.
Victime sacrificielle de la folie du joueur, Lisa est interprétée avec beaucoup de pudeur, d’émotion, mais aussi avec une réelle présence vocale par le soprano hollandais Barbara Haveman.


Barbara Haveman et
Vladimir Galouzine
(Photo Patrice Nin)
 

Les autres rôles sont plus épisodiques. Cependant il faut souligner la magnifique ligne de chant du mezzo-soprano  arménien Varduhi Abrahamyan, Pauline d’une très belle tenue vocale. Auréolé d’une réputation largement internationale, le baryton russe Vladimir Chernov (Eletski) ne convainc cependant pas totalement. Certes sa ligne de chant demeure superbe, mais le timbre aujourd'hui manque de luminosité et d’éclat. Notons également les prestations de Vladimir Solodovnikov (Tchekalinski), Balint Szabo (Sourine) et  Boris Statsenko (Tomski).
Guest star de ce plateau, le soprano bulgare Raina Kabaivanska  incarne, au sens premier du terme, une Comtesse au pouvoir évocateur vertigineux, détaillant avec une musicalité accomplie les fameux couplets extraits du Richard Cœur de Lion de Grétry. Un grand moment qui met la salle en apesanteur. C’est çà la grande classe !

Pour la première fois œuvrant dans la fosse du Capitole, Tugan Sokhiev est à la hauteur de l’évènement, il sait, avec un sens certain du drame, traduire les mélismes les plus tortueux que le compositeur glissa dans une partition flirtant par moment avec les frontières de la folie. Avec une violence n’excluant aucunement des moments d’une infinie poésie, il accompagne le drame jusque dans ses moindres limites.
Saluons aussi la tenue des chœurs, vaillants et engagés sous la direction de Patrick Marie Aubert.

Une production gentiment…contestée

Confiée à Arnaud Bernard pour la mise en scène, cette nouvelle production, dans les décors d’Alessandro Camera et les costumes de Carla Ricotti, interpelle, pour le moins, les spectateurs. Situant l’action dans un hôpital psychiatrique, Arnaud Bernard imagine l’opéra comme le long et dernier cauchemar d’Hermann, d'un Hermann en fin de vie, se remémorant les évènements qui l’ont amené jusqu’à la folie.


Une pastorale d'un autre temps (Photo Patrice Nin)

Il est évident que ce genre de concept réclame, pour sa compréhension, une connaissance en amont de l’ouvrage. D’autant qu’au second acte se situe une Pastorale entre Pluton, Daphnis et Chloé, sur une musique très « mozartienne ». Optant pour le décalage, voire le dérapage complet, Arnaud Bernard projette cette pastorale dans une Russie des années 60, avec télévision, nappe cirée et intérieur prolo. C’est une parabole des liens unissant Lisa, ménagère  attentive à la cuisine,  Eletski, ici un riche parvenu un rien mafieux et Hermann, beauf libidineux plus vrai que nature, tout çà sous le regard de la mamouchka, en fait la Comtesse déguisée.
D’une parfaite cohérence, cette mise en scène un peu complexe malgré tout, pourtant chargée, presque trop, de sens, nous vaut quelques moments de grande émotion, dont le tableau de la Comtesse, au second acte et l’apparition de cette dernière au début du troisième.
Clinique, austère, dérangeante, cette production laisse cependant de grands espaces d’expression aux artistes et donne à voir des mouvements d’ensemble au cordeau.

Robert Pénavayre

 

infos
 

Prochaines
représentations : 3, 5, 7
et 10 février 2008

Renseignements et réservations : www.theatre-du-capitole.org

 

 

Voir l'interview du metteur en scène, Arnaud Bernard, les présentations d'un DVD, d'un CD
et de la revue
"L'Avant Scène Opéra"
consacrés à
"La Dame de pique"

 

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