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Opéra/ Théâtre du Capitole - Manon, J. Massenet - 29/09/2013
     
COUP DE CŒUR
     

CRITIQUE

Un monumental triomphe

L’ouverture de la saison lyrique 2013/2014 du Théâtre du Capitole vient de remporter un triomphe considérable. Beaucoup de raisons à cela, la première étant assurément à mettre au bénéfice de son directeur artistique, Frédéric Chambert, qui a su fondre dans un même creuset les talents d’artistes dont la probité artistique est au-delà de tout soupçon.

Issue d’une coproduction internationale plus que prestigieuse (Londres, Milan, New York, Toulouse), la production de cette Manon est signée Laurent Pelly. Transposant l’action à la fin du 19ème siècle, celui-ci jette un regard très critique sur la condition de la femme à cette époque, allant jusqu’à transformer le tableau si élégant du Cours la Reine en un immonde marché aux jeunes ballerines de l’Opéra de Paris. Dans le cercle plus feutré du Foyer de la danse du Palais Garnier, la chose était identique avec ces messieurs du Jockey Club. Les décors de Chantal Thomas ont pour qualité essentielle de proposer des espaces scéniques utilisant le maximum du volume de la scène du Capitole. A ce titre l’acte de Transylvanie est une superbe réussite. Saluons au passage la prouesse des équipes techniques du Théâtre du Capitole qui eurent à changer à des vitesses record cinq décors dont beaucoup étaient stationnés à l’extérieur du Théâtre ! Mais le point fort de cette production est la direction d’acteur. C’est à un vrai travail de théâtre que s’est livré Laurent Pelly. Suivant scrupuleusement la partition, il arrive à donner à cette pièce dramatiquement surannée, une modernité qui interpelle immédiatement le spectateur. Exit la pose avantageuse sur le devant de la scène, c’est la vie qui se déroule devant nous, dans son enthousiasme mais aussi ses heurts et ses malheurs. C’est incontestablement au cordeau et finalement payant. Reconnaissons que Frédéric Chambert a réuni pour cela une distribution capable d’intégrer cette vision naturaliste du drame.

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Natalie Dessay (Manon) au Cours la Reine - Photo Patrice Nin -

Triomphe absolu pour un duo royal

Il y a fort longtemps, et sans vouloir jeter une ombre malvenue et injuste sur le passé, que les voûtes du Théâtre du Capitole n’avaient pas résonné de pareilles ovations pour saluer la prestation de chanteurs. Ceux-ci sont les interprètes de Manon et des Grieux. Natalie Dessay faisait, a priori, ses adieux à ce rôle. Elle l’investit jusqu’au tréfonds d’elle-même d’une sensibilité et d’une acuité dramatique qui laissent confondu d’émotion. Reconnaissant elle-même ses limites vocales actuelles pour ce rôle, elle ne le pare pas moins d’une lumineuse coloration qui sied parfaitement à cette jeune fille de 16 ans. Sans oublier une tierce aigüe d’une formidable sûreté.
A ses côtés, le ténor Charles Castronovo s’emparait du rôle de des Grieux. Et l’on reste sidéré non seulement par la prosodie parfaite de cet américain, une vraie leçon de justesse et de compréhension, mais aussi par la maîtrise vocale et stylistique dont il fait preuve. Pierres de touche de ce rôle : le Songe et Saint Sulpice. D’un côté le rêve, de l’autre la révolte. Clairement il faut remonter très loin, et encore, pour entendre en ce lieu un Songe pareil, entièrement tenu sur des demi-teintes parfaitement timbrées et vibrées, avec un sens du legato ahurissant de souplesse. Dans  Saint Sulpice, cet artiste habité, au charisme dramatique évident, nous réserve un sommet d’émotion et de vaillance vocale contenue. Les saluts de ces deux interprètes ont déclenché un véritable séisme dans le vénérable théâtre.



Natalie Dessay (Manon) et Charles Castronovo (des Grieux) au dernier acte
- Photo Patrice Nin -

Mais le piège, dans l’opéra-comique en particulier, est de laisser « tomber » les seconds rôles. Quitte à fragiliser un spectacle. Cette Manon est loin d’une pareille erreur. Elle réunit en effet une pléiade de chanteurs de premiers plans. Le moindre n’est pas Thomas Oliemans qui prenait Lescaut à cette occasion. Français impeccable, voix souple, parfaitement timbrée sur une tessiture d’un bel ambitus, comédien habile, il trace ainsi un portrait dramatique et vocal du meilleur aloi. Si la langue de Molière semble encore un rien étrangère à Robert Bork, ce qui est particulièrement palpable dans les récitatifs, par contre l’organe de cette basse est presque du luxe pour le rôle du Comte. Saluons également trois merveilleuses coquettes : Vannina Santoni (Poussette), Khatouna Gadelia (Javotte) et Hélène Delalande (Rosette). Sans oublier Luca Lombardo (Guillot) et Marc Canturri (Brétigny). Ce dernier est l’invité, le 8 octobre,  d’un « Midi du Capitole » au cours duquel, n’en doutons pas, il donnera la pleine étendue de sa belle voix de baryton lyrique au timbre franc et lumineux, ensoleillé aux cimes de son Andorre natale.
Sous la direction d’Alfonso Caiani, les Chœurs du Capitole répondent toujours présents pour ce genre de rendez-vous au sommet. Il en est de même de l’Orchestre du Capitole qui, sous la direction, peut-être un peu carrée, de Jesus Lopez Cobos, sut malgré tout traduire les trésors de mélodies et de lyrisme que Jules Massenet a déposés sur les pages de cette partition.

Robert Pénavayre
Article mis en ligne le 30 septembre

 

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Renseignements et réservations pour les abonnements :

www.theatre-du-capitole.org

 
Date des représentations

29 septembre, 3, 6, 10, 13 et 15 octobre
 
 

 

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