www.classicToulouse.com
ARCHIVES
 
 

 

Livres/ Ernest Van Dyck, un ténor à Bayreuth - Malou Haine
     

Au travers d’une voix, l’emprise d’une femme

C’est un document incroyablement intéressant que nous livrent aujourd’hui les Editions Symétrie. D’une pierre, deux coups car, sous l’apparence de suivre le parcours du ténor belge Ernest van Dyck (1861-1923) à Bayreuth, Malou Haine nous trace le portrait sans concession de la veuve de Richard Wagner, Cosima Wagner (1837-1930).

O

En fait, ce livre va encore plus loin car il nous donne à lire, en français, toute la correspondance qu’ont entretenue le ténor et la vestale de Bayreuth. Le mot vestale est ici employé au sens propre en cela que Cosima a fait de Bayreuth un temple et que le culte de son mari y fut entretenu longtemps. Aujourd’hui encore d’ailleurs malgré les avatars épouvantables de l’Histoire dans lesquels la famille Wagner a malheureusement traîné le nom prestigieux du musicien. Tout cela n’est pas l’objet du livre bien sûr, sauf que l’ultime lettre reproduite, la 107ème, émane de Houston Stewart Chamberlain (1885-1927). Elle est adressée à Ernest van Dyck et date du 10 avril 1914. Cet écrivain anglais, qui sera naturalisé allemand, a épousé une fille illégitime de Richard et Cosima, Eva.

Ce ne serait qu’un secret d’alcôve, si l’on peut dire, de la petite histoire. Mais la chose se complique car l’écrivain en question va jouer un rôle capital dans la construction des idées racistes qui ont sous-tendu l’idéologie du régime nazi. On peut penser que l’inclusion de cette seule et unique lettre à la fin de cet ouvrage n’est peut-être pas que le fruit du hasard.
Ce point étant établi, et il est difficile de faire autrement, l’essentiel de l’ouvrage nous parle du travail à Bayreuth. Le ténor belge a été choisi car il a eu une carrière significative dans ce théâtre, mais il y a fort à parier que n’importe quel chanteur d’importance a dû traverser les mêmes souffrances à vouloir se produire sur la Colline sacrée. Sont exposées ici, d’année en année, toutes les participations d’Ernest van Dyck au festival, et ce avec un souci du détail qui laisse sans voix (pardon !). Il nous est ainsi montré combien Cosima, qui s’est alors érigée en gardienne du graal wagnérien (et de la fortune qui va avec), s’arcboute malgré les temps qui passent sur des visions muséales de l’œuvre de son mari et combien les chanteurs et chefs d’orchestre les plus prestigieux baissent la garde devant elle afin de pouvoir être invités à participer au plus prestigieux festival lyrique du monde. Cosima allait jusqu’à régenter leur carrière afin qu’ils ne se perdent pas, et leur voix avec, dans les œuvres de peu d’intérêts. Très exigeante au niveau de la prononciation de l’Allemand, elle leur imposait un régime de répétitions et d’auditions dont aucun chanteur aujourd’hui n’accepterait l’idée même. Il a fallu tous le talent, et pas seulement de chanteur, de ce ténor pour venir à bout, ou à peu près, des desideratas abusifs de Cosima Wagner.
Aussi belle artistiquement soit-elle, l’histoire de Bayreuth ne cachera jamais les engagements politiques qu’elle sous-tendait. Plus d’un siècle après la création de ce festival, les attitudes changent et une toute récente exposition tend à renouer avec la vérité, aussi dure soit-elle.

Robert Pénavayre

 

infos
 
 

« Ernest van Dyck, un ténor à Bayreuth » par Malou Haine – Editions Symétrie – 266 pages – 35 €

 

 

copyright © 2007
www.classictoulouse.com
- tous droits réservés -
infos légales

 

 

 

entretiens - festivals - concerts - danse - opéra - disques - dvd - partenaires - contacts - liens - index