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Festivals/ Toulouse les Orgues 2014 - Requiem de Fauré - 4 octobre 2014
 
COUP DE CŒUR

CRITIQUE

Une berceuse de la mort

Bien avant le début du concert, une foule serrée et fervente a pacifiquement envahi la nef et les bas-côtés de la basilique Saint-Sernin. Le Requiem de Gabriel Fauré et l’affiche de ses interprètes avaient attiré tous les amateurs d’orgue et de chœur de la Ville rose pour cette soirée du 4 octobre du Festival Toulouse les Orgues consacrée à la musique française du début du XXème siècle. La promesse d’un succès qui n’a pas manqué de se manifester.

La première partie du concert est entièrement occupée par le grand orgue Cavaillé-Coll de la basilique. Les deux frères Bestion de Camboulas, Louis-Noël et Gabriel, d’abord séparément puis associés à quatre mains rendent hommage à trois compositeurs emblématiques de cette même période.



Le grand orgue Cavaillé-Coll de la basilique Saint-Sernin
- Photo Classictoulouse -

Louis-Noël Bestion de Camboulas, Premier prix du concours d’orgue 2013 de Toulouse aborde ce répertoire avec la transcription pour orgue opérée par Louis Robillard en 1939 de la célèbre suite de Gabriel Fauré Pelléas et Mélisande. Un choix judicieux des registrations confère poésie et finesse à cette évocation subtile du drame de Maeterlinck. L’imitation des rouets de Fileuse, le doux balancement de la Sicilienne précèdent l’émouvante Mort de Mélisande ponctuée par le glas douloureux évoqué par l’orgue.
Louis Vierne, qui consacra sa vie à l’instrument-roi, est présent sous les doigts de Gabriel Bestion de Camboulas par l’Adagio de sa Symphonie n° 3, tout de recueillement et de méditation, puis par le Final de sa Symphonie n° 2, d’un héroïsme conquérant.
Enfin, les deux frères conjuguent leurs talents dans leur propre transcription de trois extraits de la suite Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel. De la Pavane pour la Belle au bois dormant au Jardin féérique en passant par l’ironique Laideronette Impératrice des Pagodes, les quatre mains (et les quatre pieds) des deux musiciens explorent ce monde de poésie avec une belle vision chambriste, toute de retenue et de poésie.



Les trois choeurs et les interprètes du Requiem de Fauré, sous la direction
de Jean-Marc Andrieu - Photo Classictoulouse -

Trois chœurs toulousains, le grand orgue et l’orgue de chœur de la basilique, tous placés sous la direction de Jean-Marc Andrieu officient dans le divin Requiem de Fauré. Le compositeur lui-même donne les clés de son interprétation : «  Mon Requiem, on a dit qu’il n’exprimait pas l’effroi de la mort, quelqu’un l’a appelé une berceuse de la mort. Mais c’est ainsi que je sens la mort : comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d’au-delà, plutôt que comme un passage douloureux… » Nous voici bien loin des éclats terrifiants de Berlioz ou de Verdi. Et c’est bien ainsi que les interprètes de la soirée conçoivent cette œuvre. La réunion du chœur « Archipels » (l’atelier vocal des éléments), de l’Ensemble vocal « A contretemps » et de l’Ensemble vocal « Unité », plus de cent choristes, pouvait donner lieu à un déchaînement sonore impressionnant mais un peu hors de propos. Il n’en est rien. Le recueillement, l’apaisement souriant, le sens des nuances, une dynamique faite de ferveur et de piété caractérisent l’interprétation menée de main de maître par Jean-Marc Andrieu. La partition orchestrale est ici jouée dans une transcription adaptée par les deux organistes pour le grand Cavaillé-Coll et l’instrument de chœur, prévu quant à lui par Fauré. La fusion fonctionne à merveille. L’homogénéité des voix, le synchronisme, particulièrement difficile du fait de l’invraisemblable distance qui sépare les deux orgues, s’avèrent parfaitement réalisés, de même que le dosage sonore voix-instruments. L’émotion reste présente et palpable tout au long de cette belle exécution. Ainsi lorsqu’éclate le Hosanna, la gorge se serre. Un grand bravo au baryton solo Julien Véronèse qui fait notamment du Hostias un sommet d’intensité contenue : timbre somptueux, projection impériale, legato exemplaire, voici à l’évidence un talent à suivre.
Et puis quelle idée formidable que de faire chanter le Pie Jesu par trois sopranos de la Maîtrise du Conservatoire de Toulouse juchées tout en haut de la nef, à la tribune du grand orgue. La voix des anges !
Le grand succès recueilli auprès de l’auditoire entraîne une nouvelle exécution du Pie Jesu, du Libera me et du In Paradisum avec son arpège cyclique d’une innocence angélique. Un vrai bonheur !

Serge Chauzy
Article mis en ligne le 5 octobre 2014

 

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