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Festivals/ Passe ton Bach d'abord 2013 - 07, 08 et 09/06/2013
     

CRITIQUE

Bach sans modération…

C’est reparti pour un nouvel épisode de folie musicale ! Pour la sixième fois, toute la Ville rose a vibré, l’espace d’un week-end prolongé, aux rythmes, aux thèmes, à l’énergie qui nourrissent la musique du grand Johann Sebastian Bach. L’Ensemble Baroque de Toulouse et son directeur musical, Michel Brun, mais aussi une foule de bénévoles motivés, ont canalisé la foule des mélomanes avertis comme celle des mélomanes qui s’ignorent. Passe ton Bach d’abord a creusé son sillon. Le festival un peu fou qui consiste à organiser chaque année au cœur du printemps une centaine de mini-concerts (mini par la durée, certes pas par la qualité !) en deux jours s’est installé dans le riche paysage musical de Toulouse.

Même sous la pluie de ce printemps automnal, les témoins de cette manifestation ont pu assister ou participer à cette transhumance pacifique et conviviale des curieux de Bach, se précipitant d’un lieu à l’autre pour y goûter une proposition nouvelle d’accommodation de l’œuvre du compositeur. Baptisée « Le Voyage immobile ? », cette édition de Passe ton Bach a réuni des artistes de tous horizons et de toute sensibilité possédant en commun cet amour d’une musique à la fois savante et évidente, et qui résiste à tous les traitements.


L'Ensemble Baroque de Toulouse, dirigé par Michel Brun, lors de l'introduction de
Passe ton Bach d'abord 2013, le samedi 8 juin - Photo Classictoulouse -

Concert d'ouverture en forme de synthèse

Il est difficile, voire impossible, de résumer en quelques lignes les nombreux événements du week-end. Le concert d’ouverture du festival, le vendredi soir 7 juin en la cathédrale Saint-Etienne, synthétisait à lui seul l’esprit de cette édition consacrée aux diverses inspirations qui ont guidé Bach et ont nourri ses compositions. Lui qui n’a jamais quitté les quelques provinces allemandes où il a exercé son « ministère » a su voyager par l’esprit. C’est cette faculté étonnante qui fournit la composition du programme de ce concert d’ouverture.
Signée de Bach lui-même, la fameuse Suite en si mineur pour flûte obligée et orchestre ouvre la soirée sur cette succession de danses empruntées en grande partie à la musique française. A commencer par l’ouverture, précisément qualifiée de « Ouverture à la française ». Les danses qui se succèdent, elles aussi bien françaises, ont pour nom Rondeau, Sarabande, Bourrée, Polonaise, Menuet… pour s’achever sur cette Badinerie, si connue et si souvent entendue dans les circonstances les plus diverses. Michel Brun, au traverso, cette belle flûte baroque en bois, place sa virtuosité, le velouté de sa sonorité, son sens des phrasés au service de cette partition fondamentale.
Puis c’est au tour de Laurent Le Chenadec, grand lutin de la musique baroque, de briller dans la partie soliste du plus riche des concertos pour basson parmi la quarantaine que Vivaldi a laissés à la postérité, le mi mineur, une pièce pleine de fantaisie qui pourrait avoir inspiré Bach. Le soliste y organise une sorte d’opéra instrumental plein de surprises, d’échanges avec les instruments à cordes, dont un épatant duo avec le violoncelle solo. Plein d’une vitalité virtuose impressionnante, bénéficiant d’une sonorité richement boisée, son jeu et ses ornementations imaginatives animent les trois volets du concerto de la plus réjouissante manière.


Michel Brun, l'Ensemble Baroque de Toulouse et, à droite, les chanteurs solistes du
Stabat Mater de Pergolesi : Damien Guillon et Camille Poul -Photo Monique Boutolleau -

Le « divin poème des douleurs », comme le qualifia Bellini, occupe toute la seconde partie du concert. Ce sublime Stabat Mater, de Giovanni Battista Pergolesi, réunit ce soir-là les voix idéales de la soprano Camille Poul et du contre-ténor Damien Guillon. Cette association de deux timbres parfaitement complémentaires ajoute encore à l’émotion que suscite l’œuvre. La clarté lumineuse de l’émission vocale de Camille Poul, la rondeur veloutée de celle de Damien Guillon, rappelant irrésistiblement celle du plus illustre de ses prédécesseurs, Alfred Deller, se mêlent, se fondent, s’enroulent de la plus sensuelle manière. Comment ne pas fondre de plaisir à l’écoute de ces mélismes de dissonances temporairement résolues et que l’écriture de Pergolesi exacerbe comme pour rendre la douleur plus supportable. De la souffrance initiale jusqu’à la joie retrouvée de l’Amen final, l’auditeur reste en état d’apesanteur. Un état qui devient enthousiasme à l’heure des saluts. Au point de nécessiter un bis de l’introduction, Stabat Mater dolorosa. On comprend que Bach ait repris quelques thèmes de cette œuvre dans sa Cantate BWV 1083 « Tilge, Höchster, meine Sünden ».


Les Chanteurs du Choeur Participatif espagnol, chef de choeur Pau Jorquera
- Photo Classictoulouse -

Les choix difficiles

Le cœur du festival a vu fleurir l’imagination des musiciens. Parmi les offres alléchantes, le choix était parfois cornélien. L’Ensemble Baroque de Toulouse a couvert tout le champ (tout le chant !) des possibles, depuis la Messe brève en sol mineur, de J. S. Bach, jusqu’à cette suite imaginaire constituée d’extraits des Suites Françaises signées Jean-Baptiste Lully, Marin Marais et un certain Bernard Aymable Dupuy. Ses musiciens, à titre individuel, ne se sont pas plus économisés ! Ainsi en est-il du violoniste Christophe Geiller qui établit un pont historique et profondément musical entre la Passacaille en sol mineur qui referme l’étonnante suite des Sonates du Rosaire de Franz von Biber et l’illustrissime Chaconne qui conclut en apothéose la Deuxième Partita pour violon seul, de Bach. Un grand moment d’émotion !
Saluons la belle création XVIII-21 Le Baroque Nomade, de Jean-Christophe Frisch, mêlant les influences ottomanes, l’exotisme oriental à la musique de la dynastie des Bach. Le succès de cette proposition originale a été énorme.
Le Chœur Participatif venu de Catalogne, dirigé par Pau Jorquera, a investi le temple du Salin dans un programme de motets mêlant Johann Sebastian Bach et son fils Johann Christian avec des œuvres de compositeurs catalans. Il s’agit là du projet bien nommé « Bach Zum Mitsingen » (Bach à chanter ensemble). L’austérité généreuse d’un chant maîtrisé.


L'Ensemble Baroque de Toulouse pendant la répétition de la Cantate BWV 147
- Photo Classictoulouse -

La cantate du mois

On sait avec quelle passion Michel Brun et ses musiciens mènent leur projet d’exécution de la totalité des cantates de Bach. Pour conclure en beauté cette sixième édition du festival, la cantate BWV 147 « Herz und Mund und Tat und Leben » plus connue comme « Jésus que ma Joie demeure… » a été judicieusement choisie. La séance de répétition ainsi que son exécution se sont déroulées dans une belle éclaircie de fin d’après-midi de ce dimanche 9 juin, si cruellement pluvieux par ailleurs, en la cathédrale Saint-Etienne, pleine d’un public curieux et fervent ! Ce fut l’occasion de découvrir le nouveau premier violon solo de l’Ensemble Baroque de Toulouse, Nicolas Mazzoleni, particulièrement actif dans le commentaire de l’aria de soprano, de retrouver la brillante trompette de Serge Tizac, dans le chœur introductif, ainsi que le hautbois d’amour de Xavier Miquel accompagnant l’aria d’alto. Lorena Garcia, soprano, Marc Pontus, alto, François Rougier, ténor et Guy Zanesi, basse ont ardemment contribué à la réussite de cette séance exceptionnelle.
La conclusion musicale a galvanisé le public autant que les artistes dans le choral final, en fait connu de tous, repris d’ailleurs deux fois par tous les chœurs participant au festival et par l’assistance, stimulée par tant de ferveur.
Le bonheur convivial, la joie du partage musical restent les atouts principaux de cette manifestation exceptionnelle dont on attend avec confiance la septième édition.

Serge Chauzy
Article mis en ligne le 11 juin 2013

 

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