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Festivals/ Passe ton Bach d'abord 2012 - 8, 9 et 10/06/2012
     

CRITIQUE

Bach encore et toujours

Pour sa cinquième édition, le festival « Passe ton Bach d’abord » est devenu le rendez-vous convivial et enthousiaste d’une population avide de contacts différents avec la musique. Après le mémorable concert du Monteverdi Choir du 8 juin, luxueux prélude aux événements du week-end, la manifestation d’ouverture offerte par l’Ensemble Baroque de Toulouse et son directeur Michel Brun se déroulait cette fois sur le port de la Daurade. Ce 9 juin à 15 h, deux extraits de suites de danse (dont la si mineur avec flûte solo, et avec la participation du Chœur Baroque) de Johann Sebastian Bach donnaient le la de départ de ces deux jours de folie. Avec encore et toujours la consigne répétée par Michel Brun : « Soyez à l’heure ! »


L'Ensemble Baroque de Toulouse, dirigé par Michel Brun à la flûte, lors de l'ouverture de Passe ton Bach d'abord 2012 - Photo Classictoulouse -

Rappelons que l’organisation de la centaine de manifestations que compte le festival est basée sur la présentation, chaque heure tapante, de plusieurs événements (de deux à six en parallèle) d’une demi-heure chacun. La demi-heure suivante est alors consacrée à la transhumance, paisible ou fébrile, d’un public en quête de musique vers un autre lieu, un autre style, une autre destination.
Le thème choisi cette année pour fêter le père de la musique occidentale est résumé par son titre explicite « Bach, éloge de la danse ». Comme l’indique très justement Michel Brun : « Chez Bach la danse est présente partout. Sarabande, menuet ou gigue, la danse est au cœur de la musique baroque. Bach, en bon musicien de son temps, les utilise lui aussi dans ses nombreuses partitas, suites et ouvertures. Mais la danse irrigue en réalité la presque totalité de son œuvre, y compris là où on l’attend le moins, dans sa musique religieuse par exemple. Ne fait-il pas entendre un petit pas de bourrée pour illustrer les vaines séductions du monde terrestre ? »
Parmi les présentations nouvelles autour de Bach, mises en œuvre par les imaginations les plus débridées, il faut souligner les interventions astucieuses et séduisantes des flûtes de l’ensemble Banda de pifanos, d’inspiration profondément brésilienne, les rencontres inattendues entre le tango et Bach, conçues par Otro Tango mais aussi par le couple Endorfina. L’accordéon, associé à la batterie, a mené la danse avec Iztanbal, alors que le jazz s’est logiquement inséré dans la célébration avec les improvisations de Dans Sebastian, mais aussi du grand pianiste de jazz Edouard Ferlet. Théâtre, ateliers de danse baroque, événements destinés aux petits, comme Bach à sable, tout concourrait à rassembler tous les publics autour du nom fétiche.


Quatre musiciens de l'Ensemble Baroque de Toulouse, dont Michel Brun à la flûte, jouent le 6ème Quatuor Parisien de G. Ph. Telemann - Photo Classictoulouse -

Dans la multitude de mini-concerts baroques organisés dans les lieux les plus précieux, de la chapelle de l’Hôtel Dieu au musée des Augustins, en passant par la merveilleuse chapelle des Carmélites, on distingue évidemment ceux qu’anime l’Ensemble Baroque de Toulouse. Ainsi, la petite formation, violon, violoncelle, clavecin réunie autour de la flûte de Michel Brun donnait une belle version du 6ème des Quatuors Parisiens composés par Georg Philipp Telemann. Celui qui fut l’ami proche de Johann Sebastian a produit une œuvre immense dans laquelle la danse occupe également une place de choix comme le démontre ce quatuor brillamment interprété par nos ardents musiciens toulousains. Autre moment de choix, le jeu profond et dynamique de Michel Bouvard à l’orgue Ahrend du Musée des Augustins, associé à la danseuse et chorégraphe Marcela San Pedro. De Dietrich Buxtehude, le maître admiré de Bach, une Passacaille, un Choral et une Fugue donnent la mesure d’un génie universel. Le retour à Bach, avec le Choral en fa mineur et la somptueuse Toccata et Fugue en fa majeur, enflamme toute la nef.
Et puis, il y eut la belle prestation de la violoncelliste Ophélie Gaillard, à l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines. Ses interprétations des suites pour violoncelle seul de Bach sont devenues des références. La suite n° 3 qu’elle joue en ouverture constitue probablement le meilleur exemple de danse en musique baroque. Ses phrasés imaginatifs, sa sonorité profonde habitent l’œuvre et lui confèrent une vitalité, une énergie intérieure qui irradient tous ses mouvements, vifs ou lents.


La violoncelliste Ophélie Gaillard joue une Suite pour violoncelle seul de Bach
- Photo Classictoulouse -

Paradoxe de ce festival hors norme, alors que la musique la plus élaborée, la plus profonde qui soit s’échappe du violoncelle d’Ophélie Gaillard, sur la place Saint-Pierre, à l’extérieur de l’auditorium, se déroule la retransmission sur écran géant de la finale de rugby qui oppose Toulon à Toulouse. La bière coule à flots et des hurlements déchaînés ponctuent chaque action. Pourtant, grâce à la parfaite isolation phonique de la salle, rien de cette agitation ne vient perturber l’écoute attentive d’un public recueilli.
Saluons donc une fois de plus l’imagination qui a conduit à l’éclosion de ce festival. Outre les beautés musicales que génèrent ces multiples événements, la convivialité la plus naturelle réunit tous les spectateurs qui ne se privent pas de communiquer, aussi bien avec les musiciens qu’entre eux dans les longues files d’attentes. La preuve en est fournie par la dernière manifestation du dimanche soir. La traditionnelle exécution de la cantate du mois, précédée de sa répétition publique, entraîne la foule de tous les publics présents dans le chant collectif du choral final. Une version réduite de la cantate BWV 75, jouée et chantée en la cathédrale Saint-Etienne, met donc un terme joyeux à cette 5ème édition de Passe ton Bach d’abord auquel on souhaite longue vie.

Serge Chauzy

 

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