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Festivals/ Radio-France et Montpellier Languedoc-Roussillon 2010
Les Hauts de Hurlevent - B. Herrmann - 14/07/2010
     

CRITIQUE

Comme le vent sur la lande

Après avoir réhabilité Grétry et son Andromaque, René Koering décidait d’enrichir l’édition 2010 de son festival de Radio-France et Montpellier Languedoc-Roussillon d’un ouvrage encore plus oublié, et nettement plus inattendu, l’unique opéra de Bernard Herrmann « Wuthering Heights », autrement dit, « Les Hauts de Hurlevent », d’après le célèbre roman, unique lui aussi, d’Emily Brontë.

Bernard Herrmann est certainement plus connu des cinéphiles que des lyricomanes. Son nom reste indissolublement lié à Alfred Hitchcock dont il écrivit la plupart des musiques de film, lesquelles jouent un rôle fondamental dans l’atmosphère de tous ces chefs-d’œuvre. Néanmoins, le musicien new-yorkais est l’auteur de quelques partitions de concert, rarement données il est vrai, tant sa renommée de créateur de musique de film obère tout le reste. « Wuthering Hights » n’a été joué que deux fois, dont une exécution de concert en 1966 sous la direction du compositeur lui-même. La seule version scénique jamais donnée l’a été en 1982, après la disparition de Herrmann.


De gauche à droite : Nicolas Cavallier (Mr Lockwood), Jérôme Varnier (Joseph),
Yves Saelens (Linton), Vincent Le Texier (Hindley), Boaz Daniel (Heathcliff), Marianne Crebassa (Isabelle), Anna Schaer (Nelly) et Laura Aikin (Cathy) @ Luc Jennepin

C’est aussi dans sa version de concert que l’œuvre vient d’être exécutée, le 14 juillet dernier, à l’opéra Berlioz/Le Corum de Montpellier. Lucille Fletcher, l’auteur du livret, a su sélectionner les scènes stratégiques du roman et en conserver la saveur mystérieuse. Un prologue et quatre actes structurent les trois heures de musique qui constituent la partition.
La musique de Bernard Herrmann, certes décalée par rapport aux écoles d’avant-garde de son temps, mais qu’importe, joue sur la lumière et l’ombre. L’ombre surtout qui envahit la lande sous le vent, creuset essentiel de tout l’ouvrage dont l’atmosphère vénéneuse est admirablement entretenue. Toute la partition scintille d’une étrange et ardente langueur. La passion retenue, toujours présente, anime les dialogues que l’orchestre traite comme une conversation musicale. On ne peut échapper aux obsessions hitchcockiennes, surtout celles du génial « Vertigo » où l’esprit se perd parfois. L’orchestration admirable donne de la couleur à ces ombres inquiétantes qui dominent. Si les récitatifs sont rares, il est aisé de reconnaître ici ou là un air, un arioso, un duo, au sens opératique traditionnel. Ainsi le premier duo entre Cathy et Heathcliff, évoquant la nature sauvage de la lande qui entoure le domaine, possède un charme fascinant. Il en est de même de l’appel de Cathy après le départ d’Heathcliff « Heathcliff come back… »


Le chef d'orchestre Alain Altinoglu,
maître d'oeuvre de cette
résurrection @ Luc Jennepin
 

Tous les chanteurs remplissent admirablement leur rôle aussi bien sur le plan vocal que sur celui de l’incarnation, toujours difficile à réaliser dans une version de concert. Emouvante Cathy, à la fois ardente et intensément lyrique de la soprano américaine Laura Aikin, impressionnant et implacable Heathcliff du baryton israélien Boaz Daniel, incarnation saisissante du bestial Hindley par le baryton Vincent Le Texier, interventions très raffinées du ténor Yves Saelens (admirable de phrasé et de couleur) dans le rôle de Linton. Jérôme Varnier est un solide Joseph, Hanna Schaer une émouvante Nelly, la servante fidèle. La très belle voix de mezzo-soprano ample et riche de la Montpelliéraine Marianne Crebassa (Isabelle, qui en outre s’accompagne elle-même au piano !) fait grande impression ainsi que celle du baryton Nicolas Cavallier, dans sa trop courte intervention comme Mr Lockwood.

Il faut enfin souligner la direction précise, expressive et contrastée d’Alain Altinoglu qui mène l’Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon et le groupe vocal Opéra Junior avec une belle fougue parfaitement maîtrisée. Dans la merveilleuse acoustique du Corum, son orchestre sonne avec couleurs et plénitude. Après ses prestations toulousaines dans un répertoire presque aussi rare, voici qui confirme les grandes qualités de ce chef en ascension fulgurante.

Serge Chauzy

 

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http://www.festivalradio
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