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Festivals/ Chorégies d'Orange 2009 - La Traviata - 11/07/2009
     

CRITIQUE

Myung-Whun Chung, maître d’œuvre d’un triomphe

L’engouement du public pour les amours de la belle Marguerite Gautier dans la version proposée par Giuseppe Verdi ne se dément pas, quelques 150 ans après sa création. En l’affichant en ouverture de son festival, Raymond Duffaut sait qu’il fait plaisir à 18000 personnes a minima (les deux représentations affichent presque complet). Sans compter les millions d’autres qui verront ce spectacle, en direct, sur France 2 le 15 juillet.

Si les spectacles dits « grand public » sont souvent de qualité moyenne, ce n’est jamais le cas aux Chorégies, un festival dans lequel les distributions peuvent se comparer avantageusement à celles des plus grandes maisons d’opéra et ce jusque dans les plus petits rôles.
Cette Traviata nous en administre une nouvelle preuve.


Vittorio Grigolo (Alfredo) et Patrizia Ciofi (Violetta) (Crédit photo : Chorégies d’Orange)

Après sa triomphale Lucia de 2006 in loco, revoici la soprano italienne Patrizia Ciofi. Sommet de virtuosité, d’élégance, de musicalité, d’engagement dramatique, cette interprète, au timbre lumineux et à l’émission d’une parfaite rondeur, est une Violetta de rêve. Bien sûr, une salle plus « intime » nous permettrait de saisir dans toute sa plénitude cette interprétation d’une maîtrise bel cantiste absolue, mais tout de même, quel bonheur !
A vrai dire, tout le monde attendait de retrouver, après son Requiem de Verdi 2008 ici même, le jeune (32 ans) ténor romain Vittorio Grigolo. Auréolé d’un beau prestige dans lequel se conjuguent figure de pop star et ténor de charme, Vittorio Grigolo aborde Alfredo avec une authentique franchise de ton. Le timbre est incontestablement solaire dans sa densité et lumineux dans son éclat, la ligne de chant est pure, soutenue par un contrôle du souffle parfaitement maîtrisé, l’ambitus est large, même si l’artiste laisse parfois sans trop d’appui certaines notes graves en fin de phrase, l’aigu est triomphant et le cantabile souverain. Que demander de plus, d’autant que ce ténor sait aussi faire preuve d’une belle musicalité dans des demi-teintes parfaitement timbrées. Le comédien est habile et joue, sans trop toutefois, d’un physique plutôt avantageux. Finalement, Vittorio Grigolo possède l’ensemble des atouts pouvant lui assurer une belle carrière. En le présentant à un large public, Raymond Duffaut faisait un pari, mesuré tout de même, qui s’est révélé gagnant.
Le baryton italien Marzio Giossi pâtit sérieusement d’un  pareil entourage. Son timbre, aux couleurs et à la densité incertaines, gâche un peu l’application stylistique dont cet interprète fait preuve.
Superbes seconds rôles, et en particulier Stanislas de Barbeyrac (Gastone), Armando Noguera (d’Obigny) et Nicolas Courjal (Grenvil).
A la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, dont il est le directeur, et d’un ensemble de chœurs régionaux, le maître coréen Myung-Whun Chung déploie ici toute sa science lyrique. Main de fer dans un gant de velours, il dirige tout son monde avec souplesse et autorité. Attentif aux moindres inflexions vocales, il impose une vision d’une extrême tension dramatique.

La tragédie de la lucidité

Dans une remarquable note d’intention, le metteur en scène Frédéric Bélier-Garcia établi un parallèle entre cette Traviata et le ressac de la vie qui va et  revient telle une vague. Il nous dit aussi combien Violetta est lucide sur son destin et pourtant, courageux petit guerrier, elle se bat pour vivre ses derniers jours comme s’ils devaient durer l’éternité. Tout cela a du sens bien sûr, et se retrouve, malgré un 3ème acte un peu brouillon, dans une mise en scène en apparence classique et pourtant, sur bien des points, d’une violente cruauté.
Un véritable triomphe attendait tous les artisans de ce spectacle perpétuant le prestige du plus ancien festival français.

Robert Pénavayre

Dans le cadre d’un jumelage signé il y a trois ans entre le Festival de Baalbek (Liban) et les Chorégies d’Orange, cette même Traviata sera donnée devant le Temple de Bacchus le 13 août 2009. Deux artistes feront leur apparition dans cette production, le maestro italien Paolo Arrivabeni et la soprano albanaise Ermonela Jaho (Violetta).


 

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Dernière représentation :
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