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Festivals/ Bayreuth 2008 - Tristan und Isolde - 14/08/08
     

CRITIQUE

Tristan envers et contre tout

Reprise pour la quatrième année, la production de Tristan und Isolde à Bayreuth est confiée au metteur en scène Christoph Marthaler et au chef d’orchestre Peter Schneider. Etonnamment, les caractéristiques scéniques et musicales de ces représentations semblent se tourner le dos. La vision théâtrale de Marthaler obéit à une volonté délibérée de démythifier le drame lyrique wagnérien, alors que le chef allemand souligne le lyrisme et la passion qui animent l’œuvre.

Il apparaît évident que le metteur en scène suisse souffre d’agoraphobie. Toutes les ambiances qu’il conçoit pour ses réalisations sont des lieux fermés, quelles que soient les indications du livret, et sa préférence (ou celle de sa scénographe Anna Viebrock) va au style architectural vieillot d’une RDA des années cinquante.


Acte I de "Tristan und Isolde" : Robert Dean Smith (Tristan), Michelle Breedt (Brangäne) et Jukka Rasilainen (Kurwenal) - © Bayreuther Festspiele GmbH : Enrico Nawrath

Ainsi, même si l’on doit lui reconnaître un talent certain pour la direction d’acteurs, Marthaler applique systématiquement sa grille de lecture à toutes ses productions. Un nouvel académisme est né ! Appliquée à Tristan et Isolde, cette vision tristounette entraîne un gigantesque hiatus entre ce que voit le spectateur et ce qu’il entend. Le premier acte se déroule dans un bar supposé appartenir à un grand bateau de croisière délabré (tapisserie décollée, triste décoration marronnasse) dans lequel Isolde passe sa colère sur les sièges qu’elle renverse et que relève consciencieusement Brangäne. Une colère qui ressemble d’ailleurs davantage à un caprice bourgeois qu’aux imprécations d’une princesse d’Irlande. Le deuxième acte, supposé se dérouler dans les jardins où bruissent les sources et le vent dans les arbres (écoutons la musique et lisons le livret !), est situé dans un hall d’immeuble avec ascenseur dans lequel Isolde, bobonne en tailleur jaune poussin, n’a qu’une obsession, actionner, de son doigt ganté de blanc, les interrupteurs électriques afin d’éteindre la lumière aveuglante et blafarde. Bonjour la poésie !
Enfin, le troisième, celui de l’agonie de Tristan sur la terrasse supérieure de son château, occupe le sous-sol des étages précédents, d'ailleurs toujours visibles. Tristan, sur un lit d’hôpital à commande électrique – pratique – reçoit des visites d’inconnus, outre celle de Kurwenal qui tourne obsessionnellement autour de ce lit. Et que penser de l’arrivée nonchalante d’Isolde, les mains dans les poches de son imperméable gris perle ?
N’était la musique et le livret, tout ceci pourrait fonctionner avec cohérence, car la direction d’acteurs est efficace. Mais vraiment, pourquoi Wagner n’a-t-il pas écrit une autre partition ?...
Alors, on se prend à fermer les yeux. Et ce que l’on entend réjouit le cœur et l’esprit. Peter Schneider semble avoir trouvé là l’œuvre qui motive sa direction. Dès le prélude, la passion brûle, enflamme tous les pupitres d’un orchestre somptueux. Dramatique, coloré, poétique en diable le commentaire orchestral construit un écrin luxueux au chant.
Ce chant est ici dominé par la composition stupéfiante du ténor Robert Dean Smith dans le rôle de Tristan. D’une absolue beauté vocale, son timbre homogène, pas très puissant mais tellement riche et expressif, ne s’altère jamais. Et ceci jusqu’aux dernières notes de sa bouleversante agonie qui tire les larmes. Sa musicalité agit comme un baume…
Voix puissante, mais pas toujours contrôlée dans le registre aigu, Iréne Theorin donne de la consistance au personnage d’Isolde qu’elle défend scéniquement avec honnêteté dans l’optique du metteur en scène. Michelle Breedt chante admirablement, d’une voix ferme et riche le difficile rôle de Brangäne, alors que Kurwenal bénéficie de l’impressionnant volume vocal, pas toujours bien maîtrisé, de Jukka Rasilainen. Robert Holl est un roi Marke de grande classe, digne, énergique et si bien chanté. On ne peut enfin que féliciter tous les « petits » rôles de la production, du matelot de Clemens Biber au Melot de Ralf Lukas.
On l’aura compris, une réussite en demi-teinte…

Serge Chauzy

 

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Informations détaillées sur le site :

www.bayreuther-festspiele.
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