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Entretien avec Mauricio Wainrot - Ballet du Capitole - "La Tempête "
(11 au 15/05/2012)
     
     

Rencontre argentino-anglaise pour une Tempête

Mauricio Wainrot, chorégraphe argentin , directeur du Ballet Contemporain de Buenos Aires, habitué de la Compagnie, puisqu’il s’agit du troisième ballet qu’il monte à Toulouse, après Estación de Buenos Aires et Le Sacre du Printemps, nous a donné sa vision de la pièce du dramaturge anglais.

Classic Toulouse  : Comment et pourquoi choisit-on une œuvre d’un écrivain aussi emblématique que Shakespeare ?

Mauricio Wainrot : J’ai toujours aimé le théâtre, j’ai d’ailleurs fait des études de théâtre avant d’être chorégraphe, et bien sûr Shakespeare est l’un des auteurs que tous les passionnés de cet art connaissent parfaitement. La Tempête me touche particulièrement car il y a beaucoup de choses en commun entre cette histoire et l’histoire de mon pays, l’Argentine. Prospero, dont je me sens très proche, un peu magicien comme lui, est un homme qui aime l’art et se soucie assez peu du pouvoir. C’est une histoire de pouvoir, de trahison, d’exil, mais qui culmine en une chose qui dépasse tout ceci : le pardon. Vous voyez, je pense, la relation avec l’histoire contemporaine de l’Argentine.


Le chorégraphe argentin
Mauricio Wainrot
O

 : Effectivement, le duc est jeté à l’eau par son frère, il est difficile de ne pas penser aux « desaparecidos » précipités dans les flots par « leurs frères ». On y retrouve également la violence, l’abus de pouvoir, la soif de vengeance…

M.W
. : N’est-ce pas ? Mais s’il est vrai que Prospéro cherche à se venger et provoque pour cela une tempête qui doit mettre à sa merci son frère, Antonio et sa Cour, c’est finalement le pardon qui l’emportera, et cela grâce à l’amour. C’est en voyant l’amour pur et juvénile qui unit sa fille Miranda et Ferdinando, fils du roi de Naples, autre ennemi de Prospero, que celui-ci va comprendre l’ineptie de la vengeance et de la haine. Mon expérience personnelle m’a appris cette vérité. Pardonner nous soulage et nous délivre.

 : Comment peut-on traduire en danse une œuvre comme celle-ci ?

M.W
. : Il est toujours assez difficile de passer d’une œuvre littéraire à une œuvre chorégraphique. Il s’agit ici d’un texte poétique. Comment rendre un texte ? A travers le mouvement et la gestuelle. C’est le seul vocabulaire qui me permet de m’exprimer. A travers la grammaire classique bien sûr, mais également celle plus contemporaine. Cela peut sembler hétérogène, mais je crois que ce « double-langage », si je peux dire, sert ma vision de la pièce. Je demande aux danseurs de la technique, de la virtuosité parfois, mais aussi un vrai sens dramatique. Ils doivent danser et jouer à la fois.

 : Vous avez choisi Philippe Glass pour la musique …

M.W
. C’est un compositeur que j’aime beaucoup, et à la musique duquel je fais souvent appel pour mes ballets. Je le trouve très théâtral, avec un vrai sens dramatique, ce qui convient parfaitement à cette chorégraphie.

 : Les costumes et le décor sont signés de Carlos Gallardo (tragiquement disparu,  ndlr)

W.R.
 : Nous avons fait ensemble plus de quarante ballets, il restera pour moi le compagnon de toute une vie. Il a toujours su exactement rendre ce que je souhaitais. Nous avons accompli ensemble pendant plus de trente ans un travail considérable.

 : Vous avez déjà travaillé avec le Ballet du Capitole. Que pensez-vous de cette Compagnie ?

M.W :
Effectivement, Nanette Glushak m’a invité à plusieurs reprises. Mais je ne peux pas dire que chaque fois que je viens je suis en terrain connu, car en règle générale, je ne retrouve pas tous les danseurs avec lesquels j’ai déjà travaillé. La danse est ainsi, toujours en mouvement ! Ceci dit, Nanette a accompli un travail remarquable. Les danseurs ont un très bon niveau, accèdent rapidement à ce que je leur demande. Que peut demander de plus un chorégraphe ! Ce qui est très représentatif de cette troupe, c’est que l’on parle mille et une langues en y travaillant : anglais, français, italien, espagnol…. Ce qui une fois de plus n’est pas sans rappeler l’Argentine, véritable melting pot où se sont côtoyées de si nombreuses nationalités.

 : Vous reparlez à nouveau de l’Argentine…


M.W.
 : Oui, car c’est un pays qui connaît toujours la haine, les divisions, une soif inextinguible de pouvoir qui domine tout et à laquelle aucun pouvoir n’échappe. Verrons-nous enfin arriver un Prospero ? Nous l’espérons tous.

 : La Tempête nous en donne l’espoir. Merci et bon vent, sans bourrasque, pour ce spectacle.

Propos recueillis par Annie Rodriguez

 

infos
 
Dates et lieux des
représentations de
"La Tempête" :

Halle aux Grains – 11, 12, 15 mai 20 h / 12 et 13 mai 15 h

Réservations
www.theatre-du-capitole.fr 

Tel : 05 61 63 13 13
 

 

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