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Entretien avec Valérie Mazarguil - Théâtre du Capitole - 18/03/2010
     

« Valérie, occupez-vous du public de l’opéra de demain »

En marge des activités artistiques du Capitole se développe  tout un réseau de formation et d’initiation dont le but est de promouvoir en faveur du plus grand nombre un genre culturel qui pâtit encore d’une image aujourd’hui totalement dépassée.

Rencontre avec le maître d’œuvre de cette réhabilitation.

Classic Toulouse  : Vous êtes responsable, au sein du Théâtre du Capitole de Toulouse, de l’activité culturelle et éducative. Quel a été votre parcours ?

Valérie Mazarguil : J’ai débuté dans le monde artistique comme danseuse, un métier que j’ai pratiqué pendant dix ans en troupe à l’opéra de Bordeaux, puis pendant quatre ans, à partir de 1988,  au Capitole. Est venu ensuite le moment que tout danseur doit appréhender bien à l’avance, celui de sa reconversion. J’ai proposé à Nicolas Joel de m’occuper de la promotion du ballet du Capitole. A cette époque là, pas très ancienne finalement, de nombreux théâtres se posaient la question du maintien, ou non, d’une troupe de ballet dans leur maison, car, à l’année, le budget y afférent est conséquent. L’option de Nicolas Joel a été catégorique : le maintien. Il lui fallait alors quelqu’un pour enclencher des nouvelles productions chorégraphiques dans l’optique d’un élargissement du répertoire et, surtout, mettre en place des tournées. Il m’a confié ces missions. Je les ai menées pendant cinq ans. Puis, à vrai dire, les tutus et les pointes commençaient à m’étouffer et j’avais envie de revenir à l’art lyrique. Nicolas Joel a bien compris et m’a dit simplement : « Valérie, occupez-vous du public de l’opéra de demain. »

: Le début d’une nouvelle carrière, en fait ?

VM : Assurément et qui a démarré rapidement grâce à Pierre Cadars, alors chargé de l’action culturelle au Rectorat. C’est lui qui m’a présenté à Sylvie Walczak, alors Inspectrice principale de Région en musique. Je lui ai expliqué que le Capitole développait l’ensemble des métiers d’une maison d’opéra et qu’il serait intéressant de les faire connaître à un jeune public. Elle m’a suivi immédiatement sur cette idée. J’étais très fière la première année d’accueillir dans ce cadre là 1 000 jeunes. Aujourd’hui nous en sommes à 20 000 par an. Je crois que nous sommes au maximum tolérable par le Théâtre du Capitole.


Visite de l’atelier de couture du Capitole, au centre Valérie Mazarguil
(Photo Patrice Nin)

: Quel est ce public ?

VM :
La convention que nous avons avec le Rectorat de Toulouse nous ouvre les classes du primaire jusqu’au bac de l’ensemble des écoles de Midi-Pyrénées. Les élèves assistent à des répétitions, visitent le théâtre, rencontrent les métiers du théâtre. En fait on leur ouvre notre maison.

: L’arrivée de Frédéric Chambert a-t-elle modifié votre mission ?

VM : Oui en cela que Frédéric Chambert a complété cette mission en lui donnant un volet destiné aux adultes, ceux qui continuent de dire que l’opéra est fait pour les gens riches, cultivés, bourgeois, que ce n’est pas dans leur culture. En fait les jeunes me disent la même chose sauf qu’ils résument en disant que l’opéra c’est pour « les gros moustachus » ! Que ce soit, par exemple,  à Jolimont, Soupetard, Empalot ou Alban Minville, le discours est chaque fois le même. Et à 90% des personnes interrogées !

: Comment faire tomber une pareille image ?

VM : Il faut employer une méthode à caractère éducatif afin de leur donner des clés et leur faire comprendre qu’écouter de la musique dite classique où écouter une voix lyrique n’est pas plus difficile qu’écouter toute autre genre de musique. Il faut les convaincre aussi de laisser parler leurs émotions et donc, de ce fait, accepter de se mettre « en danger ». Et çà, c’est délicat car les gens sont tellement sécurisés, télécommandés, absorbés par la radio, la télévision ou internet qu’ils ont beaucoup de difficultés, même si le programme ne leur plaît pas, d’éteindre la tv, par exemple, et de prendre un livre et le lire ou de choisir un disque et l’écouter. Alors imaginez sortir et aller vers un spectacle lyrique ! Bien sûr j’ai une batterie d’arguments et en particulier un ensemble d’ateliers.

: Quel est le premier pas ?

VM : Les prendre par la main et les faire rentrer dans ces salles que sont La Halle aux Grains et Le Capitole, salles que la plupart ne savent même pas situer géographiquement. Ensuite il faut désacraliser en les faisant entrer par les coulisses, leur montrer comment on monte un décor, une répétition avec des chanteurs. Ensuite, il faut leur expliquer que tout le monde peut chanter et danser, même si ce n’est pas au niveau professionnel car ce niveau relève de techniques très difficiles. C’est pour cela que nous avons monté des ateliers de pratique expérimentale. Pas question ici de leur donner des cours mais simplement de leur donner des sensations. C’est ainsi que sont nés les ateliers « Chanter en chœur et en famille » d’une durée de deux heures et « A corps voix » qui lui s’inscrit dans un cursus un peu plus long. Dans ce dernier il y a souvent des pleurs de joie ou… d’émotion. Tout en sachant que les intervenants sont aptes à gérer ce type de réaction. Il y a également un atelier d’écoute afin de leur décrypter les œuvres sur tous les plans possibles. Beaucoup viennent ensuite spontanément au spectacle.

: Et la danse ?

VM : Nous avons eu un atelier animé par une Etoile de l’Opéra de Paris, Kader Belarbi. Les participants étaient âgés de 7 à 72 ans ! Au bout de deux weekends ils avaient créé leur ballet (35 mn) qu’ils ont interprété pour eux-mêmes. Certains n’avaient jamais vu de ballet de leur vie. L’année prochaine ils donneront leur spectacle en public. C’est à nouveau Kader Belarbi qui animera cet atelier.


Répétition de West Side Story (Photo : David Herrero)


:
A présent parlez-nous de ce West Side Story un peu particulier en répétition depuis pas mal de temps.

VM : C’est le troisième  gros dossier de ma mission. Il  s’agit de l’opéra pour enfants que l’on présente une fois par an. C’est à l’occasion d’une rencontre avec Charlotte Nessi, qui dirige l’Ensemble Justiniana en Franche-Comté, que cette dernière nous a fait part de son West Side Story monté en 2004 avec de jeunes ados. Frédéric Chambert a été immédiatement séduit par ce projet car il y a de la danse, du chant et de la comédie. Charlotte nous dit avoir besoin d’une cinquantaine de jeunes. Comment les trouver ? Passer une annonce dans le quotidien local et c’était la Star Ac. Pas question. Nous nous sommes donc dirigés vers le Rectorat et leur avons proposé un atelier d’un an. Il ne restait plus, si j’ose dire, qu’à lancer une information auprès des établissements scolaires de Toulouse et de sa banlieue afin de déceler les équipes pédagogiques partantes dans ce projet. On a procédé à l’audition de 240 jeunes se situant entre la 4ème et la 1ère. Reconnaissons qu’au début, l’inter génération n’a pas très bien fonctionné entre collégiens et lycéens. Aujourd’hui nous avons mis sur pied une véritable troupe. Ajoutons qu’aucun d’eux ne connaît le film de Robert Wise et Jérôme Robbins sorti en 1961 et d’ailleurs nous ne leur avons pas projeté. Le processus pédagogique prévoit 10 représentations, c’est donc un véritable contrat moral que tous ces jeunes ont passé avec le Théâtre du Capitole. Plus de vacances, plus de nuit entière sur Facebook car, précisons bien que leur année scolaire est tout à fait normale. L’an prochain ce seront une quarantaine d’élèves des classes de 6ème et de 5ème dans une oeuvre chorale qui seront conviés pour ce projet.

Propos recueillis par Robert Pénavayre

 

 

infos
 

Renseignements : www.theatre-du-capitole.fr

Représentations de West Side Story :
Théâtre Jules Julien du
17 au 26 juin 2010





 
 
 

 

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