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Tugan Sokhiev - Entretien (10/10/2006 )  
     

Tugan Sokhiev dans la cour du Capitole
 

 

Tugan Sokhiev, un an déjà

Nommé premier chef invité et conseiller musical de l’Orchestre du Capitole depuis la saison dernière, Tugan Sokhiev a indéniablement conquis « ses » nouveaux musiciens et les divers publics devant lesquels il s’est produit. A l’issu de la répétition générale de son concert Beethoven du 10 octobre dernier, il a accepté, avec une chaleureuse cordialité, de répondre à nos questions. Il s’agissait ainsi de brosser le bilan d’une année d’activité et d’esquisser les projets qui sont ceux, nombreux, d’un jeune artiste de vingt-huit ans.

 

Classic Toulouse : Nous nous étions rencontré peu avant votre nomination à la tête de l’Orchestre du Capitole. Quelle a été votre réaction à l’offre qui vous était faite de diriger cette phalange ?

Tugan Sokhiev : J’ai été très enthousiaste et j’ai réalisé que j’étais sur le point d’entamer un grand voyage avec cette merveilleuse « équipe » de musiciens qu’est l’Orchestre du Capitole. Et vraiment, avec le potentiel d’enthousiasme et la capacité à jouer de ces musiciens, ce voyage est plein de bonnes surprises et de moments de bonheur.

  : Comment ont évolué, au cours de cette année, vos relations avec les musiciens ?

T S : Nous avons déjà passé un an ensemble, un an plein d’intérêt et chargé d’événements importants, de concerts décisifs pour nous tous car nous étions dans une phase d’ajustement. Nous devions apprendre à nous connaître. Et je crois que cette relation de confiance qui s’est établie entre nous ne cesse de croître maintenant. Et puis nous ne nous contentons pas de faire de la musique ensemble, concerts et répétitions, nos relations existent à plusieurs niveaux. Ainsi nous nous occupons ensemble du recrutement de nouveaux musiciens pour remplacer les départs en retraite. De jeunes et talentueux musiciens sont ainsi venus se joindre à l’orchestre : les pupitres de cor, de violon, de violoncelle en ont bénéficié. Ces jeunes recrues, non seulement jouent avec un grand professionnalisme, mais ils acquièrent l’esprit de cet orchestre, qui est très particulier, très personnel et que je n’ai pas rencontré ailleurs.

  : Le tout premier enregistrement à la tête de l’orchestre qui vient de sortir est un événement important. Pouvez-vous nous en parler ?

T S : C’est d’autant plus important qu’il s’agit non seulement d’une première pour notre collaboration, mais également de mon premier enregistrement tout court ! Il s’agit là de notre carte de visite. L’orchestre a très bien joué car il a déjà une longue pratique de l’enregistrement, surtout pour ce qui concerne la musique française. Il était important pour moi de montrer que ces musiciens peuvent jouer d’autres styles de musique. Par exemple pour la 4ème symphonie de Tchaïkovski, je ne cherche pas à tout changer de leur manière de jouer, mais je les pousse au-delà de ce qu’ils croient être leurs limites. Ils en ont les capacités.

 




  : Quelle est votre action dans le domaine de la pédagogie et de l’accès des jeunes à la musique classique ?

T S  : La dernière saison a été très riche à ce sujet. Nous avons amené de jeunes et même de très jeunes élèves à la musique. Il y a aussi eu un concert gratuit pour les étudiants. A cette occasion j’ai été très impressionné, très frappé par le pouvoir d’attention de ce public, le silence qu’il y avait entre les mouvements. Ces réactions me rendent très optimiste pour l’avenir de la musique. Elle aura toujours un bon public dans l’avenir. Nous avons également organisé une rencontre à l’université avec les étudiants. Ils croient parfois que la musique classique est l’affaire d’une certaine élite, qu’ils ne peuvent pas la comprendre et donc que cela ne vaut pas la peine d’essayer. Au début de cet échange, ils étaient très silencieux et sur la réserve. Et puis ils se sont rendus compte que même si je dirige un orchestre symphonique, je leur ressemble, j’ai le même âge, je m’habille comme eux. Ils se sont alors détendus et ont noué le dialogue. Depuis, ils viennent plus nombreux assister aux concerts. Ainsi, ce matin, Karol Beffa, notre compositeur en résidence, a expliqué et commenté devant 250 jeunes élèves le 5ème concerto pour piano de Beethoven que nous avons répété ensuite. C’est aussi notre mission d’éduquer et d’amener les jeunes à la musique.

 : Comment pourriez-vous caractériser cette première saison à la tête de l’Orchestre du Capitole ?

T S : Tout ce qui s’est passé au cours de l’année écoulée me prouve que nous allons dans la bonne direction. L’orchestre progresse dans le sens que j’espérais. Concert après concert, nous découvrons de nouvelles choses, aussi bien musicales qu’humaines. Nos relations se fortifient chaque fois que nous nous retrouvons. Le développement du répertoire est un sujet très important pour moi. Je fais en sorte que les musiciens se sentent à l’aise dans tous les répertoires. Nous devons nous concentrer sur un socle de musique classique (Mozart, Haydn, Beethoven). Peut-être que l’orchestre ne le faisait pas assez. C’est un répertoire qui permet d’acquérir une discipline, une cohésion, qui oblige à s’écouter les uns les autres, comme dans la musique de chambre. Le répertoire romantique, d’une certaine manière, est plus facile, l’utilisation du « rubato » rend les choses plus confortables. Ainsi, alors que nous abordons en ce moment Beethoven pour la première fois ensemble, les musiciens découvrent de nouvelles manière de phraser, se découvrent de nouvelles capacités et y prennent du plaisir. Pratiquer la musique de la période classique, c’est comme brosser ses dents chaque matin ! Ce répertoire est comme l’eau dont tout organisme a besoin.

 : Comment voyez-vous votre avenir avec l’Orchestre du Capitole ? Et, question indiscrète, envisagez-vous de rester au-delà du contrat de trois ans qui vous lie avec cette institution ?

T S  : Je passe environ vingt semaines avec l’orchestre au cours de la saison et nous produisons quelques 30 programmes différents, ce qui est beaucoup. Mais c’est très bien et j’aime cela. Quant à l’avenir de nos relations au-delà des trois années du contrat, c’est très clair dans mon esprit, mais je préfère pour l’instant garder secrète ma décision, même si cela intrigue un peu ! J’en ferai part lorsque le temps sera venu. Sachez néanmoins que mes sentiments sont très positifs concernant mon contact avec l’orchestre. Je souhaite que notre relation dure longtemps encore.

Propos recueillis par Serge Chauzy à Toulouse, le 10 octobre 2006.

 

 

 

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