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Entretien avec Stéphane Roche - Zénith de Toulouse – Carmen –
Fabrique Opéra - 17 février 2016
     
Avertissement : Ce spectacle prévu du 3 au 9 mai 2016 est annulé
     

Une Carmen pas tout à fait comme les autres

La plus grande salle de spectacle de Toulouse va accueillir dans quelques mois une aventure lyrico-pédagogique hors norme. Sur la base d’un concept coopératif, La Fabrique Opéra présente l’une des œuvres lyriques les plus jouées au monde, la Carmen de Georges Bizet. Classictoulouse a voulu en savoir un peu plus long et a rencontré Stéphane Roche, directeur artistique de cette ambitieuse entreprise.

Classictoulouse  : En quelques mots, ce projet ?

Stéphane Roche : C’est un magnifique projet qui consiste à mettre en contact le monde professionnel dans lequel je baigne depuis de nombreuses années avec le monde de l’apprentissage, des lycées professionnels et de l’amateurisme. Si je prends un exemple ce sera, en l’occurrence, celui du lycée de Revel spécialisé dans l’ameublement, les élèves vont fabriquer tous les accessoires : tables, chaises, etc. La mission, c’est leur apprendre qu’avec un bout de bois et un rabot ils peuvent élaborer un décor de théâtre. C’est donc aussi une approche du volet culturel de leur métier. Humainement c’est une très belle aventure. Et je voudrais souligner que ce n’est pas un spectacle de fin d’année que l’on va proposer car l’encadrement de tous ces jeunes est assuré par des professionnels et les chanteurs solistes retenus sont dans la carrière aujourd’hui. C’est le principe du passage de relai.



Stéphane Roche

: Comment êtes-vous entré dans cette aventure ?

S. R. : En fait nous sommes deux dans cette affaire. Il y a Jean-Claude Boussenat qui s’occupe de toute la partie administrative et financière et moi qui m’occupe de ce qui relève de l’artistique. Nous étions sur un projet d’opéra-ballet il y a trois ans et c’est dans ce cadre que nous avons rencontré l’équipe de la Fabrique Opéra Grenoble. Ce sont eux qui nous ont expliqué les principes de leur fonctionnement, l’esprit de partage et d’échange. Evidemment, cela nous a plu et comme j’avais une furieuse envie de communiquer mon expérience dans mes quelques trente années de vie théâtrale, le challenge m’a emballé. Nous allons toucher ainsi 400 lycéens. Ce qui n’est pas rien en termes de transmission.

: Quelle est votre motivation ?

S. R. : Dans la profession, nous allons trop vite. Nous créons un groupe pour chaque spectacle puis nous nous séparons pour parfois ne plus nous revoir. C’est frustrant. Avec la Fabrique Opéra nous allons créer une famille. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose. De plus lorsque nous avons besoin d’expliquer, nous approfondissons et de ce fait nous apprenons aussi. En dehors de toutes ces rencontres, il y a donc aussi beaucoup de points positifs. Et puis, en termes de motivation, comment ne pas évoquer mon attachement à Toulouse, au public toulousain. La Ville rose est ma cité d’adoption depuis que je m’y suis installé il y a bientôt 20 ans, en même temps que j’entrais au service du Théâtre du Capitole.

: Aborde-t-on un projet pareil comment n’importe quelle production ?

S. R. : Avec le même sérieux, la même envie et la même détermination. Sauf qu’ici nous avons tout à construire, contrairement à une institution comme le Théâtre du Capitole par exemple dans laquelle la structure est toute prête. De plus le Zénith n’est pas une salle d’opéra, autant au niveau acoustique que technique. Mais nous l’avons choisie car cette salle peut attirer, par elle-même, des personnes qui ne vont jamais à l’opéra car elles n’osent pas aller au Capitole. Et croyez-moi nous allons nous approcher sérieusement de la qualité de grandes maisons françaises. Bien sûr le spectacle sera sonorisé, mais avec infiniment d’attention afin qu’aucune couleur, aucune harmonique autant vocale qu’instrumentale, ne soient perdues, que les équilibres naturels soient sauvegardés aussi.

: Quelle est votre ambition ?

S. R. : Ce n’est certainement pas de rivaliser avec les grandes maisons d’opéra, nous n’en sommes pas là. C’est plutôt de montrer ce qu’est l’art lyrique, sous toutes ses composantes, à tous ces jeunes mais aussi faire venir un public qui, de toute manière, ne va pas à l’opéra en temps normal. Et pourquoi pas le motiver pour qu’il aille plus loin. Concernant les élèves qui auront participé soit à la construction d’une chaise, d’une table, à la fabrication de tel ou tel costume, imaginez leur fierté de montrer à leurs proches ce qu’ils ont créé.

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 : Quels sont les écueils inhérents à pareil projet ?

S. R. : Le regard extérieur parfois pas très bienveillant. Le moins que nous puissions dire est que nous sommes « attendus ». Nous avons eu droit, et c’est naturel, à un vrai round d’observation. A présent que les choses vont se faire, l’atmosphère se détend. C’était une affaire de crédibilité à vrai dire normale. En plus de notre professionnalisme, l’un de nos atouts était que ce concept fonctionne à Grenoble depuis dix ans. Mais nous avons tenu bon et notre ambition est bien sûr de poursuivre, en particulier notre partenariat avec le Rectorat et la Mairie de Toulouse.

: Comment se finance cette aventure ?

S. R. : C’est peut-être le moment de préciser que le staff est bénévole et que les artistes professionnels viennent pour moins de la moitié des cachets qu’ils auraient dans la vie normale. Comme nous nous finançons à hauteur de 70% sur la billetterie, il est important, en termes d’équilibre financier, que nous puissions convaincre 3000 spectateurs par soirée, sur une jauge de 4000. Cette capacité peut paraître réduite par rapport aux possibilités de cette salle, mais il faut savoir que nous occupons quasiment la moitié du Zénith pour la production. La moyenne des places est à 32 € avec une grande majorité à prix bas. Nous souhaitons que ces soirées soient financièrement accessibles au plus grand nombre. Le reste du financement vient de subventions et du mécénat, parfois participatif.

: Les interprètes ?

S. R. : Le chœur est composé d’environ 60 choristes, moitié amateur, avec lequel nous travaillons depuis un an, moitié professionnel, qui vient nous rejoindre un peu plus tard. A cela s’ajoutent deux maîtrises, celle de la Lauzeta et celle de la Cathédrale Saint Etienne. Il y aura bien sûr des figurants. L’orchestre sera celui de la Philharmonie de Toulouse sous la direction du toulousain Stanislas de Monredon, un orchestre donc d’une soixantaine de professionnels dans lequel nous espérons pouvoir inviter des élèves du Conservatoire. Les solistes que j’ai sollicités ont adhéré immédiatement à ce projet dont la philosophie constitue une bonne part de leur salaire. Le rôle-titre est tenu par Giuseppina Piunti, son Don José est Luca Lombardo. Ce devait être Franck Ferrari qui chante Escamillo. Il avait répondu présent dès le début du projet. Vous le savez, il nous a quitté le 18 juin 2015. Cette Carmen lui est d’ailleurs dédiée, en hommage à l’artiste et à l’homme qu’il fut. Il est remplacé par Yann Toussaint, un autre baryton français, Micaela est Julia Kogan. Il y a également Marie-Bénédicte Souquet (Frasquita) et Hélène Delalande (Mercedes), Alfred Bironien (Remendado) et Thibaut Desplantes (Dancaïre), Christian Tréguier (Zuniga) et Philippe Fourcade (Morales). Même si nous n’avons pas des jours et des jours de répétition, je sais que nous serons prêts.

: Comment Stéphane Roche, metteur en scène, voit cette Carmen ?

S. R. : J’ai eu envie d’enlever toutes les images d’Epinal qui collent trop à cette œuvre, tout ce que je pourrais qualifier « d’espagnolades ». Pour moi, l’Espagne n’est pas le ressort. Ce qui est important c’est la relation Carmen / Don José et au travers de cette relation le choc entre deux mondes, celui des gitans et le nôtre, celui de notre société. Dans Carmen l’amour n’existe pas car d’un côté il y a une fille avant tout éprise de liberté, et de l’autre un garçon bloqué dans des carcans émotionnels, incapable de partage et de tolérance, schizophrène jusqu’au meurtre. S’il y a une once d’amour, elle se trouve dans la relation Escamillo/Carmen car tous les deux le vivent dans l’instant présent et sans se préoccuper du lendemain. Un peu à l’image du torero affrontant le toro. L’action est transposée dans les années 50/60 du siècle dernier. Croyez-moi, l’aventure est belle !

Propos recueillis par Robert Pénavayre le 17 février 2016

 


infos
 

Représentations :

Au Zénith de Toulouse, les 3/4/8 et 9 mai 2016

Renseignements et réservations :


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