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Entretien avec Vadim Repin- Orchestre du Capitole (29/01/08)
     

Le violon, jouet favori de Vadim Repin

Né en 1971 à Novossibirsk, dans cette Sibérie profonde éloignée des centres internationaux d’activité musicale, Vadim Repin est rapidement devenu l’un des très grands violonistes du moment. Donnant son premier concert à l’âge de sept ans, il apparaît sur les estrades internationales dès 1989, année qui l’a vue devenir le plus jeune lauréat du prestigieux Concours Reine Elizabeth de Belgique. Il revient cette saison à Toulouse, où il a déjà recueilli les plus vifs succès, pour interpréter le concerto pour violon et orchestre de Beethoven en compagnie de l’Orchestre du Capitole et de son chef Tugan Sokhiev. Cet artiste, dont on fête partout le talent exceptionnel, cet homme tranquille, d’une grande simplicité et d’un contact chaleureux et direct, a fort aimablement accepté de répondre à quelques unes de nos questions.


Photo Mikhail Vaneev

 

Classic Toulouse : Vous avez débuté très jeune vos études de violon. S’agissait-il de votre choix personnel ?

Vadim Repin : Non pas du tout. Cela s’est fait par hasard. J’ai commencé à aller à l’école de musique à l’âge de cinq ans. Auparavant, alors que personne dans ma famille n’était musicien, je ne m’intéressais qu’aux jouets qui faisaient de la musique : petit xylophone, harmonica, clarinette en plastique. Alors ma mère m’achetait ces jouets qui étaient mes favoris. Lorsque j’ai eu cinq ans, elle a voulu m’inscrire à l’école de musique. Et là, le seul cours où il restait de la place était la classe de violon. Pour ne pas avoir à attendre un an de plus, ma mère m’a donc inscrit en violon. Dès le premier jour, le violon que j’ai reçu est devenu mon jouet favori !

Ce fut vraiment un coup de foudre. Par la suite je n’ai jamais voulu changer d’instrument.


 : Plus tard, quelles ont été les personnalités qui ont exercé une influence sur votre développement artistique ?

V. R. : Elles ont été très nombreuses. Comme nous vivions en Sibérie, notre seul accès à la musique étaient les microsillons 33 tours. C’est comme cela que j’ai découvert Menuhin, Heifetz, Kreisler, Oïstrakh. Nous discutions beaucoup à propos d’eux. Bien sûr je ressentais un amour, un respect particulier pour Heifetz, sa personnalité et le fait qu’il était en quelque sorte le roi du violon au siècle dernier. Mais aussi Kreisler était un artiste phénoménal avec sa sonorité incroyable, Menuhin, Oïstrakh, Isaac Stern également. J’ai été élevé à l’écoute des enregistrements de ces artistes. Ensuite, je n’ai eu qu’un seul professeur, Zakhar Bron. Plus tard, j’ai eu la chance de côtoyer pendant quelques années Yehudi Menuhin. Nous avons voyagé et joué ensemble. Il a eu une grande influence sur moi, sur la manière de concevoir la musique, la profession de musicien. Il m’a souvent dirigé dans plusieurs concertos.

 : Les concours internationaux que vous avez remportés ont-ils eu des conséquences importantes sur le développement de votre carrière ?

V. R.  : Au début, oui, bien sûr. Lorsque vous vivez en Sibérie, loin de tout, vous n’avez pas beaucoup de possibilités de vous faire connaître sur le plan international, de voyager, de créer des contacts. Alors il fallait choisir Bruxelles et le concours Reine Elizabeth, qui était le plus fameux, le plus prestigieux. J’avais dix-sept ans et j’avais déjà joué au Carnegie Hall de New-York, au Japon, en France aussi. Mais Bruxelles devenait ainsi comme une base de départ pour toute l’Europe. Je n’ai jamais émigré hors de Russie. Je possède toujours un passeport russe et je retourne souvent dans mon pays. Néanmoins, je suis devenu un Européen convaincu. J’aime énormément la variété de ses cultures. Elle reflète un peu l’anti-globalisation ! Je trouve que la globalisation est allée un peu trop loin…

 : Au point où en est votre carrière, comment partagez-vous votre activité entre le récital avec piano, le concert avec orchestre et la musique de chambre ?

V. R. : Je n’ai pas d’activité préférée. La musique est partout. Le récital est probablement l’exercice le plus difficile. Vous devez construire un programme à la manière d’un architecte. La préparation prend beaucoup plus de temps que celle d’un concerto avec orchestre. Alors que le concert avec orchestre est plus « festif », plus étincelant, le récital est plus personnel, plus intime. La musique de chambre est un vrai plaisir, proche du récital, mais l’impression est chaque fois différente, imprévisible.

 

 : Vous aller jouer à Toulouse le concerto de Beethoven. Vous venez de l’enregistrer mais vous l’avez souvent joué en concert.

V. R. : Très souvent. J’avais vingt et un ans lorsque je l’ai abordé. C’était très tard pour moi. Mes études étant terminées, j’ai contacté Menuhin pour qu’il me conseille et me critique. C’est lui qui a dirigé l’orchestre lors de ma première exécution de ce concerto. Interpréter le concerto de Beethoven, c’est l’affaire de toute une vie.

Vous n’êtes jamais confiant à cent pour cent. C’est chaque fois un vrai défi. Je suis toujours très nerveux avant de le jouer, même après l’avoir fait une centaine de fois !

 : Vous aller l’interpréter avec Tugan Sokhiev à la tête de l’Orchestre du Capitole. Avez-vous déjà collaboré avec lui ?

V. R. : Non ce sera la première fois. Je m’en réjouis vraiment à l’avance. J’ai entendu tellement de compliments à son égard par de nombreux collègues ayant travaillé avec lui. Il est très musicien, très professionnel. Pour commencer, nous parlons la même langue, nous avons de nombreux amis communs et une magnifique musique avec laquelle dialoguer…

 : Quels sont vos projets immédiats ?

V. R. : Cette année sera celle d’intéressants projets. Je vais me rendre aux Etats-Unis pour une série de concerts avec les plus grands orchestres, Philadelphie, Boston, Los Angeles, Chicago. Puis je me joins au Philharmonique de Berlin avec Simon Rattle pour le concert du 1er mai à Moscou. J’irai ensuite en Israël aux côtés de Riccardo Muti pour les célébrations du 60ème anniversaire du pays. L’été prochain, j’ai prévu d’enregistrer le concerto de Brahms avec Riccardo Chailly et l’Orchestre du Gewandhaus. De beaux projets qui me tiennent à cœur.

 : Pour revenir à vos débuts, pouvez-vous nous parler de votre violon actuel, votre jouet favori ?...

V. R. : C’est un splendide instrument de Guarneri del Gesù nommé « Von Szerdahely » qui date se 1736. Depuis cinq ans, il est devenu mon partenaire idéal. J’ai un immense plaisir à le jouer.

Propos recueillis par Serge Chauzy le 29 janvier 2008

 

infos
 
Renseignements, détail complet de la saison de l'Orchestre du Capitole et réservations :

www.onct.mairie-toulouse.fr


Le dernier enregistrement de Vadim Repin :

* L. v. Beethoven

- Concerto pour violon et orchestre
- Sonate pour piano et violon "A Kreutzer"

Martha Argerich, piano
Wiener Philharmoniker,
Riccardo Muti

CD DGG 477 6596

 

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