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Entretien avec Joel Prieto - Théâtre du Capitole - 22/11/2011
     

« Chanter Mozart, c’est comme faire du surf »

Rencontrer Joel Prieto, c’est aussi croiser un véritable soleil. Rarement un artiste dégage autant de simplicité, de soif de vivre, d’amour du chant, de gaieté aussi. Ce jeune ténor espagnol à l’aube de ses trente ans démarre calmement mais surement une belle carrière mozartienne. Par bonheur, l’un de ses autres rôles fétiches, le Fenton du Falstaff verdien, nous l’amène au bord de la Garonne. Une rencontre sous le signe d’une franchise et d’une élégance de ton à la saveur presque candide.


Photo Broede
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Classictoulouse : Contrairement à beaucoup d’artistes, vous n’avez fait qu’un court passage en troupe, à Berlin.

Joel Prieto : Effectivement j’ai été pendant deux ans en troupe à Berlin, au Deutsche Oper. J’avais 24 ans. Imaginez, chanter Tamino en allemand devant un public allemand ! Avec les dialogues en allemand. Ce fut un choc pour moi car en plus je ne connaissais personne de la distribution et j’ai dû me présenter à tout le monde car personne ne me connaissait bien évidemment. Cela dit l’expérience est enrichissante au niveau du répertoire mais je ne pense pas qu’il faille poursuivre cela longtemps car il faut être vigilant à ne pas chanter des rôles au-dessus de ses moyens…

Par contre, en chantant des seconds rôles comme Tybalt dans Roméo ou Arturo dans Lucia, on apprend beaucoup en termes de théâtre, un domaine dans lequel je n’avais aucune formation avant. De plus, travailler avec les grands artistes qu’invite le Deutsche Oper est toujours très formateur.

: A part Fenton, votre répertoire aujourd’hui est exclusivement mozartien

J. P. : Ce que me dit ma voix aujourd’hui, c’est que je peux chanter de nombreux Mozart, mais aussi Donizetti, le Don Pasquale, Bellini, L’Elixir d’amour, Puccini, le Rinuccio dans Gianni Schicchi, Verdi et le Fenton de Falstaff, évidemment. Peut-être aussi du répertoire baroque, mais avant tout des opéras belcantistes. Ce sont surtout les œuvres italiennes de Mozart qui enrichissent ma technique. Chanter Mozart c’est comme faire du surf, il ne faut pas tomber mais ne pas être non plus au-dessus de la vague, il faut être dans la vague C’est un peu comme faire du taï chi, fréquenter cette zone dangereuse permanente du passage dans laquelle Mozart écrit pour les voix. Mais il faut tellement être en permanence sous contrôle que j’aime bien exprimer mon tempérament latin, très romantique, dans des œuvres différentes, Fenton par exemple.

: Dans l’état actuel de maturité de votre voix, quels autres rôles aimeriez-vous chanter ?

J. P. : Je serais très heureux de faire enfin Nemorino. J’en rêve ! Tous les ténors en rêvent d’ailleurs, c’est un personnage tellement affectueux. Et puis il me correspond tellement, y compris pour mon âge. L’un des rôles qui me fait fantasmer, c’est bien sûr celui du Roméo de Gounod. Mais pour le coup je pense qu’il me faut encore attendre pas mal de temps !


Photo Broede
 

: Votre port d’attache aujourd’hui ?

J. P. : Jusqu’à il y a deux semaines, j’habitais Barcelone, parce qu’il y a le soleil, le Liceu où j’ai été formidablement accueilli, la langue espagnole, la gastronomie. Cela a duré deux ans. Mais finalement je retourne à Berlin. En fait j’ai un professeur à New York et un autre à Berlin. J’ai réalisé que, si chaque fois que j’avais un peu de temps de libre pour moi entre deux productions, je le passais en avion, c’était ridicule. Et puis mon  professeur m’a dit que j’étais encore trop jeune pour chercher à vivre dans une ville où il y avait un bon climat.

: Dans l’absolu, quel rôle vous hante ?

J. P. : (Rires) Cavaradossi ! C’est un rôle énorme qui a deux airs incroyables. L’opéra est formidablement romantique. Je l’adore ! Mais je ne le chanterai certainement jamais !

: Qu’ils soient d’aujourd’hui ou qu’ils appartiennent au passé, quels sont les chanteurs que vous admirez ?

J. P. : Certainement Wunderlich, Sutherland, Gruberova, Kaufmann, Florez. Mais aussi Gigli dont la technique était simple mais parfaite et surtout très saine. Placido Domingo m’a beaucoup aidé, comme il a aidé d’ailleurs une multitude de jeunes chanteurs. C’est fou ce que cet artiste peut donner comme informations lorsqu’on travaille avec lui.  Il est généreux et n’a pas peur de transmettre le savoir. Il est génial ! Pour moi c’est un modèle total. Sans comparaison aucune bien sûr, je crois que nous avons un peu la même approche de notre métier : s’amuser et profiter du moment présent. Il n’y a pas de demain ni d’hier, il y a aujourd’hui. Point.

: Que pensez-vous des mises en scène un peu « marginales » que l’on peut voir aujourd’hui dans des théâtres, particulièrement en Allemagne ?

J. P. : Je suis d’accord si la vision est « organique », c’est-à-dire qu’elle est étroitement liée au livret. Si l’on en sort totalement, comme par exemple voir Aïda passer la serpillère dans un restaurant, là je ne marche pas. Voir Donna Anna se faire violer pendant qu’elle chante son grand air est pour moi une pure atrocité. Je suis d’accord pour des décalages cohérents sous réserve également qu’ils conservent d’authentiques relations humaines. La mise en scène de Don Giovanni de Claus Guth est pour moi un modèle du genre.

Propos recueillis par Robert Pénavayre le 22 novembre 2011

 

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Renseignements sur la saison du Théâtre du Capitole :

www.theatre-du-capitole.fr

Représentations de
Falstaff  :

Théâtre du Capitole -
2, 4, 6, 9, 11 et 13 décembre 2011





 
 
 

 

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