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Entretien avec Karol Beffa - "Paradis artificiels" (22/03/2007)
     

Karol Beffa, compositeur de "Paradis artificiels" (photo Véronique Prévost)

     


"Paradis artificiels" en création mondiale

Depuis le début de présente saison symphonique de l’Orchestre du Capitole, Karol Beffa occupe la charge de compositeur en résidence auprès de la phalange toulousaine (voir l’entretien précédent qu’il nous avait accordé). A l’occasion de la création (lors du concert du 29 mars 2007) de la première œuvre qu’il dédie à l’orchestre et à son chef Tugan Sokhiev, Karol Beffa a bien voulu évoquer avec nous cette première expérience de résidence ainsi que la genèse de sa nouvelle œuvre intitulée « Paradis artificiels ».

Classic Toulouse  : Comment se sont déroulés vos premiers contacts avec l’orchestre et avec Tugan Sokhiev dans la perspective de cette création ?

Karol Beffa : Si les formalités administratives ont été un peu longues à se mettre en place, je me suis immédiatement très bien entendu avec les musiciens que j’ai rencontrés aussi bien à la fin des concerts que pendant les répétitions générales, à l’occasion desquelles j’ai pu sympathiser avec eux. Le fait d’avoir assisté à une quinzaine de concerts et autant de répétitions générales m’a permis de me familiariser avec les différents pupitres. Avec Tugan Sokhiev, nous nous sommes rencontrés de façon plus ou moins formelle, avant et après les répétitions générales et les concerts. Concernant la partition de ma nouvelle œuvre, il préférait la recevoir dans son intégralité plutôt que d’être tenu au courant au fur et à mesure de sa composition. Nous nous sommes alors vus brièvement à cette occasion et il s’est donné deux semaines pour l’examiner. C’est à la fois peu (la partition fait tout de même une centaine de pages) et beaucoup, dans le sens où je suis persuadé que bien d’autres chefs n’auraient pas été aussi consciencieux ! Nous devons nous revoir demain vendredi (23 mars) et la première répétition partielle de cordes aura lieu samedi après-midi. Même si la musique contemporaine n’est pas le répertoire courant de Tugan Sokhiev, j’ai une confiance absolue en sa technique sans faille et en son instinct musical. Je connais sa rigueur absolue, je sais qu’il pourrait diriger Le Sacre du Printemps les yeux fermés.


 

: Quelles formes musicales avez-vous abordées jusqu’à ce jour, dans vos compositions ?

KB : A part l’opéra qui me tente beaucoup, j’ai écrit pour la plupart des formations, instrumentales et vocales, y compris l'oratorio. En musique de chambre, je n’ai pas dépassé les six instrumentistes, et donc je n’ai pas composé pour la formation intermédiaire pourtant la plus classique en musique contemporaine, « l’ensemble », de dix à quinze musiciens.

(photo Véronique Prévost)

: Quel rôle jouent les commandes dans votre production musicale ?

KB : Toutes mes œuvres ne sont pas des commandes mais, depuis cinq ou six ans, je n’écris presque plus que sur commande. Elles proviennent parfois de festivals, aidés éventuellement par la SACEM, ou de Radio France. En revanche, pour la 2ème année consécutive, je n’ai pas eu de commande d’Etat, alors que, par exemple, le concerto pour violon et orchestre prévu avec Renaud Capuçon et l’Orchestre du Capitole réunit toutes les conditions de notoriété possible et de proximité entre le compositeur et l’orchestre. En l’état actuel des choses, le système des commandes d’Etat me semble très contestable. Un groupe paléo avant-gardiste conserve pour lui une sorte de monopole des deniers publics. Je ne crois pas manifester là l’aigreur d’un compositeur qui serait le seul exclu de ce système : c’est le cas de tous les compositeurs dont je me sens proche et qui écrivent une musique accessible à tous les mélomanes et pas seulement à un public spécialisé. Ce système est à revoir de façon radicale. Je reçois aussi (rarement) des commandes de personnes privées, de l’association Musique Nouvelle en Liberté qui promeut la musique contemporaine et, bien sûr d’orchestres, comme c’est la cas à Toulouse. Sous l’impulsion de Fayçal Karoui, j’ai également bénéficié d’une commande du public, à Pau. C’était la première fois que ça ce produisait en France.

: Vous considérez-vous comme appartenant à une école, à un héritage ?

KB :Il me semble légitime de faire référence à d’autres musiques, du passé comme d’aujourd’hui. Tous les compositeurs du 20ème siècle — Debussy, Ravel, Bartok, Stravinski, Berg, Lutoslawski, Dutilleux —, se sont inspirés des musiques populaires de leur temps. C’est mon cas.

 : Lorsque vous écrivez pour un interprète particulier, pratiquez-vous des allers-retours avec le ou les interprètes ?

KB : C’est souvent le cas. C’est d’autant plus faisable pour de petites formations. C’est ce que j’ai fait pour plusieurs œuvres de musique de chambre : par exemple pour Métropolis (alto et piano, avec Arnaud Thorette et Johan Farjot), pour Masques (violon et violoncelle, avec Renaud et Gautier Capuçon), pour Elégie, écrite pour le violon de Geneviève Laurenceau…

 : Pour la composition de « Paradis artificiels », est-ce que l’idée préexistait à la commande ?

KB : J’avais envie d’écrire une pièce pour grand orchestre de cette durée approximative. Mais la forme définitive de la pièce est venue très progressivement, au fur et à mesure de l’écriture. Même si mon intention initiale était de solliciter tous les pupitres de l’orchestre, les idées saillantes sont venues au cours de la composition.


 

: Quelle en est l’origine littéraire ?

KB : L’origine, le prétexte sont anciens. J’ai dû donner le titre de la pièce voici près d’un an, lors de l’établissement du programme de la saison musicale de l’Orchestre du Capitole. Mais je n’avais alors qu’une idée extrêmement vague de ce que ce serait. L’origine en est bien sûr le cycle poétique de Baudelaire « Les paradis artificiels ». Il y est question des plaisirs du haschich puis des plaisirs de l’opium.
(photo Alix Laveau)

Baudelaire envisageait d’ailleurs de traduire « Les confessions d’un mangeur d’opium » de Thomas de Quincey. Il en a finalement fait une sorte d’analyse. Par ailleurs, Berlioz lui-même a été très influencé par ces confessions lors de la composition de sa Symphonie Fantastique. Pour moi, Baudelaire est le génie poétique français. Moins hermétique que ses successeurs comme Rimbaud, Mallarmé ou Char, il se trouve par ailleurs qu’il plaît à un large public.

: Comment avez-vous tenu compte des caractéristiques de chaque pupitre de l’orchestre ?

KB : Les cordes sont beaucoup mises à contribution, avec souvent des divisions assez poussées. Il y a aussi une belle partie de violon solo. Les parties de flûtes et clarinettes, instruments agiles par excellence, sont aussi assez virtuoses. La fin de la pièce est un grand crescendo progressif, la percussion explose et submerge tout l’orchestre, d’abord les bois, ensuite les cordes puis les cuivres, jusqu’à épuisement ! L’œuvre est en deux parties enchaînées, pour éviter les toux entre les mouvements…

 : Un enregistrement de « Paradis artificiels » est-il prévu ?

KB : Le concert sera enregistré par Radio Classique, mais pour l’instant, il n’est pas question de disque. J’aimerais beaucoup évidemment. Ceci est presque toujours pratiqué lors de résidences auprès d’orchestres beaucoup moins prestigieux que l’Orchestre du Capitole. Ce serait une belle fin de résidence à Toulouse. La dernière œuvre que je composerai pour l’orchestre, à l’issue de mes deux saisons de résidence, sera créée probablement en décembre 2008.

 : Longue vie à « Paradis artificiels » !

Propos recueillis par Serge Chauzy à Toulouse, le 22 mars 2007

 

infos
 
Discographie récente de Karol Beffa:
 

* Masques
Renaud Capuçon (violon) et Gautier Capuçon (violoncelle) - Virgin Classics

* Sillages, Six études, Voyelles
Lorène de Ratuld (piano) - Ameson

* Trois études pour piano
Dana Ciocarlie (piano) - Triton

* Metropolis
Arnaud Thorette (alto) et Johan Farjot (piano) - Accord/Universal

 

 

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