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Entretien avec Joël Suhubiette - Messe en si mineur (17/04/2009)
     

Les musiques du chœur

Joël Suhubiette est devenu, au fil des ans, une personnalité incontournable dans le domaine du chant choral. Avant tout passionné de musique, il a gravi les échelons qui l’ont conduit de la pratique du chant dans les rangs des chorales amateurs à l’exigeante profession de chef de chœur au plus haut niveau, en passant par la fondation de grands ensembles vocaux. Indissociable du chœur professionnel « Les Eléments » qu’il à créé en 1997, Joël Suhubiette dirige actuellement trois formations chorales complémentaires. Il est très souvent sollicité dans les domaines les plus variés, depuis la pratique du chœur a cappella jusqu’à la direction d’orchestre, même en l’absence de chœur ! Lors de son passage à Toulouse, où son ensemble « Les Eléments » participe à l’exécution de la Messe en si mineur de Johann Sebastian Bach, dans le cadre de la saison symphonique de l’Orchestre du Capitole, Joël Suhubiette nous a accordé un entretien ouvert et amical.

L'ensemble vocal "Les Eléments" (©M.Garnier)

Classic Toulouse : Comment s’est déroulée votre « entrée en musique » ?

Joël Suhubiette : J’ai commencé par le piano, à six ans, dans une famille où tout le monde pratiquait un instrument de musique. C’était à Bayonne. Mon parcours a été très traditionnel : solfège, piano jusqu’au bac. Après mon bac, je suis venu à Toulouse. A mon entrée au Conservatoire j’ai arrêté le piano et pris des cours de musicologie à l’université. En même temps j’ai découvert le chant choral auprès d’Alix Bourbon, comme beaucoup. J’ai donc commencé à étudier le chant et j’ai fait partie du premier département de musique ancienne du Conservatoire : cours avec John Elwes et Guillemette Laurens… Puis j’ai suivi les cours de direction de chœur donnés par Alix Bourbon à l’université, effectué des stages. Si j’ai arrêté les cours de piano, j’ai continué à l’utiliser comme instrument de travail. En 1986, j’avais alors vingt-quatre ans, j’ai passé l’audition pour entrer dans Les Arts Florissants. J’ai ainsi participé, auprès de William Christie, à la grande aventure d’Athys, de Lully, à l’Opéra Comique et en tournée. En parallèle, j’ai passé une audition devant Philippe Herreweghe et je suis resté douze ans à la Chapelle Royale.

 : Quels rôles ont joué dans votre formation ces grands tuteurs que sont Alix Bourbon, William Christie et Philippe Herreweghe ?

J. S. : Ils m’ont permis d’abord de découvrir un répertoire que je ne connaissais pas. Ils m’ont donné le goût pour le chant d’ensemble et pour la direction. Ma rencontre avec Herreweghe a été déterminante. Pendant dix ans, j’ai assisté Philippe Herreweghe et participé à ses deux ensembles, la Chapelle Royale et le Collegium Vocale de Gand. J’ai découvert Bach avec lui et participé à plus de trente enregistrements discographiques, comme chanteur. Cette rencontre a beaucoup influé sur la suite. Ainsi en 1997, alors que j’animais un ensemble vocal amateur, j’ai décidé de fonder mon propre ensemble professionnel. Philippe Herreweghe m’a poussé, m’a encouragé dans ce sens. Nous somme d’ailleurs toujours restés en contact. Il reste pour moi un maître. Mon parcours s’est donc fait « à l’ancienne » : instrumentiste, chanteur, et puis un jour on prend la baguette !

 : Pendant quelques années, il y a eu deux ensembles Les Eléments, l’un professionnel, l’autre amateur. Qu’en est-il maintenant ?

J. S. : Le chœur amateur a pris de nom Archipels. On le considère un peu comme L’atelier vocal des Eléments. Il y a dans sa création une démarche pédagogique. Ses membres sont de bons amateurs, certains sont étudiants. Il s’agit bien d’une structure séparée. Les chanteurs du chœur Les Elément, quant à eux, sont tous professionnels. Quatre-vingt dix-neuf pourcents d’entre eux sont d’ailleurs intermittents du spectacle.


Joël Suhubiette (©M.Garnier)
 

 : Parlez-nous de l’ensemble Jacques Moderne.

J. S. : Il s’agit-là d’une autre histoire. En 1993, le grand musicologue Jean-Pierre Ouvrard dirigeait à Tours cet ensemble qui est devenu professionnel au moment de son décès. A cette époque-là, deux chanteurs de cet ensemble faisaient également partie de la Chapelle Royale. Ils ont proposé d’abord de m’inviter à diriger quelques programmes. A la suite de quoi, on m’a offert de diriger cet ensemble. Jacques Moderne est un chœur un peu différent des Eléments. Alors que les Eléments ne chantent pratiquement jamais à moins de dix-huit, nous somme souvent vingt-quatre et pouvons aller jusqu’à trente ou quarante. Jacques Moderne est plutôt un ensemble de solistes.

L’effectif dépasse rarement douze pour chanter de la musique renaissance et baroque. Avec eux nous allons jusqu’à Bach, alors qu’avec Les Eléments nous commençons à Bach. Le nom de Jacques Moderne est celui d’un des tout premiers éditeurs de musique au XVIème siècle. Jean-Pierre Ouvrard avait choisi ce nom pour son rôle important dans la musicologie.

 : Le répertoire des Eléments couvre un domaine d’une impressionnante diversité : dans le temps et dans les genres musicaux, de l’opéra au chant a cappella. Comment y parvenez-vous ?

J. S. : L’opéra reste occasionnel pour nous. On nous demande pour un certain répertoire français. Cette année nous avons fait à l’opéra comique « Fra Diavolo » de Aubert, nous ferons en décembre prochain le « Fortunio » de Messager. En février prochain, ce sera « Béatrice et Benedict » de Berlioz sous la direction d’Emmanuel Krivine. Les qualités de clarté de la langue que possède l’ensemble sont particulièrement recherchées pour ce répertoire. Nous travaillons beaucoup tous les répertoires a cappella, de l’époque renaissance jusqu’à l’époque actuelle en passant par la musique romantique. Je suis très attaché à la pratique a cappella qui permet de faire un travail approfondi sur la justesse, sur la couleur. Il ne faut jamais perdre cette exigence-là.

 : Est-ce que les récompenses qu’à reçues votre ensemble (Prix Liliane Bettencourt 2005, Victoire de la musique classique 2006) ont eu une influence sur la notoriété de l’ensemble ?

J. S. : C’est certain. Ces récompenses, notamment la Victoire de musique, nous ont ouvert certaines portes. Le Châtelet, le théâtre des Champs-Elysées, nous ont accueillis plus facilement, même si nous nous y étions déjà produits. Outre le plaisir qu’apporte une telle récompense, elle constitue à l’évidence un bel outil promotionnel.


Joël Suhubiette en concert

 

 : La direction d’orchestre vous occupe de plus en plus. Comment cela se passe-t-il ?

J. S. : En fait j’ai commencé assez tôt. J’ai fait ma première « Création » de Haydn avec le chœur amateur en 1992. C’était un peu une folie de jeunesse ! Mais au festival de Saint-Céré, j’ai souvent été invité pour diriger des opéras de Mozart : Les Noces de Figaro, La Flûte enchantée, Don Giovanni, L’Enlèvement au sérail... Et puis j’ai dirigé beaucoup d’oratorios. C’est un travail différent que j’aime beaucoup. Je suis ainsi souvent invité par l’Orchestre de Pau, dirigé par Fayçal Karoui qui fut à Toulouse l’assistant de Michel Plasson. J’y dirige souvent le répertoire classique : symphonies et concertos de Haydn, de Mozart…

Il y a deux mois, j’étais avec l’orchestre de l’opéra de Dijon pour les symphonies pour cordes de Mendelssohn. Je dirige aussi assez fréquemment l’Orchestre de Chambre de Toulouse : le Requiem de Mozart, la Nelson Messe de Haydn...

 : Vous participez ce soir même, en tant que chef de chœur, à l’exécution de la Messe en si mineur de Bach qui sera dirigée par Claus Peter Flor. Or vous avez déjà plusieurs fois dirigé vous-même cette œuvre. Comment s’élabore l’interprétation lorsque vous êtes le chef de chœur et qu’un chef d’orchestre dirige l’ensemble ?

J. S. : Il y a diverses façons de travailler. Parfois je « prête » le chœur à un chef avec lequel j’ai l’habitude de travailler, comme Christophe Rousset par exemple (j’ai déjà participé à six ou sept productions avec lui et ses Talens lyriques). C’est alors le travail le plus facile, car je sais ce que souhaitent ces chefs. Avec Jean-Marc Andrieu et l’orchestre Les Passions, c’était différent. Comme il est lui-même chef de chœur, je lui ai proposé de tout faire lui-même. Il m’a simplement demandé de faire le casting pour la production en question et il s’est chargé de la préparation du chœur et des répétitions. C’est très rare. En général, je prépare le chœur à l’avance. C’est le cas pour Claus Peter Flor avec lequel j’ai déjà travaillé à deux reprises. Je le connais, je sais à quoi il est très attentif. Il m’envoie à l’avance une partition annotée. Je peux donc préparer le chœur selon ces directives. Ensuite, si le chef souhaite d’autres phrasés, d’autres articulations, le chœur est professionnel, cela se fait pendant les répétitions. Certains chef me demandent mon avis, m’envoient dans la salle pour écouter l’équilibre sonore. C’est d’ailleurs le cas de Claus Peter Flor. Chaque chef a sa propre personnalité à ce propos. Je dois dire que je n’ai pas eu de mauvaise expérience dans ce domaine. Cela s’est toujours bien passé. Mon travail est de fournir au chef un chœur « opérationnel ». Ce que j’aime bien, c’est écouter et bien reconnaître mon chœur. Il m’est arrivé, pas ici à Toulouse, de ne pas reconnaître l’ensemble. Cela procure une impression bizarre… De toute façon, lorsqu’on me demande le chœur, je suis libre d’accepter ou de refuser.

 : Quels sont vos projets immédiats ?

J. S. : Les 22 et 23 avril prochains, dans le cadre des Rencontres des Musiques Anciennes d’Odyssud, avec une petite formation de huit solistes nous chantons un programme particulier qui associe Berio et Monteverdi. Le 19 mai, à la Halle-aux-Grains, ce sera un gros projet toulousain au cours duquel nous donnerons le Requiem de Mozart, avec l’Orchestre de Chambre de Toulouse en formation étendue que je dirigerai moi-même. En première partie il y aura une magnifique pièce pour 24 voix mixtes a cappella, intitulée « Nativités » de Patrick Burgan, un compositeur qui vit dans notre région. Il s’agit d’une partition de six à vingt-quatre voix, écrite en six langues qui se superposent. Le chœur devient un orchestre vocal dans lequel les langues se mélangent. J’ai pensé qu’il était intéressant d’offrir au public à la fois une œuvre connue et appréciée comme le Requiem de Mozart et la musique d’un compositeur actuel, professeur d’université à Toulouse, une musique écrite pour notre ensemble. Nous n’avons donné cette pièce que deux fois jusqu’à maintenant, et j’ai pensé qu’il était bien de l’associer au Requiem. Nous avons déjà créé plusieurs pièces de Patrick Burgan qui possède une connaissance poussée des voix et qui écrit très bien pour ensemble vocal.

Nous souhaitons un bel avenir à Joël Suhubiette et à ses ensembles.

Propos recueillis le 17 avril 2009 par Serge Chauzy

 

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Informations sur le choeur de chambre
Les Eléments
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