www.classicToulouse.com
ARCHIVES
 
 

 

Entretien avec Jean-Pierre Canihac - Les Sacqueboutiers - 24/11/2009
     

L’actualité vivante de la musique ancienne

En 2006, l’ensemble de cuivres anciens de Toulouse « Les Sacqueboutiers » célébrait les trente ans de sa fondation en organisant un grand symposium et un concours en première mondiale. Trente années pendant lesquelles les musiciens toulousains ont éveillé l’intérêt des mélomanes et des artistes pour un répertoire instrumental et vocal d’une richesse insoupçonnée à l’origine. La renaissance de cette littérature pour cuivres anciens s’est effectuée dans le sillage des « grands anciens » du renouveau baroque (ceux que l’on a baptisés avec un peu de condescendance « les baroqueux »), les Harnoncourt, les Leonhardt, les Malgoire… Collaborant avec ces découvreurs passionnés, les musiciens de l’ensemble se sont renouvelés au cours des ans. Jean-Pierre Canihac, co-fondateur et co-directeur artistique des Sacqueboutiers, avec son compagnon de route Daniel Lassalle, reste à la pointe de la recherche d’un répertoire et d’une pratique instrumentale qui alimentent l’actualité vivante de la musique ancienne. Rien de figé dans sa démarche, bien au contraire. La résurrection de partitions nouvelles du passé s’accompagne d’une réflexion profonde sur la meilleure manière de leur rendre justice. Ce travail passionné et passionnant a d’ailleurs été salué à plusieurs reprises par l’accueil fait aux productions discographiques de la formation et sa nomination dans la catégorie des ensembles de l’année aux « Victoires de la Musique Classique 2008 ». De retour d’une tournée en Amérique du Sud avec ses compagnons, Jean-Pierre Canihac a très volontiers accepté de répondre à nos questions sur l’histoire et les activités de cet ensemble hors norme.


Jean-Pierre Canihac, cornettiste et directeur musical de l'ensemble "Les Sacqueboutiers" (Photo Patrice Nin)

Classic Toulouse  :Comment est né en 1976 l’ensemble « Les Sacqueboutiers » ?

Jean-Pierre Canihac. : Il est né de la transformation d’un ensemble de cuivres modernes qui avait été créé par Jean-Pierre Mathieu (professeur de trombone et de musique de chambre au Conservatoire de Toulouse) et Xavier Darasse, compositeur et animateur infatigable. Alors que nous étions amenés à aborder, avec ces instruments modernes, un répertoire datant de la Renaissance, nous avons confusément senti que ce n’était pas la bonne manière de jouer cette musique. Nous sommes alors partis à la recherche de l’instrumentarium originale, celui de l’époque de ces partitions. Et nous avons découvert la sacqueboute et le cornet à bouquin, les cuivres anciens par lesquels nous avons décidé de remplacer trombone à coulisse et trompette à piston.

 : Comment pouvait-on alors apprendre à jouer ces instruments anciens ?

J-P C. : On ne le pouvait pas. Il fallait se débrouiller avec les moyens du bord ! C’était moins difficile pour la sacqueboute dont le trombone n’est que le prolongement naturel. La technique reste très proche. En revanche, le cornet à bouquin ayant carrément disparu, il a bien fallu partir à la recherche des traités du XVIIème siècle, essentiellement italiens, qui donnent quelques indications précieuses sur la manière d’interpréter et d’ornementer les œuvres de cette époque. Hélas il n’existait pas de méthode didactique, comme pour la trompette (Bendinelli 1614, Fantini 1638). L’instinct musical a pallié ces manques.

 : Où trouvait-on le répertoire ?

J-P C. : Dans les bibliothèques riches en musiques italiennes du XVIIème siècle : Bologne, Venise, la Bibliothèque Nationale de Paris, Bruxelles, Londres, Nuremberg, Uppsala, Cracovie, etc… Pour la musique espagnole de cette époque, très riche également, Madrid, Séville, Salamanque, constituaient des passages obligés.

 : Quelle a été votre parcours personnel ? Comment avez-vous décidé de devenir trompettiste ? Et ensuite cornettiste ?

J-P C. : Mon père était jardinier. Ma vocation est née de la découverte que la vibration des lèvres soufflant dans sa lance d’arrosage pouvait se transformer en sons harmonieux ! J’ai donc choisi tout naturellement la trompette, l’instrument qui correspondait sans doute le mieux aux sensations que j’avais découvertes étant enfant… Beaucoup plus tard, j’ai dû constater la pauvreté du répertoire de la trompette moderne à pistons. C’est alors que je me suis intéressé à la redécouverte des instruments anciens, et notamment au cornet à bouquin qui jouait, à l’époque, le rôle d’instrument de « dessus », au même titre que le violon, la flûte et la voix, m’ouvrant ainsi un immense répertoire inaccessible à l’instrument moderne.


"Les Sacqueboutiers" lors d'une exécution du "Combat de Tancrède et Clorinde" de Monteverdi (Photo Patrice Nin)

 : Comment a évolué l’ensemble et sa composition ? Avec quels autres instruments, artistes ou autres formations vous associez-vous ?

J-P C. : Au départ nous adaptions les musiques concernant nos instruments à notre formation initiale, deux cornets, deux sacqueboutes, un orgue positif. C’est bien sûr lorsque nous avons voulu aborder un répertoire plus large que nous avons été obligés d’élargir et de varier notre effectif en fonction des besoins artistiques. Ainsi, chanteurs, violons, violes, chitarrones (ou luths, ou guitare baroque), chalemies (l’ancêtre du hautbois), bassons, percussions, se joignent régulièrement aux cornets et sacqueboutes qui restent la base de notre ensemble.

 : Quel est votre répertoire actuel et comment le trouvez-vous ? « Les Vêpres de la Vierge » de Monteverdi n’occupent-elles pas une place particulière dans ce répertoire ?

J-P C. : Notre répertoire correspond essentiellement à celui de la Renaissance et du début du Baroque dans toute l’Europe. A l’époque l’utilisation des cuivres anciens était très répandue, ce qui nous permet d’aborder aujourd’hui des musiques très différentes bien qu’ayant été contemporaines. L’Italie reste le réservoir le plus riche, mais de très belles partitions existent aussi en Allemagne, en Angleterre, en Espagne.
L’oratorio « Les Vêpres de la Vierge », de Claudio Monteverdi, représente l’œuvre certainement la plus accomplie du Maître de Mantoue. Elle est instrumentée avec trois cornets et trois sacqueboutes. La difficulté de la partition en fait un peu le cheval de bataille des cuivres anciens mais permet aux musiciens les plus habiles de transcender leur art, pour révéler au mieux ces moments de musique magique. Pour ma part j’ai dû jouer cette partition plus de deux-cent cinquante fois. L’ensemble a été sollicité pour participer à quelques huit intégrales discographiques, depuis la première version de Michel Corboz. Et je n’en ressens vraiment aucune lassitude. C’est toujours un grand bonheur pour moi d’y revenir.

 : Quelle est votre politique d’enregistrement discographique ?

J-P C. : Notre but est tout simplement de faire découvrir au public d’horizons différents les œuvres composées pour nos instruments, en essayant de démontrer que la musique ancienne n’est pas poussiéreuse, mais bien contemporaine et accessible à tous les mélomanes. C’est donc un choix de discographie très éclectique que nous nous efforçons de maintenir, avec l’enregistrement d’environ un album par an. Cette année deux enregistrements viennent de paraître. Le premier publié illustre un programme de musiques vocales et instrumentales essentiellement italiennes (avec motets et madrigaux) intitulé « Clair-obscur dans le sillage du Caravage », que nous avons réalisé avec la soprano argentine Adriana Fernandez. Le second associe notre ensemble à l’orchestre les Passions et au groupe de musique traditionnelle occitane de La Mounède pour une célébration festive d’un Noël Baroque Occitan.


De gauche à droite, Daniel Lassalle, co-directeur musical des "Sacqueboutiers" et
Jean-Pierre Canihac lors de la participation de l'ensemble au "Noël Baroque Occitan"
(Photo P. Nin)

 : Où se déroulent la plupart de vos concerts ? Vos tournées ?

J-P C. : Partout où il y a des gens de goût ! En France en premier lieu, à Toulouse et dans la région, bien sûr, mais aussi beaucoup en Europe : Espagne, Allemagne, Autriche, Pologne, Italie, Croatie etc… Outre mer également. L’année dernière, nous avons effectué une grande tournée de sept concerts au Canada, puis une autre au Mexique. Récemment nous avons visité l’Argentine et le Brésil, où l’accueil a été vraiment très chaleureux…

 : Quels sont les soutiens qui vous fournissent les moyens de fonctionner ?

J-P C. : Les aides qui nous sont indispensables pour fonctionner et pour réaliser nos projets viennent des fonds publics que nous allouent la Mairie de Toulouse, la DRAC, le Conseil Régional, le Conseil Général. L’ADAMI, la SPEDIDAM et Culturesfrance nous aident également pour les tournées que nous effectuons à l’étranger. Nous sommes très reconnaissants à ces organismes.

 : Quelle est votre actualité musicale et quels sont vos projets immédiats ?

J-P C. : L’année qui va s’ouvrir est particulièrement riche en projets. Outre les nombreux concerts que nous donnerons en France et à l’étranger, notre activité musicale se concentre, cette saison, sur trois projets particuliers. L’un concerne « Les Vêpres de la Vierge », de Monteverdi, que nous montons en juin 2010, dans le cadre de la saison lyrique du Théâtre du Capitole, en collaboration avec le chœur du Capitole et son nouveau chef Alfonso Caiani. Je serai chargé de la direction musicale. Puis nous allons procéder à la création d’une œuvre de musique contemporaine écrite spécialement pour notre formation et nos instruments par le compositeur brésilien Marco Padilha, probablement en novembre 2010. Enfin, nous imaginons une création originale intitulée « Le Jazz et la Pavane », associant à notre ensemble un quatuor de jazzmen très réputés, dont Philippe Léogé piano, Claude Egéa trompette, et Denis Leloup trombone. Le but est ici de mettre en évidence les similitudes qui existent entre les improvisations de jazz et les ornementations dans la musique de la Renaissance. Ainsi le public pourra évaluer, au travers d’esthétiques musicales différentes, éloignées de presque 400 ans, l’importance de l’interprétation au service de l’émotion.

 : Et sur le plan pédagogique ?

J-P C. : De nombreuses interventions dans ce sens sont au programme cette année. Nous participons au projet municipal de « Parcours Culturel Gratuit », mis en place par Nicole Belloubet, première adjointe à la Culture, au travers de six interventions ciblées dans une école de l’agglomération toulousaine. Nous organisons également des master-classes au Conservatoire à Rayonnement Régional de Tarbes, et à l’Ecole Supérieure de Musique de Catalogne de Barcelone. Une présentation d’instruments est programmée autour de l’orchestre de Pau avec la participation active de certains membres de cette formation. En mars prochain, nous présentons à Odyssud le programme « Fay ce que vouldras », autour de Rabelais, avec une conférence-débat sur ce sujet particulièrement réjouissant.

 : Nous vous souhaitons la plus large réussite.

Propos recueillis à Toulouse le 24 novembre 2009

 

infos
 

Informations sur l'ensemble
de cuivres anciens

Les Sacqueboutiers :

Tél : +33 (0)5 61 13
00 18
Fax : +33 (0)5 61 13
33 02

Courriel :
les.sacqueboutiers@
wanadoo.fr


Site Internet :
http://www.les-
sacqueboutiers.com/

 
 
 

 

copyright © 2007
www.classictoulouse.com
- tous droits réservés -
infos légales

 

 

 

entretiens - festivals - concerts - danse - opéra - disques - dvd - partenaires - contacts - liens - index