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Entretien avec Ilan Volkov - Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny - 12/11/2010
     

Un formidable appétit musical

Si certains chefs d’orchestre se plaisent à résider dans leur tour d’ivoire, enfermés dans un répertoire de spécialiste bien délimité, ce n’est en rien l’attitude d’Ilan Volkov. Le jeune et dynamique chef israélien, présent à Toulouse à l'invitation de Frédéric Chambert pour la création de l’opéra de Kurt Weill « Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny » et également pour un concert symphonique avec l’Orchestre national du Capitole, a accepté très cordialement de répondre à quelques unes de nos questions. Né à Tel Aviv en 1976, Ilan Volkov connaît des débuts de chef d’orchestre particulièrement précoces, puisqu’il devient « Principal Conductor » du London Philharmonic Youth Orchestra en 1997, et chef assistant de Seiji Osawa auprès de l’Orchestre Symphonique de Boston en 1999. Présidant de 2003 à 2009 aux destinées artistiques du BBC Scottish Symphony Orchestra, il parcourt le monde, invité à diriger les grandes formations symphoniques et se forge ainsi un répertoire particulièrement large et original.


Le chef d'orchestre israélien Ilan Volkov (Photo BBC Chris Christodoulou)

Classic Toulouse  : Vous avez été fréquemment invité à diriger l’Orchestre national du Capitole. Quelles ont été vos précédentes apparitions toulousaines ?

Ilan Volkov : Nous avons déjà fait ensemble quatre concerts. Le premier était un concert du dimanche destiné aux enfants. Puis il y a eu trois grands concerts en soirée avec des programmes très divers. Olivier Messiaen (avec la Turangalîlâ Symphonie et Oiseaux exotiques), Ravel, Janacek, Ligeti… et donc beaucoup de musique du 20ème siècle. Cela convient très bien à cet orchestre et c’est un grand plaisir de jouer cette musique un peu en marge des grands répertoires traditionnels. J’aime bien aborder de nouvelles œuvres. C’est le cas d’ailleurs avec l’opéra de Kurt Weill que je viens diriger ici pour la première fois. En particulier j’ai une prédilection pour Messiaen que je mets souvent au programme de mes concerts. Ce fut le cas récemment avec « Eclairs sur l’Au-Delà… ».

 : Vous êtes dont très attiré par la diversité du répertoire musical ?

I. V. : Pour moi c’est intéressant d’aborder des œuvres très différentes. Certains musiciens préfèrent se concentrer sur des pièces plus « lourdes ». J’essaie plutôt de m’ouvrir l’esprit sur des esthétiques diverses. Depuis dix ans, la plupart des œuvres que je dirige sont nouvelles pour moi. Je ne mets pas à mes programmes plus de 20 à 30 % de partitions que j’ai déjà dirigées. Evidemment, c’est un peu fou ! Je me dis parfois que je devrais me calmer, mais j’aime ça. Le répertoire est tellement large. Et puis vous ne pouvez pas savoir si vous allez aimer telle ou telle œuvre avant de la diriger. C’est ainsi que j’approfondis ma connaissance d’un compositeur donné.

 : Comment s’est décidé votre engagement dans la carrière musicale ?

Photo Simon Butterworth
 

I. V. : Mon père, d’origine ukrainienne, était pianiste concertiste et professeur et ma mère, si elle n’était pas elle-même musicienne professionnelle, est issue d’une famille très impliquée dans la musique notamment dans l’édition. Son père est originaire de Baden-Baden, en Allemagne. Mes grands parents maternels ont vécu à Berlin. Avec mon père, nous avons beaucoup fait de musique ensemble. J’ai appris le violon et le piano, puis peu à peu commencé à composer et à diriger. Il y a longtemps que j’ai arrêté de composer, mais cela m’aide beaucoup à aborder des musiques nouvelles. Il est très important de savoir comment on écrit de la musique, même quand on a arrêté de composer. Cela permet en quelque sorte de pénétrer dans l’esprit du compositeur. On apprend beaucoup ainsi…

 : Est-ce que vous partagez votre activité de chef d’orchestre entre le concert et l’opéra ?

I. V. : Je me consacre surtout au concert. Je n’aborde l’opéra qu’une année sur deux environ. Le précédent opéra que j’ai dirigé était « Peter Grimes » de Benjamin Britten, à l’opéra de Washington. C’était il y a un an et demi. Bien sûr cela peut évoluer au cours des vingt prochaines années. Mais pour l’instant je préfère cette solution, car j’ai une petite fille et je ne souhaite pas voyager et m’absenter très longtemps. Cette fois, c’est vraiment très long. Heureusement, ma famille vient me rejoindre dimanche… Diriger un opéra vous oblige à être conscient de tout ce qui se passe, à dominer l’ensemble de l’œuvre, à vous faire une idée précise de ce que vous souhaitez vraiment. Ici, par exemple, je n’ai pas eu à choisir la distribution. Mais j’en suis très satisfait !

 : Quelle a été votre approche de Kurt Weill ? Avez-vous déjà dirigé ses œuvres ?

I. V. : Je n’ai dirigé jusqu’à ce jour que son concerto pour violon (une belle partition) et des extraits symphoniques de L'Opéra de quat'sous (Die Dreigroschenoper). J’ai par contre beaucoup dirigé Stravinski, Bartók, Janacek, Schönberg, Berg. Cela m’aide beaucoup à aborder Mahagonny. C’est étonnant d’observer à quel point cette œuvre est moderne et contemporaine. Elle n’a pas vieilli du tout. Elle témoigne d’une grande imagination et résulte d’une multitude d’influences. Paradoxalement, une partie de Mahagonny est un peu de l’anti-opéra, comme une sorte de révolte. Bien présenté, c’est extrêmement puissant. L’œuvre ne cherche pas à rassurer. Elle traite de la vie et pose la question : est-ce que la vie est bien ce qu’elle devrait être ? Lorsqu’on regarde autour de soi, cela reste totalement d’actualité. En outre, Weill sait tirer profit de toutes les musiques, un peu comme Stravinski, et notamment des musiques dites « légères ». C’est extraordinaire comme il parvient à combiner toutes ces influences. Je ne connais pas d’autre pièce qui intègre cela de manière aussi forte. Dramatiquement, le spectateur sait à l’avance ce que la scène suivante va lui présenter. L’œuvre veut porter un message clair. D’une certaine manière, bien sûr, il s’agit d’un message politique, mais qui ne prétend pas se situer au-dessus du public. En cela c’est tout-à-fait antiwagnérien ! Le compositeur américain Steve Reich a souligné le caractère unique de cette partition qui intègre aussi bien le banjo, que la guitare ou le saxophone.

 : Le 25 novembre prochain, vous dirigez l’Orchestre pour un concert particulier…

I. V. : Oui en effet. Nous jouerons une pièce nouvelle de Bruno Mantovani et ce concerto pour violoncelle d’Henri Dutilleux que j’ai toujours souhaité diriger. Je me réjouis de le faire avec Gautier Capuçon, avec lequel j’ai déjà travaillé. Je vais également le redonner plus tard. J’admire depuis si longtemps la musique de Dutilleux que je suis très heureux de pouvoir enfin diriger son œuvre.

 : Vous participez à un projet particulier à Tel Aviv, le Levontin 7. Pouvez-vous nous en parler ?

I. V. : Je suis l’un des propriétaires, une sorte de conseiller musical, de ce club de musique. L’établissement est très actif. Il présente deux spectacles par jour. C’est très petit et très fréquenté. On n’y présente pas de musique classique, mais plutôt du rock, du jazz, de l’improvisation libre, de la musique expérimentale. Son activité ne reçoit aucune subvention. Ses ressources ne proviennent que du prix des boissons ! C’est intéressant de voir ce que l’on peut faire sans subvention. J’observe que dans ces conditions il n’arrive jamais aux musiciens de monter sur scène pour faire quelque chose qu’ils n’aiment pas. Dans les circuits traditionnels, on oublie parfois que faire de la musique procure le plus grand plaisir qui se puisse imaginer. Et en plus on est payé pour ça ! Au Levontin 7, j’ai ainsi la chance de jouer du violon, d’improviser, de réunir des musiciens d’horizons divers. D’ailleurs en février, je vais diriger en Espagne un orchestre d’improvisateurs. Ce sera au cours d’un festival à Madrid. Je m’en réjouis à l’avance.

 : Merci beaucoup et bon festival

Propos recueillis par Serge Chauzy à Toulouse le 12 novembre 2010

 

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Renseignements, détail complet de la saison du Théâtre du Capitole :

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Renseignements, détail complet de la saison de l'Orchestre National du Capitole :

www.onct.mairie-toulouse.fr
 

 

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