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Entretien avec Guillaume Coppola - Piano aux Jacobins 2012
10/07/2012
     

Guillaume Coppola, l’ouverture musicale

Alors que sa carrière le conduit dans le monde entier où il connaît les succès les plus brillants, le jeune pianiste Guillaume Coppola revient à Toulouse pour un récital important dans le cadre du 33ème festival Piano aux Jacobins. Après sa participation en 2011 à Toulouse d’Eté où il avait magistralement interprété la deuxième des Années de Pèlerinage de Franz Liszt, il sera donc de nouveau l’hôte de la ville rose dans un programme particulièrement original. C’est à Besançon, où résidait sa famille, qu’il a obtenu en 1997 une médaille d’or au Conservatoire National de Région. A vingt ans Guillaume Coppola est admis au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris dans la classe de Bruno Rigutto. Les nombreuses récompenses qu’il reçoit alors l'encouragent à vivre pleinement sa vocation : Premier Prix de Piano, puis Diplôme de Formation Supérieure de piano et musique de chambre avec Mention Très Bien. Il est également lauréat de la Fondation Cziffra, de la Fondation de France, de l'ADAMI et de plusieurs concours internationaux. Sa curiosité musicale le conduit à étendre son répertoire autour de la période romantique dans laquelle il peut exprimer « la partie exaltée de (son) tempérament ». Avant sa venue au cours du prochain festival toulousain, Guillaume Coppola a gentiment accepté de répondre à quelques unes de nos questions.



- Photo Emilie Mille -

Classic Toulouse  :Comment s’est décidé votre engagement dans la musique ? Quelles sont les personnalités musicales qui vous ont marqué ou influencé ?

Guillaume Coppola :
Ma famille ne comptait pas de musiciens. J’ai grandi dans un village proche de Besançon, avec pour voisins des musiciens amateurs et un atelier musical dans mon école primaire. Au tout début, j’ai joué pour faire comme mes amies voisines. Mes parents ont provoqué mon choix de l’instrument par l’intermédiaire de différents disques. Ne connaissant pas très bien la musique classique, ils ont acheté un ensemble d’enregistrements de grands « tubes » comme le concerto pour flûte et harpe de Mozart, des concertos pour trompette et puis il y avait un 33 tours de pièces pour piano et orchestre de Franz Liszt (déjà !) avec la Totentanz, la Fantaisie Hongroise... En fait c’est probablement ce disque qui a décidé de mon choix du piano comme instrument de prédilection.
L’étincelle a été un stage auquel j’ai participé à l’âge de quatorze ans : une série de master-classes d’été avec France Clidat. Coïncidence ou hasard, France Clidat était précisément l’interprète de ce fameux disque Liszt… Cette rencontre a été décisive. France Clidat a parlé elle-même de coup de foudre musical entre nous. Elle m’a donné ce frisson, ce désir d’aller plus loin avec ce piano qui véhicule une émotion, qui raconte une histoire. Ensuite, j’ai rencontré Bruno Rigutto qui a été mon professeur au conservatoire de Paris. Là aussi ce fut une rencontre importante dans la continuité de France Clidat. Bruno Rigutto insistait beaucoup sur le fait que le piano ne doit pas seulement chanter. Il doit parler. Cette idée de transmettre un message, de raconter une histoire, de faire passer un sentiment dramatique, était très importante.

 : Lorsque vous avez commencé à vous produire en public, quelle a été votre relation avec ce public et qu’est-elle devenue ?

G. C. :
C’est une chose qui évolue avec le temps. Très jeune, il y avait une sorte d’inconscience de ma part, bien que le trac soit déjà là. J’ai toujours eu cette conscience d’une responsabilité. Celle de présenter une œuvre que l’on a travaillé pendant des semaines, et de rendre au mieux tout ce travail d’artisan. Le jour du concert, il faut que le résultat, présenté d’un jet, soit abouti. J’ai donc toujours ce trac, mais aussi l’émotion du contact, de l’échange, du partage. Finalement, le public est un catalyseur. Même s’il y a souffrance, au-delà se manifeste un dépassement. On ne se reconnaît plus vraiment. On se dépasse soi-même. Avant le concert, c’est difficile, pendant le concert, il y a cette excitation, cette adrénaline, puis à la fin, on a envie de recommencer… C’est vraiment très étrange !

 : Entre le récital, le concerto et la musique chambre, avez-vous une préférence ?

G. C. :
J’aime bien la diversité de ces trois activités. En fait, les choses se partagent en fonction de la demande. Mais j’aime beaucoup le récital pour la liberté qu’il apporte. A la fois, c’est très difficile, on est à nu, et en même temps on possède les commandes du navire… Il se passe parfois des choses magiques que l’on est seul à gérer. On peut avoir soi-même des surprises. Même si on travaille de façon très détaillée, très fouillée, la musique est un langage et, comme tout langage, il varie, il se modifie en fonction du contexte. Pour nous il varie en fonction du piano, de la salle, de son acoustique et puis également en fonction du public.



- Photo Cyrille Cauvet -

 : Votre répertoire s’élargit au cours du temps. Comment le construisez-vous ?

G. C. :
C’est finalement assez complexe. Il y a d’abord le désir personnel et les coups de cœur. Il y a des œuvres qu’on attend de pouvoir monter, mais ce n’est pas forcément le bon moment. On essaie de concilier cela avec la demande. Parfois une thématique de festival permet de faire le lien avec telle ou telle pièce que j’ai envie de jouer depuis très longtemps. Et puis parfois on vous appelle pour jouer une œuvre précise. C’est un peu un jeu de jonglage. On essaie de concilier son épanouissement personnel en jouant des pièces avec lesquelles on se sent comme en miroir avec le fait de satisfaire un organisateur de concert qui souhaite vous entendre dans un répertoire déterminé.

 : Les programmes de vos concerts le démontrent, vous vous intéressez à la production musicale contemporaine.

G. C. :
Dans le travail d’œuvres contemporaines, nous avons l’impression de participer à l’évolution du langage et d’être un peu acteur, de manière indirecte, et surtout témoin du processus de création. Il peut arriver que l’on travaille directement avec le compositeur. On peut alors voir la partition évoluer, de l’état d’esquisse jusqu’à son aboutissement.

 : Le programme que vous avez choisi pour votre tableau concert de Piano aux Jacobins, le 15 septembre prochain, fait la part belle à la musique d’aujourd’hui. Pouvez-vous nous en parler ?

G. C. :
La première pièce du récital est signée Tōru Takemitsu. Il est associé, dans ce programme, à Debussy. J’ai depuis très longtemps des affinités avec Debussy. C’est un univers auquel je suis très sensible. Avec Takemitsu, on est bien dans un prolongement de Debussy. Il y a cette même sensualité, cette suavité des harmonies, des enchaînements d’accords, une sorte de flottement dans la manière de peindre les choses comme pour une aquarelle. D’ailleurs la peinture sera très présente au cours de ce concert toulousain, puisque le tableau de Monique Frydman, Les Dames de nage, sera exposé. Le programme est une sorte de voyage dans lequel figurent quelques connections. Ainsi aux Children’s corner (Coin des enfants), de Debussy, est associé Kinderstück (Pièce d’enfant) d’Anton Webern. Ce voyage part de Nages, dans le Tarn, d’où est originaire l’artiste peintre Monique Frydman. Avec Webern, il passe par Vienne, lieu incontournable des grandes ruptures vers l’atonalité. Puis ce sera un passage au Portugal avec Isabel Pires. Cette compositrice m’a raconté qu’après m’avoir entendu jouer en concert La Puerta del Vino de Debussy, elle a eu un besoin irrépressible de composer cette pièce, Ombres, qu’elle a complètement ébauchée pendant toute la nuit qui a suivi ! Elle n’a eu ensuite qu’à affiner les choses. Ce qui l’a inspirée chez Debussy, ce sont les contrastes d’ombre et de lumière, les « brusques oppositions d’extrême violence et de passionnée douceur ». Elle a donc écrit dans ce sens cette pièce, Ombres, qui m’est dédiée. Une pièce pleine de contrastes, de lignes très douces et sensuelles et d’accords violents qui tombent comme des couperets. C’est d’autant plus surprenant qu’Isabel Pires est une femme très douce, plutôt timide, et elle écrit une musique qui parfois est d’une grande violence.



- Photo Emilie Mille -

 : Pouvez-vous nous parler du compositeur Gao Ping, dont vous jouerez également une pièce ?

G. C. :
J’ai rencontré ce compositeur en Chine en 2007. J’ai alors travaillé cette pièce dont Gao Ping, qui vit maintenant en Australie, m’a raconté qu’elle traduisait une sorte de souvenir de son enfance dans des immeubles d’architecture communiste. Il y évoque cette promiscuité des familles, ce vacarme permanent, ces bruits de cuisine, de conversation. Il se souvient d’avoir entendu émerger de ce vacarme ambiant un son de piano, des bribes de Mazurka de Chopin. Cette pièce est donc une transcription de ce vécu dans laquelle il utilise cette Mazurka associée à un thème qui lui est propre. J’ai déjà joué cette œuvre plusieurs fois, mais je ne pense pas qu’elle ait été donnée en France.

 : Luciano Berio est également au programme…

G. C. :
Oui, extrait des Six encores pour piano, Brin est un petit mouvement très bref, comme une improvisation, un travail sur les résonances. Dans ce programme j’ai essayé de trouver une respiration en alternant une pièce de dix, quinze minutes avec une pièce courte qui pourrait être jouée en bis.

 : Bien qu’il ne figure pas au programme de ce prochain concert, Liszt est un compositeur particulier pour vous, n’est-ce pas ?

G. C. :
Oui en effet. Après ma rencontre avec France Clidat, le lien qui était latent avec ce compositeur a fleuri et grandi pour aboutir à ce premier disque « Portrait » qui lui est consacré. Ainsi, ma sortie du Conservatoire de Besançon s’est faite avec La vallée d’Obermann, le morceau imposé à l’époque pour la médaille d’or. Puis quand j’ai passé mon prix au CNSM dans la classe de Bruno Rigutto, j’ai choisi Funérailles… J’ai été très ému récemment au cours d’un mois de mai très particulier. Il était prévu depuis un an environ que je joue la Totentanz avec l’Orchestre de Saint-Etienne. C’était un peu comme un aboutissement après ce 33 tours que j’écoutais à l’âge de dix ans. Et le décès de France Clidat, que j’étais allé voir quelques jours avant, est survenu deux semaines avant ce concert. Tout cela était très émouvant.

 : Est-ce que vous avez des projets discographiques ?

G. C. :
Le concert de Piano aux Jacobins coïncide avec la sortie d’un nouveau disque autour des Danses espagnoles de Granados. A ce propos, j’ai lu récemment une interview de Monique Frydman qui parlait de son parcours. Elle disait que ses premières émotions picturales étaient liées à l’Espagne, notamment avec Le Greco et plus tard Picasso. C’est assez amusant, la boucle est donc bouclée avec ce récital à Toulouse où l’Espagne est très présente. Donc en bis je pourrais offrir une de ces Danses Espagnoles

 : Merci beaucoup pour cet entretien et tous nos vœux pour la suite de votre parcours.

Propos recueillis le 10 juillet 2012 par Serge Chauzy

 

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Informations sur le
Festival International,
Piano aux Jacobins -
page d'accueil :


www.pianojacobins.com


Le programme général :


www.pianojacobins.com
/programme-festival.html

Site Internet officiel de Guillaume Coppola :

http://www.guillaume
coppola.com/

 

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