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Entretien avec Robert Gouazé -15/11/2009
     

« Un seul regret : partir ! »

Voilà 32 ans que nous croisions le sourire de Robert Gouazé, tous les soirs, que ce soit au Capitole ou à la Halle aux Grains. Et pour cause, Robert Gouazé était l’administrateur général du Théâtre et de l’Orchestre du Capitole.  En ce 2 novembre 2009, cet Ariégeois d’origine a fait valoir ses droits à une retraite amplement méritée.
Retour sur, non pas une carrière, mais des souvenirs.
Et Dieu sait que sur ce sujet, le nouvel administrateur général  honoraire de cette illustre maison pourrait écrire plusieurs livres !


Robert Gouazé ancien administrateur général du Théâtre du Capitole

Classic Toulouse  : Parlez-nous des grandes évolutions que vous avez vécues dans le monde de l’art lyrique depuis trente ans que vous êtes un acteur privilégié de cet univers.

Robert Gouazé : Je suis en poste depuis 1977, au début sous la houlette d’Auguste Rivière, à qui j’ai eu l’honneur de succéder à ce poste. C’est dire que je ne suis pas arrivé au début de cette évolution. Mais effectivement je l’ai tout de même bien vécue au travers de  toutes ces fantastiques expériences que nous avons connues à la Halle aux Grains sous la direction de Michel Plasson. L’opéra sortait enfin de l’abîme dans lequel les années 60 l’avait vu se précipiter.
Les années 80 à Toulouse ont été incroyables : changement de lieu, nouvelles productions, nombreuses répétitions, fabrication de décors et de costumes, etc. L’opéra étant la conjonction de tous les arts, ce renouveau a été aussi celui des costumiers, des perruquiers et des éclairagistes.
Sans parler de la crédibilité retrouvée des interprètes. Comment ne pas évoquer ici Karan Armstrong dans Salomé à la Halle aux Grains ! Ou encore Roberto Alagna dans Roméo  et Marcello Alvarez dans l’Elixir d’amour !
Ce renouveau s’est accompagné d’un retour massif du public, un public de plus en plus averti et exigeant. Plus question aujourd’hui d’un gosier en or pour un grand air. Cette époque est définitivement révolue. D’ailleurs, aujourd’hui, la critique consacre les 2/3 de ses papiers à la production. C’est un signe.

 : A propos des nouvelles mises en scène ?

RG :
Je vois ce que vous voulez dire. Je pense que le Capitole a été épargné de certains excès que nous connaissons aujourd’hui, en particulier dans les pays de l’Est. Et ceci grâce à des directeurs vigilants, que ce soit Michel Plasson, Jacques Doucet ou Nicolas Joel.

 : De grands souvenirs, des rencontres inoubliables ?

RG : Mes grands souvenirs sont à base de rencontres avec des hommes. J’ai eu la chance de travailler avec des personnages hors du commun, je parle de Michel Plasson et Nicolas Joel. Mais il y a eu aussi Jacques Doucet, c’est lui qui m’a permis de remettre le Capitole à flot financièrement grâce aux abonnements d’opérettes. Je ne l’ai pas oublié. Aujourd’hui je passe le témoin en toute sérénité, car la situation tant au point de vue du public que des finances est saine. C’était ma mission et mon ambition. Dans mes rencontres capitales, je souhaite évoquer également l’ancien directeur de l’Opéra de Paris : Hugues Gall.
Dans les souvenirs impérissables, il y a aussi nos interventions au Palais Omnisport de Paris Bercy. Imaginez un peu : deux orchestres, trois distributions, près de 100 000 spectateurs pour chaque série. Quelle aventure ! Comment oublier également la première fois que le nom de Toulouse a été imprimé sur les affiches du Metropolitan Opéra de New York. Si l’on n’est pas fier de cela… Entendons-nous bien il s’agit de la fierté de voir ce que représente le nom du Capitole de Toulouse dans le monde.
En matière de spectacles, le premier qui m’a véritablement marqué restera Salomé en 1979. Le dernier sera incontestablement La femme sans ombre en 2006. Deux Strauss, mais c’est un hasard !

 : Que pensez-vous des retransmissions d’opéras en direct au cinéma ?

RG : Je suis un peu partagé d’autant que je ne suis jamais allé à l’une de ces retransmissions. Mais en fait, si cela doit amener un nouveau public dans les salles d’opéras, pourquoi pas ? Mais je souhaite rajouter qu’aujourd’hui le public est en constant renouvellement. Contrairement à ce que certains disent, le public d’opéras n’est pas sclérosé. Beaucoup de jeunes profitent de nos actions envers eux, découvrent ainsi l’opéra et deviennent notre nouveau public. L’année dernière nous avons joué à guichet fermé toute l’année. Je pense que tant que le niveau actuel des représentations sera maintenu, il n’y a aucun problème ni de public ni de fréquentation.

 : Des voix s’élèvent aujourd’hui contre les coûts exorbitants du genre lyrique et des subventions permanentes qu’il exige. Le théâtre lyrique est-il, plus particulièrement en ces temps de crise, en danger ?

RG : Quand vous héritez d’une maison de famille, votre seul souci est de l’entretenir, voire de l’embellir et surtout de la faire vivre. Le Capitole existe depuis trois siècles. Il fait partie intégrante de la ville de Toulouse, de sa mémoire et de son patrimoine.
Ensuite il y a des aspects objectifs et d’autres subjectifs. Parmi les premiers, il y a les retombées économiques liées à l’emploi induit par notre activité, je parle des hôtels, des restaurants, des locations par les artistes, je parle aussi de tout ce que nous achetons pour fabriquer un spectacle. En termes d’aspects subjectifs, c’est tout simplement le nom de Toulouse qui est porté par nos coproductions, par la presse nationale et internationale, par les artistes également qui nous mettent au même rang que New York, Vienne, Londres ou Madrid. Pour eux, être invité à Toulouse est un honneur. Et je vous assure qu’ils le font savoir ! Tous les élus municipaux avec lesquels j’ai eu le plaisir de travailler le savaient et nous ont toujours suivi sur cette voix de l’excellence. Sans leur engagement le Capitole ne serait pas ce qu’il est devenu.

 : Un regret ?

RG : Certainement celui de quitter cette maison. Une consolation tout de même. Vous savez, cette institution ne peut marcher qu’avec un binôme qui fonctionne la main dans la main : le directeur artistique et l’administrateur. Aujourd’hui, c’est donc Frédéric Chambert et Jeanine Macca. Avec ce duo, l’avenir me paraît assuré.
Je pense que Jeanine Macca œuvrera comme je l’ai toujours fait et comme me l’a inculqué Auguste Rivière, dans un souci permanent du service public et pour le public. Je regrette aussi de ne pas avoir pu toujours dire oui à tout, mais j’avais un budget et je devais le gérer en bon père de famille. Cela entraîne des contraintes. Peut-être aussi n’ai-je pas toujours su « entendre » les silences de mes collaborateurs…
Quoi qu’il en soit, les équipes actuelles sont sûres et tout imprégnées d’un esprit et d’une culture maison basés sur la confiance et l’envie de bien faire. Pour moi c’est un grand réconfort.

Robert Pénavayre

 

 

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