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Entretien avec Emiliano Gonzalez Toro - Théâtre du Capitole
(19/02/2009)
     

« Je suis un ténor "caméléon" »

Depuis deux ans, un jeune ténor fait ses classes au Capitole. Chronologiquement, il s’est produit dans des seconds rôles tels qu’Iro dans Le retour d’Ulysse, Lucano dans Le couronnement de Poppée, deux ouvrages majeurs de Monteverdi, suivront Le berger, pour la création à Toulouse de  l’Œdipe d’Enesco, Panatellas lors des dernières reprises de La Périchole d’Offenbach, les rôles de L’abbé et de L’espion pour les toutes récentes reprises d’Andréa Chénier, Tisiphone pour les actuelles représentations d’Hippolyte et Aricie de Rameau, Le Remendado dans la Carmen à venir, enfin Un juif pour les prochaines reprises de la Salomé de Strauss. Encore une fois, Nicolas Joel ne s’est pas trompé. De beaux lendemains attendent cet interprète surdoué… que nous avons rencontré.


Emiliano Gonzalez-Toro lors de son récital au théâtre du Capitole, le 17 octobre 2008
(Photo Patrcice Nin)


Classic Toulouse  :
Vous êtes né en Suisse mais votre nom trahit une autre origine.

Emiliano Gonzalez Toro :
Effectivement, je suis né en Suisse, il y a 32 ans, mais mes deux parents sont chiliens. J’ai donc été bercé par la culture latino-américaine. Je vis aujourd’hui à Genève, mais pour un chanteur d’opéra, vivre dans une ville est quelque chose d’abstrait. Par exemple, cette année, je vis à Toulouse.

 : Votre carrière  semble, aujourd’hui, dominée par le répertoire baroque.

EGT :
C’est un répertoire qui m’a naturellement attiré. En fait, comme beaucoup de chanteurs en Suisse, j’ai commencé ma carrière avec Michel Corboz. Il a une passion immense pour toute la musique baroque. C’est lui qui m’a fait découvrir toutes les Passions de Bach et bien d’autres choses. De plus j’ai fait toutes mes études musicales en tant qu’hautboïste. Je trouve que c’est l’instrument baroque par excellence.

 : Vous définissez votre voix de quelle manière ?

EGT :
C’est toujours un peu compliqué de répondre à cette question. En fait je ressemble à un ténor caméléon. Je n’ai pas de direction précise dans mon répertoire. Cela dit, je me dirige de plus en plus vers un répertoire de haute-contre, tout en regardant de près les emplois de bary-ténor mais aussi ceux des ténors légers. J’ai beaucoup de difficultés à me définir.

 : Vos affinités musicales ?

EGT :
Avec Monteverdi, Bach, Haendel, je suis à la « maison ». J’éprouve un immense bonheur à les interpréter. Je ne fantasme absolument pas sur tel ou tel type de rôle, de ceux qui font rêver tout ténor. Si l’opportunité et mon évolution vocale m’amènent naturellement vers un répertoire différent, pourquoi pas. Mais pour moi ce n’est pas un absolu.

 

 : Quels sont vos modèles, passés et présents ?

EGT :
J’ai une admiration profonde pour Wunderlich. Pour moi il représente l’équilibre parfait entre la qualité de la voix, la technique, la musicalité, l’engagement dramatique. Si je devais avoir un fantasme, ce serait d’avoir pu prendre des cours avec lui. Heureusement il reste ses disques. Celui que j’admire le plus aujourd’hui est le ténor Jonas Kaufman. Il a des qualités intrinsèques totalement exceptionnelles. C’est le nouveau Wunderlich. En tout il correspond à  mon idéal de carrière, ne cherchant pas la surmédiatisation à outrance et menant une carrière exemplaire d’intelligence.

 : Quelles sont les qualités que vous réclamez à un metteur en scène ?

EGT :
Je veux d’abord qu’il me démontre qu’il connaît son sujet. Ensuite qu’il ait cette subtilité nous amenant à faire ce qu’il veut en nous laissant croire que nous choisissons. A partir de là, tout devient naturel. J’aime aussi qu’il soit enthousiaste. En fait, tout est une affaire d’investissement personnel.

 : En l’espace de deux saisons, vous aurez chanté au Capitole 9 rôles différents. Que vous apporte cette aventure toulousaine ?

EGT :
D’ores et déjà une véritable explosion de mon répertoire. Imaginez un peu, par exemple, hier je chante dans André Chénier, je découvre en même temps et avec jubilation un répertoire, le vérisme, vers lequel je ne serais pas allé naturellement, et aujourd’hui je suis dans un opéra de Rameau avec un diapason à 400. Cela me permet aussi de voir « vivre » un théâtre qui, d’une production à une autre n’est pas tout à fait le même. Il faut souligner aussi que, pour tout chanteur, se produire sur la scène du Capitole relève du privilège. Nous ne sommes entourés ici que de vrais professionnels, aussi tout paraît naturel et évident. Or, nous savons bien que ce n’est pas le cas.

 : Après cette saison toulousaine, quels sont vos projets ?

EGT :
En septembre je chante Arnalta du Couronnement de Poppée à Oslo, de suite après je chante Piquillo dans La Périchole à Lausanne dans la même production que celle qui vient de se donner à Toulouse. Suivra une gros challenge pour moi avec ma prise du rôle titre de Platée à Strasbourg. C’est Christophe Rousset qui me l’a demandé. Je suis en discussion pour le reprendre à Amsterdam. En fait j’aimerais bien, pendant encore quelques années, faire ce répertoire de haute contre.

 : Conjuguer Piquillo et Platée, n’est ce pas dangereux ?

EGT :
Je valide toujours mes choix par des évolutions techniques qui me permettent de réaliser ce que j’ai envie de faire. Je suis extrêmement prudent.

 : Dans l’absolu, quel rôle vous fait rêver ?

EGT :
Bon, allez, dans l’absolu, mais cela restera un rêve car c’est …Werther !

Propos recueillis le 19 février 2009 par Robert Pénavayre

 

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