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Entretien avec Doris Soffel - Théâtre du Capitole / Salomé (20/05/2009)
     
   

« Richard Strauss est le Strindberg de l’opéra »

6 octobre 2006, lors de la création in loco de La Femme sans ombre de Richard Strauss, le public capitolin découvre le mezzo allemand Doris Soffel dans le rôle terrifiant de La Nourrice. Dans l’indescriptible triomphe qui suit ce spectacle mis en scène par Nicolas Joel, cette artiste se voit gratifiée d’une mémorable ovation. Elle vient d’interpréter au Capitole la non moins tellurique Hérodias de la Salomé du même compositeur. Avec un bonheur identique. Il fallait en savoir plus.


Doris Soffel

 

Rencontre avec une cantatrice d’une ineffable… douceur !

Classic Toulouse  : Vous connaissez bien le Théâtre du Capitole. Quels sont les principaux atouts de cette institution ?

Doris Soffel : La qualité. C’est cette atmosphère de concentration extraordinaire visant à faire quelque chose de très haut niveau musical. La réputation de ce théâtre est énorme, cela est dû aussi aux castings magnifiques réunis par Nicolas Joel, un homme extrêmement charismatique connaissant
ce métier à la perfection. Aujourd’hui,les directeurs de théâtre restent trois ans maximum. Nicolas Joel est ici depuis

20 ans, cette stabilité est à  la source de ce qu’il a pu construire à Toulouse.

: Votre répertoire est aujourd’hui en majorité germanique

D.S. : C’est vrai, mais je chante aussi Marfa dans la Khovanschina de Moussorgski, Kabanicha dans la Katia Kabanova de Janacek, Jezibaba dans la Rusalka de Dvorak. En fait j’adore les femmes fortes. J’ai fait aussi pas mal de création contemporaine. Etant musicienne de formation, violoniste très exactement, cela m’était assez facile. Bon, à vrai dire, aujourd’hui et vu l’état de mon calendrier, je laisse tout cela aux jeunes.
I did my duty (1).

: N’est-ce pas épuisant d’interpréter en permanence des rôles sombres ?

DS : Oh mais non, tout au contraire, c’est bon, c’est intelligent et intéressant, plein de raffinement. Chacun de nous a un côté solaire et un autre un peu plus obscur. Les rôles auxquels vous faites allusions sont de véritables psychanalyses pour lesquelles les artistes ne payent rien.  Voilà pourquoi c’est bon. J’ai beaucoup d’énergie, cela me permet de repousser mes limites et surtout donner, donner et encore donner au public. Bien sûr, c’est fatiguant, mais je suis une véritable batterie, plus je donne et plus je me recharge.

: La violence des opéras que vous interprétez aujourd’hui pousse parfois les metteurs en scène au-delà de certaines limites…

DS : Pourtant, spécialement chez Richard Strauss,  tout est écrit autant dans la musique que dans le texte. Rien à voir avec Rossini. Strauss est le Strindberg de l’opéra, ici ce sont les femmes qui sont difficiles et agressives. Les hommes ne présentent que peu d’intérêt dans une action où ils ne sont que réactifs. Peut-être Hérode mis à part.


Doris Soffel dans le rôle de Clytemnestre à Munich

: L’accueil du public le soir de la première de Salomé au Capitole a été très houleux pour le metteur en scène.

DS : C’est normal. Certains metteurs en scènes veulent provoquer le scandale afin de faire parler d’eux. Je me souviens d’un Samson et Dalila en Allemagne dans lequel les choristes ont refusé de faire certaines choses. Tous les artistes, moi en premier, sont névrotiques. Mais pourquoi tous ces gens nus sur scène aujourd’hui à l’opéra ? C’est juste de la provocation.
Où est la musique dans tout cela ? Bien sûr, on ne peut plus jouer comme il y a cent ans. Il faut moderniser et actualiser mais avec intelligence. Regardez le travail en ce sens de Robert Carsen. C’est parfait pour moi.


Doris Soffel dans le rôle
d’Hérodias à Toulouse
(photo David Herrero)
 

: Finalement, le travail de Pet Halmen sur cette Salomé aurait peut être eu besoin d’un minimum d’explication

DS : Peut être car l’idée de base est bonne. Pour lui, Salomé est un clone de la Lolita de Nabokov. Elle vit dans un grand bordel, une vraie fin du monde après la troisième guerre mondiale, sous terre. La décadence est complète. Ce n’est absolument pas la peine de faire quelque chose d’oriental. Mais, cela dit, il n’y a que quatre personnages intéressants dans cet opéra et la présence permanente de tous les autres dilue la tension créée pour un espace bien délimité. L’année prochaine je chante Salomé à Madrid avec Nina Stemme dans le rôle titre, et cette fois là, le metteur en scène m’en a déjà parlé, Hérode donne l’ordre, à la fin, de me tuer et non pas de tuer Salomé comme écrit dans le texte. Mais je trouve cette idée géniale car la vraie coupable est bien Hérodias, Salomé n’étant qu’une victime.

: Parlez-nous de vos participations au festival de Bayreuth

DS : C’est un choc quasi religieux, tout tourne autour de Wagner. On se croirait dans une cathédrale. C’est très spécial tant dans l’atmosphère de travail que dans le public. Rien à voir avec Salzbourg, beaucoup plus superficiel. A Bayreuth, on ne chante plus sur une scène mais dans un temple, on sent le souvenir de toutes les légendes qui se sont produites ici. On croise beaucoup de fantômes dans ce lieu, c’est très impressionnant. Pas seulement des fantômes artistiques, des fantômes politiques aussi.

: Demain s’inscrit comment dans votre calendrier ?

DS : Je vais faire pas mal d’Hérodias à Dresde, Amsterdam, Bruxelles, Washington, Madrid. En fait c’est un rôle que je n’ai chanté qu’à Munich et Séville avant Toulouse. Je mets également Clytemnestre d’Elektra à mon répertoire et je continue La Nourrice de La Femme sans ombre. Je suis engagée également sur deux Ring (Fricka) à Dresde et Amsterdam. Pour plus tard, je prépare Madame de Croissy du Dialogue des Carmélites et La Comtesse de La Dame de Pique.

(1) j’ai fait mon devoir

Propos recueillis par Robert Pénavayre

 

 

 

infos
 


Dernière représentations :
24 mai 2009

Renseignements et réservations :
www.theatre-du-capitole.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

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