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Entretien avec Romain Descharmes - Piano aux Jacobins (10/09/2008)
     

Romain Descharmes ou la jeune maturité

Invité pour la première fois par le festival Piano aux Jacobins, le jeune Romain Descharmes endosse également la responsabilité de créer l’œuvre originale, objet de la commande que ce festival s’honore de passer chaque année. Pour cette 29ème édition, Catherine d’Argoubet et Paul Arnaud Péjouan ont chargé le grand compositeur Philippe Fénelon d’écrire une partition originale. Curieux de musique nouvelle Romain Descharmes à relevé le défi de l’interprète. Né en 1980, ce déjà grand artiste, sorti du CNSM de Paris bardé de diplôme, a remporté en 2006 le Premier Grand Prix du Concours International de Dublin, parmi d’autres victoires obtenues dans quelques autres concours internationaux. Il a déjà effectué des débuts plus que prometteurs dans de nombreuses capitales, comme Londres, Tokyo, Paris, New York… A la veille de son récital toulousain, Romain Descharmes a spontanément accepté de répondre à nos questions.


Classic Toulouse  : Comment s’est déterminée votre « vocation » de musicien et plus précisément de pianiste ?

Romain Descharmes : Très simplement. J’avais sept ans, il y avait un piano à la maison. Mes parents m’ont proposé d’essayer, ça a marché. J’ai tout de suite accroché. L’idée d’en faire mon métier n’est venue que très progressivement. Ensuite, lorsque j’ai intégré le Conservatoire de Paris, j’ai bénéficié de l’enseignement de Jacques Rouvier, entre 17 et 23 ans : un âge important. J’ai également travaillé avec Bruno Rigutto. Deux personnalités complètement différentes. J’ai d’ailleurs beaucoup appris de ces différences. D’autre part, j’ai été frappé par de grandes personnalités du piano comme Wilhelm Kempff, avec son extraordinaire force intérieure. Sviatoslav Richter, également a été important pour moi, de même que Radu Lupu, que j’adore avec sa finesse, sa clarté, la beauté incroyable de son piano.

 : Que vous ont apporté les nombreux concours que vous avez passés ?

R. D. : Enfin, pas si nombreux tout de même ! Je n’aime pas que l’on pense que les pianistes passent leur temps à présenter concours sur concours, comme cela… Concevoir les concours comme une série de compétitions que l’on franchit ne présente pas beaucoup d’intérêt. En revanche si on choisit les concours en fonction d’un profil, d’un répertoire déterminé et qu’on les prépare bien, cela peut devenir intéressant. Dans ce sens cela m’a apporté beaucoup. Le Concours de Dublin a été très important pour moi. D’abord, il a été mon premier grand prix et m’a ouvert des opportunités. C’est bien de se confronter à d’autres pianistes et de monter quatre programmes différents en deux semaines. Ce qui se passe après le concours est alors fondamental.

 : Parmi vos activités de récital, de concert avec orchestre, de musique de chambre, laquelle souhaiteriez-vous privilégier ?

R. D. : Je ne peux pas dire que je préfère l’une de ces activités. Ce sont trois métiers différents, tous passionnants. Ce qui est certain, c’est que je ne pourrais pas me passer de musique de chambre. Je ne pourrais pas faire récital sur récital pendant toute ma vie. Ainsi, alors que j’avais fait beaucoup de musique chambre avant le concours de Dublin, après mon prix, j’ai enchaîné surtout des séries de récital. Maintenant je reviens avec plaisir à la musique de chambre.

 

 : Votre répertoire très large va de Bach à Boulez et au-delà. Où vont vos goûts ?

R. D. : Bien sûr j’ai des préférences, mais je crois qu’il ne faut pas se spécialiser trop tôt. On ne peut pas décider à vingt ans : « Je jouerai du Beethoven, ou du Ravel toute ma vie… » Il faut essayer. Il y a encore tellement de compositeurs que je n’ai pas abordés. Le répertoire du piano est immense…

 : Comment abordez-vous un œuvre nouvelle ? Quelles est chez vous la part de l’analyse consciente et celle de l’instinct ?

R. D. : J’ai fait beaucoup de déchiffrage dès mon enfance. C’est une bonne manière d’aborder les œuvres. En fait, je me jette dedans sans a priori, comme on lance un pavé dans l’eau et je vois ce qui se dessine après, comment le relief apparaît. C’est un peu ce qui s’est passé avec la pièce de Philippe Fénelon que je vais créer demain.

: Parlez-nous de cette création de « Le calme des puissances ». Comment avez-vous accueilli cette proposition du festival Piano aux Jacobins ?

R. D. : J’en ai été ravi. Je ne connaissais Philippe Fénelon que de nom. Nous avons fait connaissance à Paris avant qu’il ne commence la composition de sa pièce. Nous avons discuté, y compris de mes goûts. Je ne pense pas qu’il ait composé l’œuvre en fonction de moi, mais peut-être en a-t-il tenu compte. En tout cas il ne m’a pas contacté pendant son travail de composition. Il m’a appelé lorsque la première édition était imprimée. Nous nous sommes alors retrouvés chez lui. Sans même jouer, j’ai regardé la partition. Ensuite il m’a envoyé l’édition presque définitive.

: Vous ne lui avez pas demandé de correction.

R. D. : Non pas du tout ! Il y avait quelques petites erreurs de frappe ou d’impression qui ont été corrigées. Ensuite j’ai travaillé l’œuvre pendant tout l’été. Nous nous somme revus à Paris la semaine dernière. Je lui ai joué la pièce une fois. Il m’a donné quelques conseils. C’est formidable de pouvoir discuter avec le compositeur de l’interprétation de son œuvre ! J’aurais bien aimé pouvoir discuter avec Brahms de l’interprétation de ses Klavierstücke…

 : Quels sont vos projets immédiats ?

R. D. : Le mois prochain, je pars pour trois semaines au Japon. Puis je dois enregistrer un disque Ravel, avec notamment « La Valse ». Ensuite j’irai en Inde où un ami organise un festival de musique de chambre. En juin prochain je serai en Chine avec Piano aux Jacobins.

: Tous nos vœux vous accompagnent !

Propos recueillis le 10 septembre 2008 par Serge Chauzy

 

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