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Entretien avec Frédéric Chambert - Direction du Théâtre du Capitole (17/04/2009)
     


« Le Capitole a une mission de service public »

Nous l’avions rencontré pour vous le 4 octobre 2007. Sa nomination était récente. Voici Frédéric Chambert aujourd’hui au pied du mur, prêt à prendre en main, dans quelques mois, les rênes d’une institution plus que centenaire et ô combien prestigieuse, à vrai dire le pilier de la vie culturelle toulousaine que Nicolas Joel, en partance pour l’Opéra de Paris, lui laisse après l’avoir hissée à son plus haut niveau historique.


Frédéric Chambert dans la salle du théâtre du Capitole - © Patrice Nin

Rencontre.

Classic Toulouse  : A la veille de prendre en charge un théâtre emblématique de l’art lyrique européen, quels sont les sentiments qui vous animent ?

Frédéric Chambert : En fait, j’ai été très impressionné lorsque j’ai été nommé. Aujourd’hui, cela fait donc 18 mois que je travaille sur les futures saisons avec les équipes du Capitole et je vous garantis que je suis absolument serein. Ce théâtre dégage une vraie énergie, formidablement porteuse, les personnels sont d’une compétence et d’un dévouement absolument remarquables. Je crois que nous avons déjà fait du bon travail et, bien sûr, nous attendons la sanction du public. Il n’y a que ça de vrai dans notre métier. Ce que je peux dire d’ores et déjà c’est que cette maison ainsi que la Ville de Toulouse m’ont donné les moyens d’aller au bout de mon projet.

 : Lorsque vous avez été nommé, saviez-vous que votre première saison se passerait hors les murs du Capitole ?


F. C. : Non. Cela dit, Nicolas Joel me l’a appris peu de temps après. J’ai tout d’abord été effrayé, puis j’ai réalisé que c’était peut-être une chance. En effet, les spectateurs, particulièrement exigeants ici je le sais, voient partir un homme, un très grand directeur de théâtre, qui les a habitués pendant vingt ans à un projet qui lui ressemblait fatalement. Aussi je considère la saison à venir comme un véritable sas me permettant, en même temps que le public, de faire la transition entre Nicolas Joel et moi. En fait, tout sera différent, aussi, parce que cette saison est hors les murs.


"La Flûte Enchantée", à la Halle-
aux-Grains - © Patrick Riou

 

 : Cette nouvelle donne a-t-elle influencé votre programmation ?

F.C. : Nécessairement. Une programmation d’opéra est très largement influencée par les lieux dans lesquels elle se déroule. Je donnerai des spectacles à la Halle aux Grains, c’est une salle fascinante mais il n’y a pas de cintres, pas de possibilité de changement de décors. Cela ne m’empêchera pas d’y reprogrammer dans l’avenir une magnifique production d’un Puccini que nous avons au répertoire de cette salle. Nous sommes accueillis avec infiniment de courtoisie par Laurent Pelly au TNT, mais la fosse d’orchestre ne contient qu’une vingtaine de musiciens. Il en est de même dans le très beau théâtre du Casino Barrière où je programme un opéra. Il y a des contraintes partout. J’ai donc structuré ma saison en conséquence.

 : Compte tenu des contraintes que vous venez d’évoquer, la future saison est-elle malgré tout caractéristique du style « Chambert » ?

F. C. : Complètement. Mon projet est de réaliser des saisons ayant chacune un axe fort. Elle doit avoir une couleur dominante, un peu comme dans une collection de haute couture. Il faut impérativement qu’elle dise quelque chose. La saison prochaine ce sera le 20ème siècle. Les deux autres qui suivront seront différentes. Je ne suis pas du tout un obsessionnel de telle ou telle période. Ensuite, il me faut bien souligner ici que le Capitole a une mission de service public. Donc j’ai un certain nombre de devoirs et entre autre d’illustrer son répertoire. Celui du Capitole est suffisamment large pour que j’y trouve mon compte. Cela dit, je ne peux imaginer une saison sans un Mozart, un Verdi ou un grand titre du répertoire français.

 : Quelle est votre politique en matière de stars ?


F. C. : Pour moi, star ne veut pas dire grand-chose. Et croyez-moi, ce n’est pas parce que tel ou tel artiste, aussi prestigieux soit-il, a envie de chanter un rôle qui, d’après moi, ne lui convient pas, qu’il viendra le faire à Toulouse. Hors de question de céder, en la matière, à l’engouement d’un public ébloui par les medias. Qui plus est, le Capitole est une petite salle, à peine un millier de places que les mélomanes s’arrachent littéralement. Donc je n’ai pas la pression du remplissage. Rien à voir avec les contraintes d’une salle comme le MET avec ses 4000 places à vendre tous les soirs. Entre les mécènes et la tutelle, le discours est alors fondamentalement différent. Fort heureusement, en France, le mécénat existant en la matière est un mécénat d’accompagnement.


© Patrice Nin
 : Continuerez-vous le système des doubles distributions afin de faire connaître de jeunes talents ?

F. C. : Faire émerger de jeunes artistes fait partie de l’histoire de ce théâtre ainsi que de ses missions. Cela dit, attention, le Capitole est une scène dangereuse pour les jeunes artistes car elle est très repérée. Aussi il me paraît intéressant d’inclure ces jeunes talents aux côtés d’artistes confirmés. Pour certains ouvrages, comme Bohème par exemple, je continuerai les doubles distributions.

 : Comment concevez-vous une saison ?

F. C. :
Je ne parle jamais en la matière de thématique mais de fil rouge. Je vais vous décevoir mais, tout est question de planning : plateau, orchestre, chanteurs. Il faut construire en partant des chanteurs de premier plan disponibles. La seconde étape c’est bien sûr les rôles que ces derniers peuvent interpréter. On peut alors structurer une saison. En fonction du fil rouge. L’étiage de mes saisons, ce sera globalement sept opéras, une opérette et cinq ballets.

 : Allez-vous développer le système des coproductions avec des théâtres étrangers ?

F. C. :
La saison prochaine sera, sur ce thème, atypique car nous jouons dans des lieux très particuliers. Par contre je peux vous annoncer que j’ai déjà signé de nouveaux spectacles avec le Liceu de Barcelone, ce sera un Verdi, le MET et la Scala. L’idée est de coproduire des œuvres du grand répertoire.

© Patrice Nin
 
 : Simon Boccanegra pour ouvrir votre première saison

F. C. :
C’est un des plus grands Verdi. Conçu par le jeune compositeur, il sera réécrit quarante ans après par un Verdi de la maturité qui va donner au chœur un rôle primordial. J’ai programmé Falstaff dans mes prochaines saisons et pour cela je pense qu’il est indispensable d’avoir entendu d’abord Boccanegra. L’apparente légèreté musicale de ces deux ouvrages met bien en perspective le parcours verdien. J’avais les chanteurs, le chef, il me fallait un metteur en scène. Je l’ai proposé à Jorge Lavelli pour signer son retour à Toulouse. Je le considère comme le père fondateur de la mise en scène moderne. Il a accepté immédiatement.

 : Les retransmissions d’opéras sur grand écran ?

F. C. :
Je suis pour à 100%. C’est une excellente façon d’élargir le public. D’ailleurs, dès la saison 2010/2011, je travaille sur ce projet pour diffuser des spectacles du Capitole, non pas à New York bien sûr, mais dans des universités, la place du Capitole, des centres culturels et plus globalement Midi Pyrénées.

 : La rumeur qui véhicule l’idée d’une séparation entre l’orchestre et le théâtre ?

F. C. :
Effectivement, il s’agit d’une rumeur. C’est l’histoire d’une relation entre le théâtre et l’orchestre à partir du moment où ce dernier est devenu ce qu’il est à la suite de l’arrivée de Michel Plasson. La question se pose depuis pas mal d’années. La problématique est moins celle de la séparation que de l’unité. Il y a pas mal d’exemples dans le monde où cette séparation existe sans bloquer personne. Regardez Genève et l’Orchestre de la Suisse Romande. Tout est une question de volume de travail à établir en harmonie. Parfois l’unité ne marche pas. J’ai des exemples en Allemagne assez… tendus. Il faut établir des règles claires dans l’intérêt de tout le monde. Quelle que soit la formule. Et n’oublions jamais le public ! Les questions d’égo sont parfaitement indignes dans ce domaine.

 : Patrick Marie Aubert part pour l’Opéra de Paris

FC :
Je voudrais saluer tout l’immense travail fait par Nicolas Joel et Patrick Marie Aubert à Toulouse. J’ai trouvé un nouveau chef de chœur, il s’appelle Alfonso Caiani. Il a fait l’essentiel de sa carrière à la Scala de Milan dont il est le patron de l’Académie. Il est le chef exclusif de Riccardo Muti. Il est déjà à pied d’œuvre pour Boccanegra.

Propos recueillis, le 17 avril 2009, par Robert Pénavayre

 

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Renseignements et réservations :

www.theatre-du-capitole.org
 
Lire la présentation de la saison lyrique 2009-2010 du théâtre du Capitole

 

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