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Entretien avec Cecilia Bartoli - Concert Agostino Steffani - 18/12/2012
     

Cecilia Bartoli, découvreuse de musique

De retour à Toulouse dans le cadre de la saison Grands Interprètes, la belle mezzo-soprano romaine arrive avec de nouvelles musiques à dévoiler. Sa carrière ne cesse de surprendre. Chaque saison apporte son lot de découvertes. Nouvelles approches d’un répertoire donné, explorations de nouveaux territoires, Cecilia Bartoli place souvent ses talents musicaux et dramatiques au service de compositeurs méconnus ou peu connus. C’est encore le cas cette année avec la sortie d’un album CD consacré à un compositeur des débuts de la période baroque, Agostino Steffani. Avant de présenter ce nouveau projet à Toulouse le 18 décembre au cours d’un concert-récital donné avec le concours du kammerorchester Basel, Cecilia Bartoli a reçu la presse toulousaine dans les salons de son hôtel, pour un entretien amical et chaleureux.


Cecilia Bartoli © Uli Weber/DECCA

Classic Toulouse : Comment faites-vous pour proposer aussi souvent de nouveaux projets musicaux toujours très originaux ?

Cecilia Bartoli : Ce n’est pas si souvent ! Mon dernier projet date déjà de plus de trois ans. Découvrir un nouveau compositeur, cela prend du temps. Il faut d’abord savoir si la musique me parle, si j’ai quelque chose à lui apporter. Chez Agostino Steffani, j’ai trouvé non seulement une musique de qualité mais j’ai découvert une sorte de grand père de Haendel ! Haendel a été très inspiré par Steffani. Mais cela on ne le découvre qu’à l’écoute et à la fréquentation de sa musique : tel air évoque l’Ariodante, telle pièce un concerto grosso...

 : Comment l’avez-vous découvert ?

C. B. : J’ai d’abord découvert des duos et de la musique de chambre. C’était la seule musique que l’on connaissait de lui. Je me suis dit qu’il était impossible que ce soit la seule musique qu’il ait composée. Ma curiosité m’a fait chercher et m’a permis de trouver des partitions de lui dispersées entre Londres, Vienne et l’Allemagne. Ce compositeur, bien qu’italien, a quitté l’Italie très jeune, à l’âge de onze ans. En 1664, il s’est rendu en Allemagne où il a été aidé par un prince bavarois. Il est devenu prêtre. Comme Vivaldi ! Il a beaucoup voyagé et a même rencontré Lully. Il y a beaucoup d’influence française dans sa musique, aussi bien dans la présence de la danse que dans les changements de rythme. Steffani représente pour moi un lien entre Monteverdi et Vivaldi. Il incarne ce moment de transition. Il est un peu à l’image de Gluck qui fait, lui, la transition entre la musique baroque et le grand classicisme.

 : Comment avez-vous fait pour entraîner dans cette aventure votre amie l’écrivaine Donna Leon qui a écrit son ouvrage The Jewels of Paradise autour de la vie de Steffani ?

C. B. : C’est une véritable aventure en effet. En 1999, alors que je préparais un projet sur Vivaldi, j’ai rencontré Donna Leon à Venise. Nous avons eu une discussion pour savoir qui de Vivaldi ou de Haendel était le plus grand compositeur baroque. Notre amour commun de la musique baroque m’a permis de lui faire découvrir Steffani. Et puis, l’histoire, la vie de ce compositeur ont été incroyables. Il était également diplomate et… espion ! J’ai donc suggéré à Donna de s’inspirer de la vie de Steffani pour écrire un roman. Ce qu’elle a fait.


Cecilia Bartoli dans le costume de son précédent programme Sacrificium
- Photo Jean-Michel Vinciguerra -

 : Comment équilibrez-vous votre carrière actuelle entre la production de ces projets musicaux, qui s’accompagnent de récitals et de concerts, et la scène d’opéra ?

C. B. : Normalement, je chante un ou deux opéras par an, surtout s’il s’agit de nouvelles productions. Dans ce cas on a en général un mois de répétitions, puis deux à trois semaines de représentations. Donc, avec deux productions, on bloque presque la moitié d’une année pour l’opéra. Cette année, je vais chanter Le Comte Ory à Vienne, au théâtre An der Wien. J’ai commencé ma carrière avec Rossini et je ne l’ai jamais quitté. Rossini et Mozart restent très importants pour moi. Puis, j’ai été nommée directeur artistique du festival de Pentecôte à Salzbourg. Cette année nous avons donc commencé sur le thème de Cléopâtre avec le Jules César, de Haendel, qui a eu un grand succès. On a pratiquement doublé le nombre d’entrées. C’est la première fois qu’une femme se trouve à la tête de ce festival. Auparavant, c’était toujours un chef d’orchestre : Muti, Solti, Karajan. J’ai d’ailleurs eu la chance de travailler avec Karajan. Vingt ans après je me trouve à sa place, dans son festival ! En 2013, nous allons développer le thème des « victimes sacrifiées ». C’est beaucoup plus profond et dramatique comme thème. Comme nous avions choisi de jouer la musique baroque sur instruments d’époque, nous jouerons la musique préromantique et romantique également sur instruments d’époque. Pour Norma, nous allons reprendre la partition originale. Nous allons également essayer de retrouver le type de distribution qu’avait Bellini à l’époque. C’était très différent de la tradition actuelle. Giuditta Pasta chantait Norma et Giulia Grisi, soprano léger, était Adalgise, alors que de nos jours le rôle est chanté par une mezzo ! Le style et les tonalités d’origine ont été modifiés au cours du temps et de grandes coupures ont été pratiquées dans les années cinquante. A Salzbourg nous voulons revenir aux sources de la partition. C’est très risqué. Quelquefois, on risque la trahison… Il faut faire très attention.

 : Pour vous, même en concert, le côté dramatique de ce que vous chantez est-il aussi important que l’aspect musical ?

C. B. : L’aspect dramatique est essentiel. On raconte une histoire à travers la musique. C’est la magie de l’opéra. On a là une fusion entre musique et livret. C’est Gluck qui disait que la poésie doit être au service de la musique et la musique au service de la poésie. Si ce lien n’est pas bien réalisé, ça ne marche pas !


Cecilia Bartoli avec le kammerorchesterbasel lors de son concert toulousain du
18 décembre 2012
© Classictoulouse

 : Pour vous, le recours aux instruments d’époque est nécessaire afin de retrouver les conditions d’origine des œuvres ? Comment faites-vous pour trouver les bons interlocuteurs musiciens ?

C. B. : C’est nécessaire pour retrouver surtout les sonorités. Pour ce projet sur Steffani, nous avons fait tout le travail avec Diego Fasolis et I Barocchisti. Diego est un chef magnifique qui a une passion pour ce répertoire. Il connaissait déjà Agostino Steffani et avait déjà abordé sa musique avec le chœur. Cela a donc été plus facile de partager ces moments musicaux avec lui. Et aussi, bien sûr, avec Philippe Jaroussky, ce contre-ténor magnifique. Philippe possède une voix et une sensibilité de véritable artiste. Nous avons fait des duos merveilleux ensemble. Nous nous entendons très bien. Nous avons essayé de trouver ce lien, ce mélange nécessaire des voix et des sensibilités.

 : Sans vouloir révéler de secrets, quels sont les projets actuels qui vous tiennent à cœur ?

C. B. : D’une part nous venons de réaliser un DVD sur Steffani à Versailles. Le lien de Steffani avec la France est réel. Il a joué devant Louis XIV. Nous avons donc joué dans le château… même s’il n’était pas encore construit à l’époque de cette rencontre ! Nous avons filmé dans les salons, et même dans la Galerie des Glaces. Par ailleurs je reviendrai, bien sûr, à la musique de Haendel. Il y aura prochainement une Alcina à Zürich. Et puis je viens à Toulouse assez souvent, tous les deux ans environ. J’ai de très bons souvenirs avec Toulouse. Je suis venue ici au tout début de ma carrière, au Théâtre du Capitole, j’avais vingt-trois ans. C’était pour le rôle de Dorabella dans le Cosi fan Tutte de Mozart. C’est un très beau souvenir !

Propos recueillis le 17 décembre 2012 par Serge Chauzy

 

infos
 
Renseignements et locations pour la saison Grands Interprètes:
61, rue de la Pomme,
31000 Toulouse,
tél : 05 61 21 09 00.
 
Programme du concert du 18 décembre 2012 à 20 h à la Halle aux Grains de Toulouse :

* A. Steffani

- Airs et extraits musicaux
 

 

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